En tant qu’écrivain, vous êtes sûrement comme moi : vous imaginez votre lecteur happé par la lecture de votre dernier roman, les larmes aux yeux, fasciné par votre écriture. Faire pleurer le lecteur est le Graal pour un auteur, la preuve ultime qu’il a réussi à l’émouvoir ! Mais comment s’y prendre ? Oui, c’est loin d’être une mince affaire. Il y a pourtant des techniques de rédaction simples pour jouer sur la corde sensible lorsque l’on raconte une histoire. Zoom sur trois façons de faire pour que celui qui vous lit ne puisse retenir ses larmes !

Décrire les émotions d’un personnage pour faire pleurer le lecteur

L’approche la plus répandue pour émouvoir le lecteur jusqu’aux larmes est probablement celle de lui faire ressentir de la tristesse. Mais pour ce faire, il y a une erreur classique qui consiste à faire vivre de la tristesse à vos personnages, en espérant que votre lecteur ressente la même chose. À mon sens, cela ne fonctionnera pas. Pourquoi ? Parce que votre lecteur n’est pas encore attaché à lui.

Pour que votre lecteur s’attache à votre personnage, il doit déjà s’identifier à lui. C’est seulement à travers une identification forte que votre lecteur pourra ensuite ressentir la même chose que le personnage.

Donc, dans un premier temps, concentrez-vous sur le fait d’impliquer votre personnage dans un conflit cohérent et vraisemblable dans lequel il prend position, comme le ferait votre lecteur.

Exemple : Vous avez un homme qui est envoyé au front. Il prend les armes dans une guerre qui le dépasse complètement, mais son combat à lui c’est de survivre à la guerre pour retrouver ensuite son épouse. Malgré toutes ses difficultés, il continue de lui écrire régulièrement. Avec cette introduction, vous cherchez à faire en sorte que votre lecteur rentre dans la peau de votre héros.

Ensuite, votre personnage reçoit une lettre de sa femme dans laquelle elle demande le divorce. En effet, celle-ci ne supporte pas de l’attendre et de s’inquiéter pour lui. Il est probable que votre lecteur ressente de la tristesse et de la compassion pour votre personnage. Réussirez-vous à trouver les mots qui vont le faire sangloter à la lecture de tous ces évènements ?

Faire comprendre au lecteur les enjeux du héros

Être clair dès le départ sur les enjeux vécus par votre personnage est crucial pour que vos conflits soient réussis. Un conflit flou, c’est la certitude d’ennuyer votre lecteur, alors que l’imminence d’un conflit clairement défini opposant des personnages charismatiques, c’est la garantie que votre lecteur dévore votre livre.

Dans un premier temps (et ce fait va revenir souvent), il faut que votre lecteur soit attaché à votre personnage et qu’il se sente impliqué dans le conflit en cours. Imaginons que vous racontiez l’histoire d’un fuyard durant la Deuxième Guerre mondiale. Intégrez par exemple dans votre texte des éléments susceptibles de faire qu’il ne s’en sorte pas : une rencontre fortuite avec des soldats allemands, un villageois apeuré prêt à le donner à l’armée ennemie. Votre lecteur sera tenu en haleine. 

Vous pouvez aussi faire comprendre au lecteur un enjeu qui est perdu alors que votre personnage ne le réalise pas encore. C’est très émouvant. Je m’explique. Reprenons ce personnage qui fuit les soldats du 3eme Reich. Imaginez que tout le long du récit, on voit qu’il lutte pour se nourrir et pour fuir les forces de l’Axe. Mais il est rusé et y parvient à plusieurs reprises. Puis, présentez ce personnage insouciant, en sécurité d’une belle maison avec un grand portail. Celui-ci est chantonnant sous la douche alors que, dans le même temps, des soldats arrivent dans cette ville de tous les côtés et qu’il n’a strictement plus aucune chance de s’enfuir. Le fait de voir votre personnage continuer de chanter pendant ces derniers instants sera déchirant pour votre lecteur qui sait très bien ce qui va se passer. Ça c’est vraiment jouer sur la corde sensible avec l’écriture !

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Utiliser la description pour créer un texte fort en émotion

Comme toujours (et je ne le répèterai jamais assez), vous ne tirerez pas des larmes à votre lecteur sans que celui-ci soit au préalable attaché à votre personnage. C’est une erreur vraiment trop répandue. Combien de scénarios commencent en expliquant que tout le pays est menacé par un méchant, le monde entier ou pourquoi pas tout l’univers ? 

Franchement, cela n’inspire ni crainte ni peine. On se dit juste « Oui d’accord … et ensuite ? »

En revanche, si vous attachez votre lecteur à votre personnage, ce sera complètement différent.

Imaginons cette fois-ci un jeune homme qui tombe amoureux d’une femme vivant dans la pauvreté. Hélas, il n’a pas le droit d’être en couple, car il est destiné à devenir un homme d’Église. Ne pouvant vivre son amour, il se décide tout de même de rester bienveillant avec elle : il lui apporte de la nourriture pour assurer sa survie. Malheureusement, celle-ci se fait attraper en train de voler des vêtements et s’apprête à être exécutée par le bûcher aux côtés de nombreux autres condamnés. (Oui, quand je dis église, on peut aussi dire Inquisition)

Votre personnage s’oppose vivement à cette condamnation et se fait envoyer aux geôles durant la mise à mort.

Terminez votre histoire en faisant une focale sur votre personnage qui peut enfin sortir de sa cellule, mais qui constate, via votre description qui va être très travaillée, que le bûcher de son amie est le seul à ne pas avoir été brûlé, donnant l’espoir qu’elle a survécu à la fois au personnage ET à votre lecteur. Et là, alors que vous n’êtes finalement qu’en train de décrire une ligne de bûchers qui ont tous pris feu sauf un, vous donnez un pouvoir émotionnel à votre texte. 

Encore une fois, sorti de son contexte, il n’a pas de quoi émouvoir le lecteur jusqu’aux larmes. Pourtant, puisque votre lecteur a compris l’enjeu et qu’il est attaché à vos personnages, il a de grandes chances de se faire happer par sa lecture, ne croyez-vous pas ?

Pour faire pleurer le lecteur, il ne suffit pas de nommer les émotions dans votre narration. Il faut qu’il les vive ! C’est à ce prix là qu’il entre dans la peau de vos personnages. Cela passe, notamment par des descriptions détaillées de vos héros, des lieux et des personnages secondaires. Qui plus est, une fois que votre lecteur a saisi les enjeux de l‘histoire, il ne peut que dévorer la fin du livre le plus rapidement possible !  

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