Baignée par le soleil de la fin d’un été, une charrette avançait à travers les champs de blé paisibles. L’âne qui la tractait marchait sans peine : elle n’était chargée d’aucune marchandise. Seuls deux hommes étaient installés dessus. Ils parlaient affaires, et la négociation était rude. L’enjeu commercial était important. L’un était agriculteur et espérait bien vendre son blé à bon prix. L’autre était là pour l’acheter le moins cher possible. Pour atteindre leurs objectifs respectifs, ils argumentaient et contre argumentaient avec détermination.

Le propriétaire de ces terres était un homme trapu et ventripotent. Le genre d’homme qui a travaillé toute sa vie maniant des outils lourds tout au long de journées épuisantes. Un homme d’une quarantaine d’années à la mâchoire carrée et au verbe haut. Le genre de brute qui ne se laisse impressionner par personne.

Il se nommait Aldric, mais il se faisait appeler Aldric l’audacieux. Son déluge d’argument bien ficelé faisait habituellement plier n’importe quel acheteur… Mais face à lui, ce n’était pas n’importe quel acheteur.

Face à lui siégeait Drogon Alkmar. Un lieutenant prometteur de l’Inquisition. Âgé d’une trentaine d’années, celui-ci était armé d’une arbalète et d’une épée. Sa « clairvoyance » lui avait permis d’accéder rapidement à de grandes responsabilités au sein de l’Inquisition de la ville de Linesse. De plus, son côté impitoyable à appliquer strictement les méthodes exigées rassurait sa hiérarchie.

Habituellement, le Lieutenant Alkmar était chargé d’enquêtes pour le moins musclées, mais une récente blessure à la cheville lui avait valu un mois de convalescence. De ce fait, il se trouvait là, à négocier le prix du blé avec Aldric l’audacieux afin de nourrir une partie de son clergé. Un véritable repos du guerrier pour un homme habitué à brûler vif les hérétiques…

En somme, ni le vendeur ni l’acheteur n’étaient dupes, et la négociation risquait d’être longue… Car aucun d’eux n’était pressé, et tous les deux étaient attachés à la moindre petite pièce d’or.

Ils étaient bien loin d’imaginer qu’ils ne pourraient ni finir leur négociation ni même faire la transaction aujourd’hui. Leur destin était en train de basculer d’une manière sanglante. Il ne leur restait qu’un seul jour à vivre… Et pendant ce temps, ils allaient connaître l’enfer et souffrir mille morts.

Alors que le propriétaire des terres continuait de vanter l’excellence de ses productions, l’Inquisiteur releva la tête, interpellé par quelque chose à l’horizon. Une couleur qu’il ne connaissait que trop bien. La couleur du sang. Pas du sang sur une lame ni du sang sur des mains. Mais une tache rougeâtre qui s’étendait sur plusieurs mètres.

Il fit arrêter la charrette et descendit, l’arbalète dans une main et l’épée dans l’autre, prêt à se battre. Il était suivi par Aldric l’Audacieux, armé d’une fourche.

L’Inquisiteur rangea ses armes pour explorer ce lieu aussi terrifiant que rassurant. Rassurant car, plus aucune âme n’habitait cet endroit, donc aucune hostilité n’était à craindre. Terrifiant du fait qu’ils étaient entourés d’au moins huit hommes et deux femmes, tous morts, mutilés, démembrés et dévorés par les corbeaux pour les plus chanceux.

Les moins chanceux étaient ceux qui avaient le visage figé dans une expression de terreur. Ces derniers semblaient avoir connu une mort bien plus épouvantable encore que les autres. L’Inquisiteur ne pouvait laisser une telle abomination avoir lieu dans cette contrée sans une enquête digne de ce nom…

Ange

Par un miracle inexpliqué, au milieu du carnage se trouvait une femme. Une créature tout droit sortie du plan céleste avec un corps parfait et une peau sans défaut. Une humanoïde à la chevelure blonde magnifique qui avait la beauté d’une reine. Les ailes faites de plumes blanches qui se trouvaient dans son dos et l’auréole qui lévitait au-dessus de sa tête ne laissaient aucun doute. Elle n’avait rien d’une humaine. Elle respirait, malgré une plaie de dix centimètres au niveau du ventre. Inconsciente, la secouer ne la faisait pas réagir.

Après avoir méticuleusement inspecté chaque corps et chaque blessure, il garda sa conclusion pour lui. Préférant ne pas lier ce traîne-poussière d’Aldric à ses investigations. Les deux hommes ramenèrent la femme à la charrette. Ils furent surpris du poids de celle-ci. Elle ne pesait presque rien et pouvait allègrement être portée d’une main par un seul homme. Pourtant, son corps de femme aurait dû peser au moins cinquante kilos. Ils l’installèrent dans la charrette pour la ramener.

L’enquêteur brûla ensuite les corps restants, ce qui provoqua un incendie dans le champ de blé. Aldric l’audacieux vit sa vente et sa récolte partir en fumée. Il n’avait pas le moindre espoir de remboursement. Il ne put même pas moissonner les parcelles qui se trouvaient autour pour sauver ce qui pouvait l’être. Une perte qui annonçait un hiver particulièrement rude… Lui qui espérait s’enrichir aujourd’hui, c’était finalement tout l’inverse.

Malheureusement, si négocier un prix avec un Inquisiteur est difficile, négocier ses décisions est parfaitement impossible.

Le chemin du retour se fit en toute hâte, aussi vite que l’âne acceptait d’avancer. Mais dans un silence mortel. Pour l’homme des champs, le Lieutenant Alkmar était un fou furieux parfaitement excessif. Alors que pour l’homme d’Église, il savait qu’il faisait ce qui était juste. Les saintes règles de l’Inquisition sont strictes, mais elles sont l’ultime rempart entre le monde civilisé et la barbarie, c’est la raison pour laquelle elles doivent être fermes.

Plus de deux heures plus tard, alors que le soleil commençait à décliner, ils arrivèrent enfin au village le plus proche. Il n’avait de village que le nom, c’était plusieurs maisons construites par les propriétaires des champs alentour. Ce lieu n’avait ni église ni place centrale. Mais il avait tout de même le luxe d’un médecin tout à fait compétent qui examina avec soin la créature rescapée.

Il n’en était pas à sa première victime ni à ses premiers diagnostiques. La créature était d’une pâleur inquiétante. Sa peau, ses ongles et ses lèvres manquaient clairement de leur coloration. Mais ce qui inquiéta le médecin de ville, c’était de voir l’intérieur de ses paupières l’être également. Elle était en anémie et risquait de ne jamais revenir à elle si elle n’était pas alimentée.

Le médecin préférait largement traiter avec son proche voisin qu’avec un homme d’église totalement aveugle à la médecine. Surtout qu’il ne savait absolument pas comment expliquer à un Inquisiteur qu’une personne pouvait boire du sang pour améliorer son état… Il savait qu’avec une telle suggestion, il risquait d’être pendu haut et court.

Conciliabule

Il attendit que le Lieutenant s’éloigne pour s’adresser à Aldric. Il lui dit qu’elle avait forcément dû être blessée car elle manquait de sang. Ils pouvaient bien lui donner quelques nourritures à base de sang comme du boudin noir, mais ça ne suffirait pas. Elle avait besoin d’en boire en quantité et sans attendre.

Offrir quelques gouttes de sang pour sauver l’envoyée des Dieux, c’était quelque chose qu’Aldric l’audacieux était prêt à faire. Il avait la foi, il ne pouvait pas se retrouver face au Tout-Puissant le jour de sa mort sans avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver un Ange durant son vivant. Il accepta donc de nourrir la créature en offrant son sang pendant que le médecin faisait diversion.

Le lieutenant de l’Inquisition discuta avec le médecin devant sa maison. Il suggéra d’appeler d’autres guérisseurs pour l’aider, mais le chevalier refusa, il préférait partir avec la créature pour qu’elle soit examinée par les Maîtres Inquisiteurs de son ordre. Le médecin insista en disant qu’elle serait mieux soignée ici, mais encore une fois, le compromis n’était pas dans les prérogatives du jeune lieutenant.

Trouvant le médecin trop insistant, il le bouscula pour retourner à l’intérieur. Il découvrit le lit vide et taché de sang, l’homme des champs s’était enfui avec la créature et l’avait soignée en lui offrant une partie de lui ! Ce traître méritait le bûcher ! Malheureusement, le lieutenant était ralenti par sa cheville toujours blessée et n’avait aucune chance de le rattraper.

Après avoir exécuté d’une façon légale le médecin complice de cette trahison, le lieutenant Alkmar envoya un pigeon voyageur à l’attention de son ordre. Le message était clair, il devait enquêter de toute urgence sur une créature. Pour l’Inquisition, le mot « enquête » avait un sens bien à lui qui sous-entendait « exécution »

Ainsi, il donna sa position et réclama de l’aide afin de retrouver le fuyard au plus vite. L’oiseau s’envola, passa par-dessus les plaines et arriva à la Basilique pour livrer son message. Moins de deux heures après l’envoi, les instructions du jeune lieutenant furent suivies et une escouade de quatre hommes, cinq chevaux et deux chiens d’attaque quittèrent Linesse pour rejoindre le Lieutenant Alkmar.

Audace

Aldric l’audacieux admirait l’acte de foi qu’avait fait le médecin. Offrir sa vie pour permettre à l’enfant de Dieu de survivre ! Il était un saint parmi les saints. Curieusement, ce sont ceux qui se revendiquent les soldats de Dieu qui veulent détruire cette si merveilleuse créature !

Mais les Inquisiteurs ne sont pas le bras armé de Dieu. Ils ne sont que des bouchers qui passent pour saints à l’heure où ils font le diable ! Aldric n’était pas dupe, sa mission était maintenant devenue claire, il devait tirer d’affaire cet Ange. Ça lui ouvrirait les portes du Paradis. La gloire éternelle ! Quand bien même il devait offrir sa vie dans cette quête.

Alors qu’il courait à travers champs dans l’obscurité de la nuit, il devait bien l’avouer, il était perdu. Il ne pouvait pas allumer de torche sous peine d’être repéré par ce Lieutenant qui se trouvait probablement à ses trousses. Même s’il ne savait pas exactement où il se trouvait, il n’avançait pas totalement à l’aveugle. Il se repérait à la lumière des étoiles. Ses connaissances en astrologie l’aidèrent, il savait reconnaître la croix du sud et donc, s’orienter même dans l’obscurité de ces plaines.

Il portait toujours la créature divine. Il s’était ouvert les veines pour elle et elle avait absorbé une partie de son sang. Pas assez pour qu’elle revienne à elle, mais suffisamment pour qu’il se sente affaibli. Néanmoins, même si son corps fatigué réclamait le repos, son esprit était encore plein d’entrain.

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Un gémissement fit sursauter Aldric. La créature qu’il portait par-dessus l’épaule se manifesta. Il la posa délicatement au sol pour l’aider à revenir à elle. Il lui offrit une nouvelle fois quelques gouttes de son sang pour l’aider à se remettre d’aplomb.

En l’examinant une nouvelle fois, il remarqua qu’elle avait perdu ses ailes. Désormais son dos était semblable à celui d’une humaine. Mais elle conservait néanmoins son auréole et sa beauté divine. Elle ouvrit enfin ses yeux d’un bleu intense pour remercier son sauveur de sa voix douce et mélodieuse.

Nanthilde de Lys

La créature se nommait Nanthilde de Lys. Elle était incapable de dire d’où elle venait ni comment elle s’était retrouvée au milieu de ce carnage. Néanmoins, elle savait certaines choses utiles à leur fuite. Elle indiqua où aller pour qu’elle puisse être sauvée. Elle guida son sauveur jusqu’à une forge. Il avait besoin de s’armer en prévision des affrontements contre les Inquisiteurs qui finiraient tôt ou tard par arriver.

Mais dans son départ précipité, Aldric l’audacieux n’avait pas pris d’or. Il ne pouvait s’acheter quoi que ce soit. Mais il était prêt à tout, il devait sauver cette femme ! Elle ne lui demanda rien, c’est de sa propre initiative qu’il subtilisa un poignard et tua le forgeron.

Il trouva alors ici tout ce dont il pouvait avoir besoin pour se battre…

Nanthilde de Lys ne pouvait cautionner le meurtre. C’était l’acte le plus grave possible. Néanmoins, il avait été fait dans des circonstances extrêmes, alors des mesures extrêmes s’imposaient… Compréhensive et bienveillante, elle sourit à Aldric. Il avait fait ça pour elle et il méritait une récompense… Elle perdit son auréole à ce moment-là, mais Aldric ne remarqua absolument rien. Il était obnubilé par sa beauté, sa peau. Son corps de femme, sa poitrine divine, son corps idéal… Nanthilde était envoûtante. Elle lui offrit ce que tout homme pouvait rêver : une nuit de douceur, de caresses, de sensualité et d’ivresse. Jamais de sa vie, Aldric n’avait connu pareille extase.

Réveil

Au lever du jour, Nanthilde était toujours là. Souriante et merveilleuse. Aldric se sentait fort, prêt à affronter à nouveau mille dangers pour elle. Vigoureux et déterminé, il s’habilla et reprit la route dans la direction qu’elle lui dictait.

Même si elle possédait une chevelure blonde et un visage merveilleux, désormais Nanthilde n’avait plus aucun aspect céleste. Son auréole avait disparu, ses ailes également. Elle avait l’apparence d’une humaine parfaitement normale.

Alors qu’ils marchaient sous ce soleil montant, ils entendirent des aboiements au loin. Probablement les bêtes d’un fermier voisin, songea Aldric. Mais les chiens venaient dans leur direction. Directement suivis par des cavaliers. Cinq chevaux, tous montés par des soldats de l’Inquisition. Parmi eux se trouvait le tenace jeune lieutenant qui refusait d’abandonner sa proie.

Aldric prit l’arme qu’il avait volée. Un estramaçon fraîchement forgé. C’était une épée colossale à double tranchant avec une lame de cent soixante-dix centimètres et un manche de trente. Elle était très lourde, le genre d’arme qui nécessite des années avant de savoir la manier correctement. Mais Aldric était un audacieux, il avait la force de le faire et ne craignait aucun ennemi. Quand les chiens arrivèrent à sa hauteur, il tua le premier d’un estoc, puis brisa les crocs du suivant par un coup de poing armé d’un gant métallique. L’animal blessé retourna auprès de ses maîtres qui chargeaient au triple galop, l’épée levée.

Confrontation

Au moment où il allait être piétiné par son premier adversaire, Aldric roula sur le côté et donna un coup circulaire qui trancha les jambes d’un cheval. Son cavalier chuta en catastrophe et ne put rien faire pour éviter la lame colossale s’abattre sur lui. L’ancien fermier fut surpris de la force surhumaine qu’il possédait désormais.

Pour défendre cette créature, il était capable de tout ! Agile comme un chat et fort comme un ours, il affronta courageusement le deuxième cavalier qui ne risquait pas de se faire surprendre par cette esquive. Il lui fallait être audacieux… Aldric bondit en avant, réalisant un saut sur une distance de trois mètres. Son adversaire s’imaginant à l’abri n’eut pas le temps de reculer ni d’éviter l’attaque.

Un rude revers pour les Inquisiteurs. Mais ils n’étaient pas des brutes sans cervelle. Ils savaient user de stratégie quand la situation l’exigeait, et face à ce redoutable adversaire, il valait mieux être prudent…

Durant l’attaque suivante, ils chargèrent en tenaille afin d’être sûr d’atteindre leur cible. Le chevalier qui faisait face à Aldric fut frappé par un coup vertical. Malgré son bouclier parfaitement placé, celui-ci se brisa complètement en même temps que son bras. La lame ne fut qu’à peine ralentie et lui défonça le crâne tout en blessant également le cheval qui tomba au sol.

Aldric poussait des cris gutturaux alors qu’il frappait avec la force de dix hommes. Mais pendant qu’il avait tué son troisième adversaire, le cavalier derrière lui avait réussi à lui donner un violent coup d’épée dans le dos. Le paysan saignait abondamment, mais il se tenait debout, la mâchoire serrée de douleur.

Le lieutenant Alkmar ordonna à son dernier homme debout de battre en retraite pour organiser une attaque coordonnée contre ce redoutable adversaire. Ils restèrent hors de portée de l’épée d’Aldric tout en utilisant leurs arbalètes pour l’attaquer à distance. L’ancien fermier réalisait l’impossible ! Il parvenait à arrêter certains d’entre eux avec son épée ! Mais à chaque volée, d’autres carreaux d’arbalète passaient sa garde et venaient se loger dans son corps déjà sérieusement blessé.

Malgré toutes ses blessures, il se tenait toujours debout. En véritable démon immortel il continuait de pousser des cris de rage. Il lui était inutile de charger l’un de ses adversaires, à cheval ils étaient plus rapides que lui. Mais il lui était tout aussi inutile d’attendre là à se faire cribler de projectiles… À la recherche d’une issue, il regarda vers Nanthilde…

Celle-ci était en posture de méditation, les yeux fermés. Orientant à l’évidence tous ses pouvoirs pour maintenir Aldric debout. Le lieutenant Alkmar remarqua le manège et abandonna l’ancien paysan pour fondre vers elle.

Elle ouvrit ses yeux bleus au moment où elle allait être frappée par l’épée du chevalier. D’un revers de main, elle repoussa le cheval qui chuta sur le côté. Drogon Alkmar hurla de douleur en se faisant écraser la cheville déjà blessée. Mais il n’était pas devenu lieutenant de l’Inquisition pour se laisser abattre si facilement, c’était un dur à cuire. Il parvint à retirer son pied blessé et il se releva, guidé par la foi !

Derniers sangs

Lorsqu’il vit son Lieutenant se faire projeter au sol avec une telle puissance, le dernier chevalier envisagea d’aller l’aider. Mais c’est une grave erreur que de quitter son adversaire des yeux… Vif comme l’éclair, Aldric avait foncé vers lui avec la force et la discrétion d’un lion. Avant même de comprendre son erreur, le soldat fut transpercé par une lame aussi grande que lui… Son cheval terrorisé se cambra et fila à toute vitesse pour fuir ce carnage.

Le lieutenant Alkmar tenait à peine debout, sa cheville le lançait, mais il pouvait bien mourir ici, ça ne changeait rien à ses ordres ! Il devait vaincre cette créature ! Il marcha vers elle en ignorant la douleur. Mais plutôt que de frapper avec son épée, il déboucha une fiole et l’aspergea en hurlant « Révèle ton visage démon ! » Il s’agissait d’eau bénite. La créature si belle tomba à la renverse. Elle s’écroula sur le dos, manifestement anéantie par le pouvoir de la flasque. Sa peau parfaite s’était fait ronger comme s’il s’agissait d’acide. Sous celle-ci se dévoilait un aspect reptilien hideux.

L’Inquisiteur avait vu juste, il s’agissait bien d’un monstre, il le savait et il l’avait toujours su depuis le début. Malheureusement, il ne pourrait jamais vaincre ce brutal paysan transformé en marionnette sanglante. Ses attaques étaient surpuissantes, son arme trop longue et par-dessus le marché, lui-même peinait à se tenir debout à cause de sa cheville blessée… Drogon Alkmar se tourna vers Aldric l’audacieux et regarda la mort en face…

Aldric, vainqueur de ce duel était mortellement blessé depuis un bon moment déjà. Même s’il continuait de se battre, rien ne pouvait sauver sa vie. Quand son dernier adversaire fut anéanti, il sentit ses forces l’abandonner. Soudainement, la douleur de toutes ses blessures devint insoutenable et il s’écroula au sol en perdant connaissance.

L’instant d’après, le silence avait regagné la plaine. Seul le bruit du vent couvrait la respiration des êtres encore à l’agonie. Cette plaine paradisiaque s’était transformée en carnage. Un spectacle montrant toute la noirceur de l’humanité. Une mise en exergue de la violence inhérente à chaque personne. Le résultat de la haine associée à la recherche du dernier mot à tout prix.

Vrai visage

Désormais, Nanthilde de Lys ne pouvait plus rien dissimuler de son apparence démoniaque. Son auréole avait laissé la place à des cornes, ses yeux bleus étaient devenus rouges. Sa chevelure blonde merveilleuse avait disparu au profit d’un crâne chauve. Dans son dos, plus d’ailes, mais une queue se terminant en une pointe mortelle, des griffes acérées à la place des mains et des sabots à la place des pieds…

Mais par-dessus tout, ce qui achevait cette image, c’était de loin l’expression sadique qu’elle arborait. Le plaisir malsain qu’elle éprouvait face à la souffrance des hommes qui s’étaient entre-tués pour elle.

Elle se releva au milieu de cette hécatombe, puis s’approcha d’Aldric : « Tu as été un serviteur extraordinaire. J’ai beaucoup aimé ton audace, Aldric. » Elle siphonna jusqu’à sa dernière goutte de son sang, le laissant avec une expression de terreur sur le visage. Elle répéta l’opération auprès de chaque homme et de chaque animal qui possédait encore un souffle de vie. À chaque meurtre, elle récupérait une partie de ses pouvoirs. Et à chaque fois, elle pouvait transformer une partie de sa morphologie.

Son visage hideux prit une expression juvénile. Ses griffes et ses sabots prirent la forme de mains et de pieds gracieux et fragiles. Ses cornes disparurent pour arborer une magnifique chevelure blonde. Sa queue se réduisit jusqu’à disparaître elle aussi et dans le même temps, de petites ailes à plumes blanches poussèrent dans son dos. Elle passa son index sur son ventre et une plaie de dix centimètres se dessina, la faisant passer pour blessée. Avec sa nouvelle peau parfaite et son corps sans défaut, le démon avait toutes les raisons de passer pour un Ange…

La créature de l’enfer s’allongea au milieu de ce carnage en attendant sa prochaine victime…


Fin


Fin de la douzième histoire !

Voilà chers lecteurs, j’espère que cette douzième histoire rattrape un peu la précédente qui a reçu un accueil plutôt tiédasse ! J’espère aussi avoir réussi à vous surprendre ! À quel moment avez-vous compris que l’histoire allait se répéter ? N’hésitez pas à me le dire.

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