« Celui qui combat les démons doit prendre garde à ne pas en devenir un lui-même. En observant le fond de l’abîme, l’abîme regarde aussi au fond de toi. » Friedrich Nietzsche

Ça faisait trois jours qu’il n’avait fait que marcher. Il avait quitté les montagnes, lieu d’exil et de repentance pour revenir à la civilisation.

Armé de sa traditionnelle hallebarde, vêtu d’une armure et coiffé d’un casque ailé, Alrik Reckless ne s’était arrêté que pour dormir, lorsque son corps était aux frontières de l’épuisement. Il s’arrêtait aussi auprès de caravanes marchandes ou de petit villages afin de s’acheter de quoi s’alimenter. Le reste de son temps n’avait été consacré qu’à marcher.

Sa corpulence était fine, encore plus ces dernières années du fait de son cruel manque d’alimentation. Mais son esprit était affûté et son corps entraîné. Il parvenait à supporter le fardeau de son équipement sur de longues distances durant des journées sans ralentir sa marche. Il n’avait pas voyagé à travers tous ces lieux sans raison. Il avait eu une vision, il devait revenir auprès de ses anciens alliés pour sauver un ami dans le besoin.

Mais enfin, son long voyage prenait fin. C’est lors d’une nuit pluvieuse qu’il vit enfin les lumières de sa destination. La grande cité de Valenbourg.
« Salomon Magnus. Tiens bon, j’arrive. »

Il approcha de la porte Ouest, là où plusieurs sentinelles munies d’arcs virent arriver le voyageur. Deux gardes en armure lourde armés d’épées se mirent en travers de la route d’Alrik pour lui bloquer l’accès à la ville.

« Halte-là ! On n’apprécie pas bien les voyageurs de nuit à Valenbourg ! Qui êtes-vous ?
– Je suis Alrik Reckless du Marquisa de Passionata. On me connaît sous le nom de l’Éxorciste. Je suis ici pour m’entretenir avec la Marquise. Est-elle en ville ?
– Alrik Reckless du Marquisa de Passionata ? Ça ne me dit rien. Nous allons vérifier votre identité auprès de la Marquise.
– Faites donc. »

Sous une pluie battante qui s’intensifiait, le voyageur tourna le dos à la ville en attendant la réponse. Le regard dans l’obscurité de la plaine.

Valenbourg, une cité-forteresse qui méritait son titre. C’était un endroit entouré de solides murailles et gardé par des soldats entraînés sur toute sa frontière. Mais l’investissement pour dresser ces murs n’avait pas été dépensés pour rien. Raids d’orques, attaques de bandits, gobelins, kobolds et même homme-lézards … Toutes les abominations de ces terres maudites venaient s’attaquer à cette ville. Et Jusqu’à aujourd’hui, la ville a toujours tenu bon.

Néanmoins, ce lieu n’était pas qu’un endroit militaire. Derrière ces murs se trouvait une ville charmante où il fait bon vivre. On y trouve des ruelles pavées, des places commerçantes et des bosquets tranquilles pour la personne à la recherche de calme. Un habitant n’ayant pas pour vocation de quitter la ville pouvait bien se complaire dans l’illusion de la sécurité.

Mais pour ceux dont l’ambition débordait, ce lieu avait un autre visage. La politique était accessible ici, n’importe qui pouvait tenter de devenir quelqu’un à hautes responsabilités. Néanmoins, si l’accès à ces postes prestigieux est facilement obtenu, la chute qui s’en suivait était tout aussi inévitable.

Pour ceux qui prenaient cette décision, alors Valenbourg signifiait l’enfer. La ville était cosmopolite et chaque civilisation, chaque clan, chaque dogme politique ou religieux pouvait obtenir un quartier qui lui était propre. Même si la ville était gardée par la muraille et les sentinelles, les clans gardaient eux-mêmes jalousement leurs secteurs respectifs. Les alliances se passaient en un rien de temps, et les trahisons venaient tout aussi vite.

Mais Alrik ne craignait rien. Déjà il savait qu’il n’était l’ennemi de personne ici, mais en plus il avait passé ces trois dernières années à parfaire son entraînement. Il était déjà un combattant compétent avant son exil, mais à présent il avait la prétention de pouvoir défier n’importe quel adversaire.

« La marquise nous le confirme, Alrik est un Passionnien. Vous pouvez entrer l’étranger. Vous la trouverez dans le quartier Ouest, dans le camp des Oshitsuki. »

Les Oshitsuki étaient des guerriers orientaux qu’Alrik connaissait bien. Fidèle à un code d’honneur, ils n’étaient pas pour autant des personnes prévisibles. Sous le regard sévère et sage de leur Empereur, les Oshitsuki étaient craints ou respectés. Mais personne ne les sous-estimait.

L’Exorciste avait fait leur connaissance trois ans plus tôt, lorsqu’il avait appris que leurs guerriers avaient été attaqués par des forces démoniaques dans une forêt maudite. Il s’en était fait des amis en soignant leurs blessés après cette rude bataille. Car oui, un Exorciste, c’est avant tout un prêtre, capable de recevoir les confessions et d’absoudre les péchés, de soigner et de ramener à la vie. Comme tout prêtre, il était capable de délivrer des malédictions et des possessions démoniaques, chose que Alrik Reckless avait fait son fer-de-lance, obtenant ainsi son titre significatif.

Au contact des Oshitsuki, Alrik avait immédiatement montré que la prudence n’était pas dans ses habitudes. Malgré les blessés encore en convalescence, il avait demandé à retourner sur les lieux de la bataille afin d’enquêter sur le démon qui les avait attaqués. Au départ, les guerriers occidentaux considéraient cette idée comme téméraire, mais l’un d’entre eux, un certain Fu-Sama avait accepté d’accompagner l’exorciste dans cette quête. En revenant sur les lieux de la bataille, ils ne trouvèrent aucun ennemi, et que très peu d’indices. Mais même si cette recherche s’est révélée infructueuse, Fu-Sama et Alrik Reckless se vouaient désormais un respect mutuel pour leur sens du courage… ou de la témérité.

Tout ceci, c’était il y a trois ans. Mais les Oshitsuki, ce n’étaient pas les Passionniens. Alrik voulait trouver la Marquise de Passionata et il était improbable qu’elle se trouve parmi eux. Le garde s’était trompé, après tout, les gardes n’étaient pas recrutés pour leur vivacité d’esprit, songea Alrik. Il sillonna les rues et trouva sans difficulté sa destination. À une cinquantaine de mètres devant lui se trouvait l’entrée du camp arborant les couleurs du Marquisa de Passionata. Orval Magnus se trouvait devant l’entrée avec plusieurs de ses hommes. Orval était le Général des armées de Passionata, il était aussi le jeune frère de Salomon. D’une attitude bienveillante tout en étant bon guerrier, son style de combat défensif avait fait de lui un combattant remarquable. Armé d’un grand pavois et d’une épée longue, Orval était certainement l’un des adversaires les plus coriaces. Alrik s’était entraîné plusieurs fois contre lui et il savait qu’il était bon de ne pas le sous-estimer, il méritait son grade de Général.

Alrik ne put s’empêcher de sourire en s’approchant de lui, heureux de profiter de ces retrouvailles qui s’annonçaient chaleureuses. Mais à mi-chemin, il se ravisa. Un homme tout de noir vêtu arriva avant lui et salua Orval.

Alrik n’était pas devenu Exorciste par hasard. Il a toujours été capable de voir et de ressentir ce qui échappait au commun des mortels. Ce soir ne faisait pas exception. L’homme qui discutait avec Orval possédait une aura maléfique, ça ne faisait aucun doute, il n’avait d’humain que l’apparence. Le genre de créature que l’Exorciste avait pour vocation de tuer à vue.

Ses certitudes furent confirmées au moment où l’arrivant s’annonça comme Vampire sans aucune pudeur. Les Vampires étant des ennemis au clan de Passionata. Alrik serra son poing sur son arme, pensant que ça allait vite tourner à l’affrontement.

Pourtant, à sa grande surprise, Orval se présenta à son tour sans hostilité et les deux individus discutèrent avec une cordialité qui fit serrer les dents Alrik. Ne voulant pas faire un retour d’exil trop fracassant, il se résigna à ne pas raccourcir le Vampire ici et maintenant. Il les laissa parler durant quelques instants, attendant le moment où le Vampire allait attaquer. Quand ce moment allait venir, l’Exorciste frapperait fort.

Mais ce moment ne vint pas… Et après avoir discuté d’une manière presque amicale, le Vampire s’en alla joyeusement. Comment une créature de sa catégorie pouvait-elle se présenter ainsi ? Qu’était-elle venue faire ici si ce n’était pas pour des intentions hostiles ? Laisser un Vampire souiller le sol Passionnien n’était pas dans les prérogatives d’Alrik, et il comptait bien le faire savoir à Orval.

Lorsqu’il retira son casque pour s’adresser à son vieil ami, ce n’était pas pour profiter de joyeuses retrouvailles, il lui demanda des comptes comme s’il s’adressait à une jeune recrue indisciplinée. Orval, aussi défensif au combat qu’en joute verbale se justifiait en expliquant qu’il n’était pas l’ami des Vampires mais qu’il considérait opportun de jouer le jeu pour éviter une confrontation inutile. Ces explications n’étaient pas suffisantes: pour Alrik, Orval avait eu peur d’affronter le Vampire.

Alrik abrégea ce débat stérile en demandant où se trouvait son frère aîné, Salomon. La réponse ne le mit pas de meilleure humeur, Salomon n’habitait plus parmi les Passionnien, il n’exerçait plus son rôle d’officier et n’était désormais qu’un allié de faction.

Après sa surprise, Alrik se décida à entrer pour s’adresser à la Marquise, cependant elle n’était pas là non plus. Pour la deuxième fois, il était orienté vers le camp des Oshitsuki. La Marquise semblait vraiment se trouver là-bas finalement.

Malgré la fatigue, Alrik se tourna vers l’extérieur du camp. Il en avait assez entendu. Trois années s’étaient écoulées durant son absence, et à présent, plus rien ne semblait aller normalement. Les Vampires étaient traités en ami, la Marquise se pavanait chez les Oshitsuki, Salomon ne comptait plus parmi les officiers Passionniens. Plus rien n’avait de sens ! Mais Alrik comptait bien comprendre. Il partit fâché, sans même saluer le Général.

« Eh bah ! j’suis content qu’il soit revenu celui-là. »

*** Marquise ***

En arrivant dans le camp des Oshitsuki, Alrik eut une impression de calme. Leur camp était un lieu paisible et décoré avec des couleurs chaleureuses. Les gardes accueillirent d’une manière chaleureuse, tout comme les occupants encore réveillés.

Il trouva enfin la Marquise, c’était une femme qui lui avait inspiré un profond respect à l’époque. C’était pour cette raison qu’il avait consentie à prêter serment à Passionata. Mais allait-il en être de même aujourd’hui ? Il avait quelques doutes. Elle manifesta sa joie de revoir un homme qui lui avait prêté allégeance. Ils s’abritèrent de la pluie et enfin, Alrik reçut des explications autant qu’il en offrit.

« J’ai pu voir un Vampire se pavaner avec notre Général en arrivant dans nos quartiers. Avons-nous abandonné tout sens de l’honneur ? Suis-je le dernier homme encore rationnel à Valenbourg ?

– Ce que vous me dites ne m’enchante pas. Orval n’aurait jamais dû laisser un Vampire approcher de nos quartiers. Croyez-moi je vais lui expliquer précisément ce que j’attends de mon Général. Mais parlez-moi de vous, pourquoi êtes-vous disparu pendant tout ce temps ?

– Je suis retourné à Linesse. Il y a trois ans, lorsque nous avons quitté le campement j’ai fini par lâchement vous abandonner. Vous devez vous en souvenir ? Je dois avouer que j’ai eu peur. Dés que je vous ai su en sécurité, j’ai préféré fuir comme un lâche et croyez-moi, je m’en suis voulu durant des années … Aujourd’hui encore j’avoue avoir honte. J’ai du coup retrouvé mes frères de foi. Ceux-là même qui m’ont permis d’apprendre et de maîtriser l’Exorcisme. En leur présence, j’ai prononcé les vœux de repentance. Je n’ai mangé qu’un seul repas tous les deux jours et je ne voyais le soleil qu’une fois par semaine. Le reste de mon temps était utilisé à étudier les esprits démoniaques à la lumière d’un simple chandelier… Ainsi j’ai pu revenir à la base fondamentale de ma quête: Purifier. Je suis ici pour vous présenter mes excuses pour mon attitude pitoyable que je compte bien rattraper.

– Allons, ne soyez pas trop dur avec vous même, lorsque nous avons fuit notre campent, tout le monde avait déjà prit la poudre d’escampette. Vous seul étiez avec moi dans notre fuite tout comme dans la forêt. J’aurais assurément été piétinée par ces sangliers sauvages que nous avons rencontré le lendemain. Pire, que me serait-il arrivé si les trois bandits que vous avez occis aurait été seuls avec moi ? Je n’ose imaginer quelle atrocité j’aurais vécu. Ainsi donc, vos excuses sont acceptées, je vous demande de vous délivrer de votre culpabilité.

– Je vous remercie de considérer ma faiblesse d’un point de vue aussi bienveillant. Aucune femme de ces contrées ne mérite le titre de Marquise à part vous. Mais rassurez-vous, mon étude certes difficile a été salutaire. Désormais j’ai tendance à moins perdre de temps dans la sur-analyse des situations. D’une certaine manière, ça m’évite d’être trop modéré

– Trop modéré ? Vous ? Fit-elle dans un rire qu’elle ne pouvait réprimer. Il y a trois ans vous aviez déjà un penchant pour les excès. Qu’est-ce que ça doit être aujourd’hui ?

J’ai été éduqué par l’Inquisition Marquise. Si nous n’avons pas l’esprit clair, qui l’aura ? Mais passons. À votre tour, expliquez-moi ce que vous faites ici parmi les Oshitsuki ?

– Je me suis mariée. L’Empreur Oshitsuki est un homme bienveillant que j’aime profondément. Avec lui j’ai une entente sincère. Nos deux clans sont désormais alliés, pourtant ça n’a rien d’un mariage politique. C’est un mariage d’amour.
– Je suppose que je dois vous féliciter.

– Ça serait de bon ton en effet. Mais je connais votre point de vue sur le mariage et l’amour. Je sais que ce n’est pas dans votre éducation alors je comprends que ces subtilités vous échappent.
– Ce que je comprends n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est que vous soyez honnête avec vous-même.
– Alors soyez rassuré, je le suis.
– J’ai appris que Salomon est parti du clan de Passionata ? Qu’est-il arrivé ?
– Il s’est marié lui aussi. Il a épousé Azmiya Saadana de l’Oshirama.
– Décidément, le mariage est devenu contagieux. Mais quelque chose m’échappe dans vos dogmes du mariage… Vous avez été épousée par l’empereur des Oshitsuki, pourtant ça ne vous a pas contraint à quitter Passionnata. Votre époux n’a pas été contraint non plus de quitter les siens. Aucun de vous deux n’a dû renier ses liens ou son status avec son clan. C’est bien ça ?
– Oui tout à fait.
– Dans ce cas, pour quelle raison mon ami Salomon a-t-il quitté Passionnata ?
– Ça c’est une bonne question … Personne n’a été enchanté de voir partir notre meilleur officier.
– Et personne ne lui a demandé pourquoi ?
– C’est sa décision… Nous la respectons. Mais ça me met dans une position très délicate. Le Shirama et les Oshitsuki sont ennemis. Je suis mariée et alliée aux Oshitsuki, et j’entretiens toujours des alliances avec Salomon Magnus qui a été mon meilleur officier pendant tant d’années.
– Vous devriez rompre tout contact avec le Shirama et avec Salomon Magnus. Vous avez épousé l’Empereur Oshitsuki, et je suppose que dans le mariage, l’engagement inconditionnel est de rigueur.

La Marquise fut surprise et le manifesta par un sourire émerveillé. Un homme comme Alrik, capable de torturer et de tuer de sang-froid, incapable d’aimer et qui a passé sa vie à pourchasser les démons venait de lui donner une leçon sur le mariage. Une leçon parfaitement juste.

– Je suppose que vous avez raison …
– Ça n’enlève rien à l’affection que vous avez pour Salomon. Il a été mon ami et il l’est toujours ! Je ferai tout pour le sauver. J’ai combattu à ses côtés assez longtemps pour savoir qu’il n’abandonnerait jamais son clan. Si vous voulez mon avis, il est joug d’un sortilège. Son attitude n’est pas rationnelle et je suis certain qu’un Exorcisme s’impose. Je vais enquêter sur la question, j’espère que ça ne vous ennuie pas ?
– Non bien sûr que non Alrik, faites donc. Tenez-moi informée.

*** Siréna Magnus ***

Le lendemain, Alrik marchait dans le quartier Passionnien. Il s’approcha d’une tente, à l’intérieur se trouvait une diseuse de bonne aventure. Mais ce n’était pas pour connaître l’avenir que l’Exorciste était là.

La femme qui tenait les lieux se nommait Siréna Magnus. Elle est la plus jeune de la Dynastie Magnus. L’aîné est le maître d’armes Salomon Magnus, et le second Général Orval Magnus. Tous les trois avaient été des amis proches de l’Exorciste.

La cadette Magnus était une femme charmante, érudite et intelligente. Contrairement aux liseuses de bonne aventure qui étaient souvent assez répugnantes, Siréna Magnus semblait se soucier de l’image qu’elle donnait. Toujours bien coiffée et habillée, elle avait une place toute trouvée dans la noblesse et pourtant, elle n’était jamais pédante. Elle reconnut l’arrivant immédiatement.

« Alrik !? C’est bien toi Alrik ?
– C’est bien moi, fit-il en s’installant devant elle comme s’il était client.
– Je suis si heureuse que tu sois en vie ! Nous t’avons cherché pendant des années ! Mais enfin où étais-tu passé ?
– J’avais besoin de m’exiler, mais si ça ne t’ennuie pas je préfèrerait qu’on parle d’un sujet plus urgent.
– Tiens tiens ! L’Exorciste aurait-il besoin de connaître l’avenir ? Fit-elle, enthousiaste.
– Non, je suis ici pour avoir ton point de vue sur le départ de Salomon Magnus. Fit-il de but-en-blanc.
– Il s’est marié, ensuite il est parti… voilà tout.
– Allons Siréna ! Je ne suis pas venu pour discuter de ce que tout le monde sait déjà. Si je viens m’adresser à toi c’est pour aborder le fond du problème. Fais-moi plaisir et parle-moi sans détour.

Généralement, c’était Siréna qui tenait la conversation et l’emmenait où elle voulait pendant qu’elle lisait l’avenir. Et c’était toujours le client qui était en proie à des interrogations. Mais aujourd’hui, la diseuse de bonne aventure était déstabilisée car la situation était inversée. Elle poussa un soupire avant de reprendre.

– Alrik, personne ne parle de ça. Salomon est parti et il a laissé un grand vide derrière lui. Tout le monde en souffre mais c’est un sujet tabou. Il est toujours notre allié, on peut toujours compter sur lui.
– Pourquoi est-il parti ?
– Parce qu’il s’est marié, ça tu le sais, n’est-ce pas ?
– Ça n’explique pas son départ. La Marquise aussi s’est mariée, pourtant elle ne vous a pas abandonné. Elle s’est mariée à l’Empreur Oshitsuki qui lui non plus n’a pas abandonné les siens.
– C’est compliqué Alrik… Je ne sais pas quoi te répondre. Peut-être que c’était prévu dans les termes de son union. Peut-être que … elle soupira de nouveau.
– Parle Siréna, à quoi est-ce que tu penses ?

Alrik portait sur elle regard qui exigeait des réponses. Le regard d’un Inquisiteur. Il avait déjà torturé et même tué des personnes qui n’acceptaient pas de répondre à ses questions. Il soupçonnait même qu’elle pratique la sorcellerie en plus de lire les cartes. Chose qu’il devait en principe punir sans attendre.
Mais derrière cette attitude de façade, Alrik appréciait cette femme. Il ne lui aurait fait aucun mal, même si elle avait refusé de répondre. Néanmoins, il aimait laisser planer le doute. Siréna était incontestablement une femme sans violence avec un grand sens du tact. Cette délicatesse était synonyme de faiblesse, et la faiblesse est la porte ouverte à toutes les hérésies !
Ainsi l’Exorciste se plaisait à bousculer verbalement la jeune femme à chaque fois qu’il en avait l’occasion. C’était sa manière bien à lui d’être bienveillant. Finalement, après une longue hésitation, Siréna se décida à parler.

– Peut-être que c’est Azmiya Saadana qui lui a demandé ? Je ne sais pas …
– Nous y voilà ! Parle-moi d’elle.
– Je ne sais qu’en penser, je la connais à peine. Mais je me rassure en me disant que Salomon est un homme sage. S’il l’a épousée, c’est pour de bonnes raisons.
– Et est-ce que ça te rassure ?
– Non… Tu as raison Alrik, je suis inquiète depuis son mariage et son départ. Pour être honnête …

Elle hésita à nouveau. Ces moments hésitations étaient des signes que l’Inquisiteur savait analyser. Ils signifiaient que qu’une part du mystère allait bientôt être révélé. Au fil des questions, Siréna perdait toute marge de manoeuvre. Ses seules issues possibles étaient de tout nier ou bien de tout avouer. Elle aimait profondément son frère et appréciait que l’Exorciste cherche à l’aider. Ainsi, elle commença sa confession.

– Les questions que je n’ai pas osé poser à mon frère, je les ai posées à mes cartes, et mes cartes se trompent rarement. Il n’est plus comme avant. Il court un grand danger il m’est impossible de savoir lequel. Lui qui a toujours été loyal à la Marquise, j’ai l’impression qu’il est sous le joug d’un sortilège qui biaise son jugement. C’est mon impression, et mes cartes me disent exactement la même chose… Mais que puis-je faire ?
– Toi rien…

*** Camp des Oshitsuki ***

Pour entrer dans le camp des Oshitsuki, il fallait accepter de laisser son arme à la personne qui gardait les lieux. Pour entrer dans la tente de l’Empereur, l’arrivant devait accepter de retirer ses bottes pour ne pas salir les lieux. Face à l’Empereur en personne, il était de bon ton de commencer par se présenter à genoux devant lui et poser le front au sol. C’était en tout cas ce que faisait le commun des mortels.

Mais Alrik n’était pas de cette éducation. Il ne vouait d’admiration qu’à l’Inquisition. La seule personne face à laquelle il aurait pu observer de telles marques de respect, ça aurait peut-être été pour le créateur de son ordre, le Légendaire Araken Benwick des Monts d’Algoste. Mais celui-ci avait été assassiné quinze ans plus tôt. Ainsi, Alrik ne se mettrait à genoux devant personne.

Il s’approcha de la tente de l’Empreur sans plus de cérémonie

« Empereur, j’ai à vous parler.”

Jamais l’empereur ne recevait à l’improviste. Il fit les gros yeux quand il vit Alrik s’approcher avec une telle désinvolture. Il était tellement surpris qu’il laissa l’arrivant s’assoir.

“Je serai ravi de vous parler, mais qui êtes-vous ?
– Alrik Reckless dit l’Exorciste, je suis celui qui a recommandé à la Marquise de s’allier pleinement avec vous et de rompre toute alliance avec le royaume du Shirama.
– Ah, j’ai entendu parler de vous. Vos paroles sont celles d’un sage. De quoi désirez-vous parler ?
– J’aimerais connaître votre sentiment sur le mariage qui lie Salomon Magnus et Azmiya Saadana.
– La place d’Azmiya Saadana est sur une pique au sommet de mes remparts. C’est une ennemie politique autant que personnelle. Elle doit être traitée d’une manière implacable.
– Bon, je vois que nos pensées se rejoignent. Et que pensez-vous de Salomon Magnus ?
– Il avait une attitude louable à une époque. Mais aujourd’hui Il a abandonné le Marquissa de Passionata. Il n’est qu’un traitre. Tôt ou tard, un de mes guerrier aura l’opportunité de le tuer, lui comme son épouse. Ce n’est qu’une question de temps avant que leurs têtes ne me soit ramené.

Voilà le danger auquel Salomon Magnus était exposé, se félicita Alrik. Il avait trouvé d’où le risque provenait, il lui fallait maintenant trouver une solution pour sauver son ami.

– Empereur, je comprends votre point de vue qui a le mérite d’être catégorique. Mais Salomon Magnus est un ami et je suis certain qu’il n’a rien d’un traitre. C’est l’homme le plus digne qu’il m’est permis de connaître. Je n’explique pas son attitude mais je suis certain qu’il y a une explication rationnelle à tout ceci.
– Vous avez votre point de vue, Exorciste, et j’ai le mien. Vous ne m’en ferez pas changer.
– Non en effet. Sachez que je compte bien percer le mystère, pour moi il n’est pas lui même, je soupçonne qu’il est possédé par un maléfice qui le pousse à agir contre sa volonté. Je soupçonne également qu’Azmiya Saadana soit à l’origine de cette malédiction. Je compte pratiquer un Exorcisme sur Salomon. Pouvez-vous retenir les coups de vos guerriers le temps que j’élucide ça ?
– Une solution bien compliquée. Pourquoi faites-vous donc tant d’égards pour cet homme ?
– Parce qu’il a été un ami, je ne peux pas le considérer simplement comme un vulgaire traître. Son épouse par contre, je suis de votre avis. C’est une ennemie qui doit être considérée comme tel. Si je vous la ramène ici et pour qu’elle soit jugée et exécutée si bon vous semble, êtes-vous prêt à revoir votre point de sur Salomon ?

Cette fois-ci, c’était au tour de l’Empreur de prendre un instant pour réfléchir.

– S’il est révélé qu’il n’était pas lui même comme vous le soupçonnez… Alors aucun mal ne lui sera fait, vous avez ma parole d’honneur.

***

Le lendemain, un festival réunissait sur la place principale de Valenbourg de nombreux nobles et chefs de factions. L’endroit était très animé, presque surpeuplé. C’était un cauchemar pour les gardes personnels des énarques. Les coups de poignard pouvaient venir de la foule anonyme pour frapper n’importe quand.
Même s’il savait n’être une cible pour personne, Alrik restait hors de la foule pour observer tous ces gens. Comme à leurs habitudes, Salomon Magnus et Azmiya Saadana vinrent se mêler à cette foule. Les deux époux étaient accompagnés de deux cartes du corps prêt à défendre leurs chefs au prix de leur vie.
Alrik fut surpris par la venue d’une femme derrière lui. C’était Siréna Magnus.

“Alrik, j’ai parlé à mon frère Orval. Il m’a expliqué quelle haine vous vouez aux Vampires et l’incident de l’autre jour. Ne vous laissez pas piéger par les apparences. Je travaille sur une potion qui permettrait d’anéantir n’importe quel vampire. Mais je ne veux pas éveiller leur méfiance. C’est moi qui ai demandé à mon frère de faire profil bas avec eux. N’y voyez aucune faiblesse.

Cette femme d’apparence trop gentille était en train de concevoir une potion capable de détruire les créatures les plus puissantes et les plus infâmes qui soient ?! C’était vraiment une personne surprenante songea Alrik. Mais Alrik était Exorciste et Inquisiteur ! Il se refusait à montrer un quelconque signe d’affection.

– Siréna, ne perdez pas votre temps. L’heure n’est pas à la lutte contre les Vampires. L’heure est à la capture Azmiya Saadana. Je dois faire innocenter Magnus Salomon avant qu’il ne se fasse tuer. Pour ça, je dois livrer son épouse aux Oshitsuki et je compte bien faire ça sans attendre. « 

*** Capture ***

Quelques instants plus tard, toujours dans la foule, Alrik saisit le bras de la Marquise de Passionata.

“Marquise, l’affaire est sur le point de se conclure. Je vais livrer l’épouse de Salomon à votre mari. Est-ce que je peux compter sur vos hommes pour m’assister ?
– Oh non Alrik, vous allez trop loin. Vous deviez seulement enquêter !
– Nous aurons le fin mot de l’enquête lorsque j’aurai pratiqué un exorcisme sur Salomon Magnus ! Mais je ne pourrai pas faire ça s’il est décapité par l’un des guerriers de votre mari.
– Mais de là à capturer son épouse et la livrer à une mort certaine ? Non. Je ne vous aiderai pas à capturer son Azmiya Saadana. Je ne vous en empêcherai pas non plus. Vous n’avez qu’à faire ce que bon vous semble. »

Le bon côté d’une cité aussi cosmopolite que Valenbourg était le nombre de confrontations qui s’y déroulait. Alrik le savait et n’avait qu’à attendre le bon moment. Et ce bon moment n’avait pas été long pour arriver. Une attaque d’orques aux portes de la ville occupait les soldats. Salomon Magnus et son garde personnel partirent leur prêter main-forte, laissant son épouse seule avec son garde du corps.

Alrik était prêt à tuer ce dernier homme pour atteindre son but. Il traversa l’agitation de la foule et s’approcha de sa cible d’un pas décidé.

À sa surprise, Azmiya Saadana et son garde étaient tous les deux par terre baignant dans une mare de sang. Une brume s’éloigna pour disparaitre dans les égouts de la cité, cette brume n’avait rien de naturel et Alrik savait ce qu’elle signifiait. Pour la deuxième fois, Les Vampires venaient de coiffer Alrik au poteau. Il trouvait étrange que des créatures aussi démoniaques que les Vampires cherchent à s’en prendre à une femme aussi démoniaque qu’Azmiya Saadana. Mais l’heure n’était pas aux interrogations. Sans attendre, Alrik souleva son objectif et quitta la place. Le combat continuait de faire au nord de la ville et il put rejoindre les quartiers des Oshitsuki sans être inquiété.

*** Captivité ***

Dans le camp des Oshitsuki, l’Empreur n’était qu’à moitié ravi. Il avait devant lui une ennemie qu’il allait être libre d’exécuter, mais il avait aussi été discrédité. Comment un simple Exorciste avait-il pu capturer si vite une ennemie alors que ses hommes avaient cet ordre depuis plusieurs mois sans résultat ?

Sur son ordre, Azmiya Saadana fut à la fois attachée et soignée, de sorte à ce qu’elle puisse s’expliquer pour justifier ses actes. C’était aussi un moyen de la décapiter vivante plutôt que d’achever une femme déjà à moitié morte.

C’est à ce moment que son époux, Salomon Magnus arriva en courant d’un air inquiet. Comme le veulent les règles du clan, il dut laisser son arme aux mains de ses ennemis pour pouvoir entrer. Sans attendre, il s’adressa à l’Empreur Oshitsuki.
“J’ai appris que mon épouse est dans votre camp.
– En effet.
– Puis-je la voir ?
– Oui vous pouvez la voir.
– Pouvez-vous me certifier qu’aucun mal ne lui sera fait tant qu’elle sera dans vos murs ?
– Non, je ne peux vous certifier cela. Nous comptons la juger pour les actes qu’elle commit contre l’Empire Oshitsuki. Il est probable qu’elle soit exécutée aujourd’hui même. Elle subit les soins actuellement afin de pouvoir parler.”

L’air de Salomon Magnus s’aggrava. Il laissa l’empereur pour rejoindre son épouse. Celle-ci était effectivement en présence de trois guérisseurs qui pansaient ses plaies tout en usant de magie pour guérir ses blessures.

Un instant plus tard, il sortit de la tente pour attendre le jugement. Son épouse ne se réveillerait pas avant au moins une heure. Il trouva un siège et s’y installa, attendant tristement le jugement de son épouse. C’est alors qu’Alrik vint s’assoir devant lui.

“Alrik, mon ami comment as-tu pu te faire berner ainsi ? Les Oshitsuki ne sont pas mes alliés ! Tu pensais qu’ils allaient soigner mon épouse ? En l’emmenant ici tu l’as mise en grand danger.
– Non Salomon, je ne l’ai pas ramenée ici pour qu’elle se fasse soigner. Je l’ai amenée ici afin qu’elle soit exécutée.”

Les deux hommes étaient assis face à face et semblaient, pour l’observateur non averti, simplement discuter d’un quelconque sujet grave. C’était en quelque sorte le cas. L’exorciste suivait ce qu’il estimait être sa foi et avoua son méfait qu’il considérait comme juste, accusant Azmiya de l’avoir ensorcelé et éloigné de ses devoirs.
Le champion des armées du Shirama avait toujours été un homme pragmatique. Il ne pouvait balayer une accusation aussi grave.

« J’ai bien compris ton point de vue. Pour toi je suis sous le contrôle d’un sortilège, pour moi je suis simplement amoureux de mon épouse. Mais je suis prêt à me soumettre à une analyse magique réalisée par trois sorciers. Des sorciers indépendants de tout enjeu politique et personnel. Si je suis sous l’effet d’un maléfice quelconque, je t’en remercierai. S’il s’avère que ce n’est pas le cas, alors je te tuerai Alrik Reckless. »

Les mots étaient durs, mais son ami avait fait preuve de franchise et n’avait nullement caché ses intentions, il avait décidé de lui rendre la pareille. Le regard de l’Exorciste se fit un instant plus dur, mais ne cilla pas. Il hocha la tête en guise d’acquiescement et Salomon comprit qu’il était prêt à cette éventualité depuis le début.

***

Alrik le savait parfaitement, il avait pratiqué suffisamment de délivrances de malédictions, d’Exorcismes et de dissipations magiques pour savoir que si possession il y avait, l’analyse magique le révélait dés les premières secondes. Pourtant l’analyse, pour être valable, durait cent vingt secondes. Dans le cas présent, aucun spasme musculaire, aucune voix démoniaque sortant de l’hôte. Aucune attitude agressive ne se manifestait de son ami. Ce constat l’amena à réaliser ce qu’il avait fait, et ce qu’il allait faire. Il pouvait remettre en cause l’analyse magique de ces trois sorciers, expliquant que seuls les Inquisiteurs étaient capable de ce genre de détection. Mais ça n’aurait fait que le déshonorer. Lui qui était revenu en quête de repentance, il n’avait fait que s’enliser encore plus dans le déshonneur.
Tous les yeux étaient portés sur Salomon Magnus et personne ne le remarqua. Mais à ce moment, Alrik laissa échapper une larme qu’il ne chercha même pas à cacher.

***

Le résultat de l’analyse magique fut sans controverse et l’émir Consort du Shirama se leva alors de sa chaise afin de rejoindre la plaine. Accompagné d’une vingtaine de guerriers Oshitsuki, Salomon arriva jusqu’à la plaine. Le mouvement de tous ces soldats attira les curieux comme les représentants d’autres factions. La marquise se joint au cortège accompagné du Général Orval Magnus et frère de Salomon. Les énarques de l’empire du Shirama vinrent aussi observer l’évènement.
Salomon Magnus et Alrik Reckless se tenaient face à face. Autour d’eux, la foule gardait ses distances.

“Alrik, tu as été mon ami pendant des années, j’ai été honoré de t’avoir parmi mes frères d’armes, pourtant aujourd’hui tu es devenu complètement fou. Tu as cherché à faire tuer mon épouse parce que tu t’imaginais que j’étais ensorcelé. Plutôt que de me poser la question tu as préféré agir avec excès. Comme tu as pu le voir, je n’étais pas ensorcelé, j’étais pleinement libre de mes actes. Quoi que j’ai pu faire, je l’ai fait par Amour. Un concept que toi comme ton Inquisition ne peut pas comprendre. »

Alors que l’Exorciste s’apprêtait à répondre, Siréna sortit de la foule pour se placer entre les deux duellistes.
“Ne lui en veut pas Salomon ! Alrik n’a fait que dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ! Nous avons tous eu le doute et même mes cartes ont dit que tu étais possédé !
– Il a tenté de faire exécuter mon épouse. Peu importe les motivations qui l’ont poussé à faire ça, je ne peux pas laisser passer un tel affront, répondit-il d’un ton égal.
– Mais vous avez un ennemi commun ! Les vampires aussi ont tenté de tuer ton épouse ! Les vampires sont les ennemis jurés d’Alrik, ne pouvez-vous pas simplement vous battre ensemble contre cet ennemi commun et abandonner ce duel malheureux ?

Alrik posa sa main sur l’épaule de Siréna.
– Assez Siréna. On n’échappe pas à ses responsabilités. Si Salomon veut m’affronter, je ne chercherai pas de moyen de me soustraire à sa colère. Ce que j’ai fait, je l’ai fait avec certitude. Et si ça permet à la Dynastie Magnus de retrouver confiance dans leur frère aîné, alors c’est une bonne chose, qu’importe l’issue du duel. »

Résignée et les yeux pleins de larmes, Siréna s’éloigna pour rejoindre la foule.

« Émir consort Salomon Magnus ! Tu désires m’affronter par ordalie judiciaire, je suis prêt à me battre contre toi, cependant, j’ai des conditions à proposer pour éviter tout débordement :
La première condition, c’est que nous effectuons un duel à mort. Ce qui signifie que le combat continuera tant que nous aurons la force de nous battre. Quand l’un de nous deux s’écroulera au sol, il devra être achevé par décapitation. Je suggère que ton frère Orval se charge d’achever le perdant.
– J’accepte ta première condition.
Les deux adversaires regardèrent de concert le Général des armées qui hocha la tête pour signifier qu’il était prêt à tenir son rôle.
– Ma seconde condition est que ce duel est le résultat d’une divergence d’opinion entre toi et moi uniquement. Ainsi, lorsque l’un de nous deux mourra, aucune vengeance ne devra être effectuée.
– C’est bien de le souligner. J’accepte ta deuxième condition.
– Ma troisième et dernière condition, c’est que le défunt devra recevoir des funérailles selon ses coutumes et ses croyances. Ces obsèques sont à la charge financière du gagnant. Voilà mes conditions Salomon. Si tu es prêt à les accepter, je suis prêt à t’affronter.
– J’accepte tes conditions l’Exorciste ! Je m’engage sur l’honneur les respecter scrupuleusement si je sors vainqueur de ce duel.
– Dans ce cas… Je relève ton défi. »

*** Duel ***

Les deux amis s’engageaient dans le combat. Salomon Magnus était armé d’une double-lame qu’il faisait virevolter afin de s’échauffer les poignets et les épaules. Gracieuse et rapide, son arme dessinait un huit. Une barrière de lames capable de dévier les flèches… Une arme inhabituelle et rapide qui l’avait propulsé au titre d’implacable.

En face, Alrik Reckless n’était pas impressionné. Ni la manœuvre ni le titre ne pouvait vraiment le blesser. Il était calme, immobile. Son casque dissimulant son visage. Sa hallebarde tenue à deux mains était pointée devant lui. Il respirait lentement en observant son adversaire, prêt à réagir. Il porta son attention sur son jeu de jambes. Il savait qu’il allait être la cible d’un déluge d’attaques. Mais son armure tiendrait bon. Les attaques vraiment dangereuses sont celles coordonnées entre les bras et les jambes. C’était celles-ci qu’il allait devoir contrer.

Le style de combat d’Alrik était basé sur la force. Des frappes lourdes et dévastatrices. Aucune action parasite n’avait sa place dans ses gestes. Sa force, associée à sa foi faisait de lui la personne toute trouvée pour tenir tête à Salomon Magnus l’implacable…

Doucement, la barrière de lame s’avança. L’Emir consort du Shirama voulait frapper l’arme de son adversaire afin de d’ouvrir sa garde. Mais sa manoeuvre fut un fiasco. Dès que les deux armes s’entrechoquères, le tranchant de la hallebarde avait déjà largement passé sa garde et se trouvait entre ses jambes.
Alrik recula son arme avec vigueur et lui arracha sa jambière tout en lui tranchant le mollet. Sérieusement touché, ce premier coup allait l’handicaper pour la suite du combat. Pour la première fois depuis quatre mois, Magnus Salomon se faisait blesser. Son titre d’implacable n’était plus justifié.

Mais il n’avait pas obtenu sa réputation sans savoir saisir une opportunité. Conscient qu’il avait été blessé, il chargea pour attaquer, espérant ainsi surprendre son adversaire. Ses frappes arrivaient de toute part, il alternait gauche et droite et cassait le rythme pour rester imprévisible.
Mais l’armure d’Alrik était solide, il ne risquait rien. Soudain, un subtil placement de pied eu lieu, donnant place à une attaque vraiment dangereuse, orientée vers la jambe. Alrik réagit et dévia l’arme de son adversaire en enchaînant avec un violent coup de pied dans son plexus.
Salomon recula de quelques pas, déséquilibrés. Mais agile comme un chat, il se remit en garde, essoufflé. Alrik quant à lui n’avait presque pas fait d’effort. Indemne et son souffle encore calme, il n’avait presque pas eu besoin de bouger. Son style défensif fonctionnait à merveille…
Du moins c’est ce qu’il pensait et à tort, car sur ses mains s’écoulait son propre sang. Il avait contré l’attaque la plus dangereuse, comment pouvait-il perdre autant de sang ? De toute évidence, le fanatique a eu tors de négliger les coups rapides de son adversaire.

Alrik comprit son erreur et se décida à inverser les choses : plus question d’attendre pour contre-attaquer, il allait mener la danse ! Il laissa la barrière de lame s’approcher et leva son arme pour armer un coup orienté vers la tête de son rival. Aussitôt en garde et prêt à dévier l’attaque, Salomon se fit surprendre par la feinte et le changement d’axe. Le tranchant de hallebarde, plutôt que de l’atteindre au sommet de son crâne comme il l’attendait observa une courbe qui allait finir sa course dans sa jambe. Il contra en catastrophe, mais l’arme était trop lourde et le coup trop puissant pour être totalement arrêté. Sa jambe encore indemne venait d’être sévèrement touchée elle aussi.
Blessé aux deux jambes, Salomon était condamné à perdre connaissance d’ici quelques minutes. Aidé par l’adrénaline et la rage de vaincre, il continuait malgré la douleur.


Une nouvelle fois, la hallebarde du prêtre se leva. Cette fois-ci ce n’était pas une feinte, Alrik voulait achever son adversaire. Ignorant la douleur et les blessures de ses jambes, Salomon esquiva sur le côté tout frappant l’arme de son adversaire pour la dévier. La hallebarde se planta profondément dans le sol.
Forçant avec ses deux mains pour libérer son arme et se dégager de cette mauvaise passe, Salomon lui lança une frappe circulaire. Le prêtre leva le manche de sa hallebarde avec rage ce qui repoussa le danger tout en frappant Salomon à la mâchoire.

Il recula en essayant de garder l’équilibre. Désorienté et déséquilibré, il perdit deux dents dans un crachat de sang tout en reprenant ses esprits. Le prêtre quant à lui délogea son arme du sol et se remit en garde. Il avança à nouveau l’arme en l’air pour frapper de la même manière.
Affaibli, l’émir consort du Shirama se mit en garde. Et la hallebarde repartit dans un mouvement en courbe pour viser ses jambes mais Salomon l’avait anticipé. Aussitôt il bondit dans une acrobatie mortelle et frappa son adversaire dans une attaque piquée. L’armure fut transpercée au même titre que le trapèze de l’Exorciste.

*** Victoire ***

Les deux adversaires étaient gravement blessés. Malgré tout, ils tenaient encore debout là où aucun homme n’aurait pu tenir aussi longtemps. Ils reprenaient leur souffle en s’observant toujours, cherchant l’erreur à exploiter.
Sous son casque, Alrik Reckless murmura quelques mots que personne ne put entendre. « J’ai choisi ma vie… Et je choisis ma mort… »
La pointe de sa hallebarde toujours devant lui, il attendait que son adversaire attaque. Ce qui ne manqua pas d’arriver dans un assaut unique. Un coup circulaire qui allait l’atteindre par sa droite. Alrik leva son arme pour bloquer avec vigueur.
La première lame fut repoussée, mais Salomon utilisa cette force pour faire tourbillonner son arme et attaquer avec la deuxième lame. L’attaque venant trop vite et trop fort, le blocage ne suffit pas. Il fut frappé de plein fouet. Son casque se fendit instantanément sous l’effet du choc, et son crâne fit de même.
Alrik s’écroula lourdement sur le dos dans un vacarme d’acier. L’Exorciste était mort.
Salomon Magnus s’écroula à son tour, sauf qu’il respirait toujours. Encore une fois, il avait remporté son duel, mais il n’en tirait aucune gloire. Partagé entre l’extase de la vengeance et la perte d’un ami, il ferma les yeux alors que les prêtres venaient lui lancer des sorts de soins pour sauver sa vie.
Orval Magnus s’approcha de l’Exorciste d’un air grave.
« Comme tu l’as demandé Alrik, c’est un duel à mort et le perdant doit être achevé… J’honore donc ta demande. »
Il leva sa hache.

*** Obsèques ***

Six heures plus tard, sur la même place avait été installé un bûcher. Alrik s’y trouvait recouvert d’une cape pour dissimuler ses blessures.
Nombreux furent les personnes qui vinrent à ces funérailles. Nombre d’Inquisiteurs étaient là aussi, à adresser un regard noir à Salomon Magnus. Mais ils étaient tenus par un code d’honneur eux aussi, et ils respecteraient scrupuleusement le fait de n’observer aucune vengeance.

Une torche prévue à cet effet brûlait calmement, prête à l’emploi. Magnus sortit de la foule. Il prit la torche et s’avança vers le défunt.

« Il a été un ami, il a ensuite été un frère d’armes.
Il a été un sauveur pour nombre d’entre nous.
Il a ensuite connu l’exil.
Il a renforcé sa foi, et il est revenu parmi nous.
Malheureusement, dans sa quête de repentance, sa foi est devenue fanatisme.
Sa conviction est devenue inquisition.
Il a vu des ennemis dans sa propre famille.
Il a soupçonné ses propres frères d’armes.
Il est devenu complètement fou.
Il a vécu parmi nous et il est mort parmi nous.
A présent, il fait partie de l’histoire.
Adieu … Alrik Reckless l’Exorciste. »

Le bûcher s’alluma et prit rapidement. La foule silencieuse resta immobile pour observer ce moment symbolique.
Après quelques instants, l’Empereur accompagné de la Marquise vint s’adresser au gagnant.


« Salomon ? Venez avec nous, nous avons quelque chose à vous dire.

Alors qu’ils marchaient pour s’éloigner de la foule, l’Empereur s’adressa à Salomon d’un ton compatissant. Plus aucune hostilité n’animait sa voix.

Alrik m’a fait promettre une chose avant de s’engager dans ce duel. Il m’a demandé à ce que vous restiez avec votre épouse quoi qu’il arrive. Si vous perdiez ce duel, je me suis engagé à exécuter votre femme pour qu’elle meurt avec vous. Mais comme vous avez gagné ce duel, je me suis engagé à vous laisser vivre avec elle. Ainsi, je vous informe que l’Empire Oshitsuki abandonne le jugement qui était prévu. Considérez cela comme un ultime cadeau de votre ami. »

Salomon Magnus resta silencieux.

Fin

Pour les membres de Kelkalor, cette histoire est inspirée de faits du GN Kelkalor VI. Les vrais personnages sont les suivants :

Salomon Magnus – Agonn Kin
Orval Magnus – Thorien Kin
Siréna Maguns – Yamika Kin
Azmiya Saadana – Anyssa Sala Had’Din

Alrik Reckless – Koronis Meliknov « L’Exorciste »

Voilà chers lecteurs, j’espère que cette histoire vous aura plu. J’espère aussi avoir réussi à vous surprendre !

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