Thael Linel est un chasseur de primes. C’est un homme connu pour son travail bien fait. Une véritable araignée cachée dans l’ombre. Il est capable de rester dissimulé pendant des heures pour voir enfin son piège se refermer sur sa cible. Ensuite, il lui brise le crâne. Pourtant, il n’est ni un barbare ni un bandit, c’est un Assassin.

Assassin

Souvent, les gens imaginent que pour être un assassin, il faut être fort. Il faut être agile et rapide, équipé de lames affûtées, de pièges et de tout un tas de gadgets mortels. Il doit aussi porter une tenue noire à capuche bardée de poignards dans toutes les poches.

En plus, il faut un cœur de pierre ! Être prêt à vendre son âme au diable ! Avoir mauvais fond et être impitoyable, même cruel ! Il faut prendre plaisir à faire souffrir et tuer, tuer toujours plus !

Cette idée est parfaitement fausse. Elle est même à l’exact opposé de ce qu’est un véritable Assassin.

Maître-assassin

Le maître-assassin est intelligent. Il est méthodique, patient et organisé. Porteur de vêtements qui n’attirent pas l’attention. Il n’est même pas armé. Pourquoi porter une arme qui annonce vos intentions alors qu’il existe un million de manières de tuer ?

Contrairement à l’opinion commune, l’assassin a un cœur. Il ne tue pas pour l’argent ou pour le plaisir, non. Certes, les primes obtenues lui permettent de vivre, mais dans le fond, il tue avec une morale. S’il assassine quelqu’un, c’est parce que ce type-là a échappé à la justice et qu’une prime a été mise sur sa tête.

Chasse à la prime

Car oui, à Linesse, la justice ne sert que les riches et les hommes de pouvoir. Lorsqu’une fille de fermier se fait enlever et subit les pires sévices, les enquêtes ne sont pas suivies avec la même rigueur que s’il s’agit de savoir qui a pillé la banque. Dans ce chaos déguisé en ordre, le dernier rempart à l’anarchie totale est le système de primes. La basilique Sainte-Mère-Élisabeth savait tenir les comptes et mettre la somme nécessaire afin de punir les malfaiteurs protégés par le système.

Dans cette ville où la corruption fait des ravages, même les plus riches bourgeois craignent les décisions sévères de cet ordre religieux. En somme, les assassins sont animés d’un profond sentiment d’amour, un désir sanglant de débarrasser le monde de ses pires créatures.

Qui est-il vraiment ?

En apparence, l’assassin est une personne sociable qui inspire confiance. Si vous avez déjà croisé un maître-assassin, peut-être était-il en train de porter le sac trop lourd d’une dame âgée. Peut-être marchait-il, sourire aux lèvres en semblant profiter d’une belle après-midi ? Si tel est le cas, il est très probable qu’il observait.

L’observation et la préparation sont les clés de son métier. Le moment où il sort de l’ombre pour frapper sa cible est exceptionnel. C’est le résultat d’une longue et minutieuse préparation. Jamais il ne tue sur un coup de colère, pendant un combat, jamais il n’est amené à se battre. Il est parfaitement maître de ses émotions. Autrement, ce n’est plus un assassin ; c’est un guerrier.

Telles sont les qualités à avoir pour envisager une carrière de chasseur de primes.

Activité

C’est donc cette stratégie simple et juste qui a conduit Thael Linel à devenir le meilleur assassin de Linesse pendant de nombreuses années. Il s’était forgé une réputation qui glaçait le sang. Lorsqu’il acceptait un contrat, sa cible était condamnée.

À ses débuts, il n’était pas pris au sérieux car il prenait du temps pour préparer son approche. Mais sa remarquable efficacité avait fini par imposer un respect incontesté. Dans cette profession, les échecs pouvaient arriver. Mais lui semblait au-dessus de ces désagréments.

Pré-retraite

Mais ses glorieuses années étaient maintenant derrière lui. Thael Linel s’était rangé au fil du temps. Il avait déjà levé le pied sur le nombre de contrats acceptés, le jour où il avait eu un fils. Il aimait son épouse, et il aimait tout autant son fils ! Mais son goût pour ce travail ne l’avait jamais quitté. Il s’était transformé en père de famille bienveillant et un mari attentionné. La journée seulement… Car la nuit, il continuait son travail. Autant pour mettre sa famille à l’abri du besoin que pour la morale qu’il y a derrière. Pourquoi mettre sa famille à l’abri du besoin financier si c’est pour vivre dans un monde peuplé de violeurs, de bandits et d’escrocs ?

Il avait ainsi retrouvé un équilibre. Heureux de ses journées comme de ses nuits. Malheureusement, cet équilibre ne pouvait pas durer éternellement.

La fin du bonheur

Un matin, son épouse ne quitta pas le lit. Elle était souffrante. Elle était devenue incapable de parler et de se déplacer. Son corps convulsait et elle perdait connaissance. La noirceur qui occupait son corps ne pouvait être surmontée. En quelques heures seulement, elle était à l’agonie. Les meilleurs médecins ne purent rien faire. Même ceux aux honoraires extraordinaires qui prétendent pouvoir faire des miracles ! Même eux furent désarmés face au mal qui habitait la malheureuse. Elle qui n’avait pourtant manifesté aucun signe de mauvaise santé avant cette triste épreuve, elle passa de vie à trépas en moins d’une semaine.

Renoncement

Anéanti, Thael resta avec son fils et s’occupa de lui. Ils étaient aussi malheureux l’un que l’autre, sauf que son fils n’avait que douze ans ! Il était bien incapable de se remettre seul de son chagrin ! Il avait besoin de son père… Thael arrêta ses activités nocturnes. Il s’occupa de son foyer et de sa ferme et vécut durant cinq ans. Il ne rencontra bien évidemment aucun problème financier… Exception faite du chagrin, sa grande difficulté était son manque. Il avait envie de retourner travailler. Recommencer les observations, repérer les habitudes de sa future victime. Attendre plusieurs heures sans bruit au détour d’un couloir pour surprendre… L’adrénaline de ces moments. L’intensité de ce métier, son côté grisant… Tout ça lui manquait ! Et son manque allait bientôt être soulagé.

Retour

Un homme en apparence sociable, déguisé en citoyen modèle s’approcha de la ferme de Thael. Celui-ci était méfiant, il savait que personne n’était innocent dans cette région. Et à juste titre ! Il s’agissait là d’un de ses semblables. L’un des hommes avec qui il avait même travaillé autrefois. Un Assassin, tout comme lui, mais il n’était pas venu pour porter la mort.

Il venait porter une nouvelle. Une information dramatique qui transforma Thael, vieux père de famille fatigué, en chasseur à nouveau. Cette information, était qu’un nouveau chasseur de primes arpentait la ville. Il n’acceptait que très peu de contrats, néanmoins ses victimes souffraient le martyre avant de mourir. Une caractéristique qui ne pouvait pas laisser Thael indifférent…

Recherches

Traquer un homme qui ignore avoir une prime sur la tête, ce n’est pas facile. Mais traquer un chasseur de primes, c’est bien pire. En plus, Thael Linel était rouillé, il avait perdu ses habitudes, mais il connaissait les rudiments du métier. Il prit le temps dont il avait besoin, mais il finit par trouver sa cible.

Un assassin-empoisonneur. Un homme plutôt petit au dos courbé. Quasiment bossu, il n’inspire pas la crainte. De ce simple fait, Thael savait qu’il ne fallait pas le sous-estimer. Lorsque celui-ci entra dans une taverne surpeuplée, Thael le suivit. Les deux assassins se retrouvèrent assis à table, comme des compagnons. Tout sourire en apparence, aucun d’eux ne sous-estimait son interlocuteur. Des plats et des bières leur furent servis, quand soudain, Thael posa la question qui mettait le feu aux poudres. La question qui faisait tomber tous les masques.

Éclaircissements

« Pour quelle raison avez-vous tué mon épouse ? Elle s’appelait Lisbeth Linel. »

Le bossu répondit avec calme et franchise. Il expliqua que tout chasseur s’intéresse plus à la prime qu’à la raison pour laquelle la personne doit mourir. Les affaires sont les affaires. « Vous avez tué une innocente. »

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Une nouvelle fois, l’individu lui rappela qu’on ne pouvait avoir une demande d’exécution sans raison. Il ajouta que son travail à lui c’était de tuer, pas d’en comprendre la raison. Il laissait ça aux enquêteurs.

Comment un homme prétendant être un Assassin pouvait-il faire preuve d’aussi peu de morale ? Celui-ci venait de confesser qu’il pouvait bien tuer n’importe qui, ça lui importait peu. Tout ce qu’il voulait c’était récupérer l’or !

Thael fulminait, tant pour sa défunte épouse que pour le déshonneur jeté sur la profession. Il explosa quand l’empoisonneur poussa la chope vers lui du bout de l’index en lui suggérant de s’hydrater un peu.

Furie

Persuadé que celle-ci contenait assez de poison pour le mettre hors de combat pour plusieurs heures, Thael demanda au bossu de prendre une gorgée de cette fameuse bière. Sa réaction fut claire : il était mal à l’aise. Une gêne qui confirmait les soupçons de Thael.

Animé d’une colère froide il se leva, prit la chope d’acier et le cogna en plein visage. Il n’était plus un Assassin, il était un Guerrier. Enragé et animé par une soif de vengeance ! Il aurait pu le tuer ici et maintenant, mais c’était sans compter sur l’intervention de l’aubergiste.

Thael fut repoussé de la table par le maître des lieux aidé par la foule en délire. Ce qui laissa le temps à l’empoisonneur de se remettre de l’agression. S’ensuivit une bagarre générale qui ressemblait à toute autre bagarre de taverne, sauf que Thael perdit du regard l’homme pour qui il était venu. Une regrettable situation qui allait lui coûter cher. Décidément, il n’avait plus pratiqué le métier depuis trop longtemps…

Dans ce chaos, il donna au moins autant de coups qu’il n’en reçut, mais il avait la main lourde et le cuir solide. Il ne risquait pas de se faire assommer si facilement, il devait retrouver sa cible ! Avec rage, il redoubla d’ardeur, mais c’était trop tard. Il sentit un aiguillon le piquer dans la nuque. Comme une piqûre d’abeille… L’instant d’après, il s’écroulait.

Captivité

Thael se fit réveiller par des baffes. Toujours désorienté par le poison, il avait l’impression de se faire gifler par un yéti. Sa tête était sur le point d’exploser. Face à lui, le monde était retourné. Non, c’est faux. C’était Thael lui-même qui était suspendu tête en bas au bout d’une corde et les poignets attachés dans le dos. Il se trouvait face à l’empoisonneur et d’un autre type louche qu’il n’avait jamais vu auparavant.

Les deux hommes discutèrent du sort de leur proie. Fallait-il l’exécuter et le faire disparaître ? L’envoyer en prison pour le restant de ses jours ? Le relâcher était dangereux… Les deux individus quittèrent la maison pour envisager ces possibilités. Ils laissèrent Thael seul ici… pensaient-ils tous les trois.

Assassin

Aucun d’eux n’avait remarqué le bruit du verrou qui s’était déplacé. Ni même le bruit de la porte qui s’était refermée. La personne qui s’était introduite avait fait de son mieux pour ne faire aucun bruit, et sa stratégie s’était révélée payante.

L’instant d’après, alors que les deux geôliers se trouvaient aux abords de la maison, ils prirent la décision d’exécuter leur prisonnier considéré comme beaucoup trop dangereux. Mais cette décision fut prise un instant trop tard. Quand ils revinrent vers la porte de la maison, poignard en main en vue de mettre fin à la légende de Thael Linel, celui-ci ouvrit la porte face à eux.

Confrontation

Surpris, les deux tortionnaires chargèrent l’assassin retraité, espérant ainsi le poignarder. À deux contre un, ils allaient avoir le dessus. Après tout, il n’était même pas armé ! Le type louche était le premier à charger. Incontestablement le plus costaud des deux, suivi par l’empoisonneur qui, lui, représentait la plus grande menace.

Le premier reçut la porte contre lui avec une force prodigieuse. Son poignard vola. L’instant d’après, la porte s’était déjà rouverte pour que Thael vienne frapper dans la gorge de son premier adversaire avec le tranchant de sa main. Celui-ci recula de cinq pas, peinant à reprendre son souffle.

Le bossu vit l’ex-Assassin devenu guerrier lui foncer dessus armé d’un tabouret. Le bossu évita plusieurs coups avec l’agilité d’un Assassin, mais aussi doué qu’il soit pour éviter les attaques, il ne pouvait pas attaquer Thael sans risquer de perdre le combat. Il préférait attendre que son binôme se relève pour attaquer Thael dans le dos afin de l’empoisonner à nouveau. Mais même rouillé, vieilli et encore affaibli par le poison, Thael était dangereux. Il n’était pas devenu un Assassin de légende sans avoir un sens aiguisé de l’initiative. Il lança carrément le tabouret en plein visage du bossu qui fut contraint de se protéger avec les mains… Un mouvement réflexe qui lui coûta le combat. Car il était tombé dans le piège et il venait de perdre son adversaire de vue !

L’instant d’après, il reçut un coup vicieux entre les jambes. Il fut directement saisi par le col pour recevoir un coup de tête qui l’assomma pour plusieurs minutes. Il ne s’en rendit pas compte, mais les frappes de titan qu’il reçut lui brisèrent quatre côtes et trois dents.

Réponses

Thael Linel attacha ses deux adversaires vaincus et les installa dans la maison, bâillonnés, au fond de la cellule dans laquelle il se trouvait quelques instants plus tôt. « Pourquoi mon épouse a été assassinée ? » Les deux prisonniers se rejetèrent la faute l’un sur l’autre. Le bossu disait qu’il n’avait fait que son travail, l’autre prétendait qu’il n’avait fait que donner l’ordre de le faire. Qu’ils étaient misérables, face au danger, plus aucune cohésion n’existait entre ces deux lâches. Soudain, le bossu cracha la vérité. Il accusa son compagnon. Celui-ci s’était amouraché de Lisbeth et n’avait pas accepté qu’elle décline ses avances.

Personne ne décline les avances d’un haut chancelier ! Le haut chancelier était celui qui décidait, par contrat, de qui devait vivre et qui devait mourir. Comment une femme de paysan pouvait-elle avoir l’impertinence de refuser sa couche ?

Punition

Résolument déçu par la corruption qui n’avait finalement aucune limite dans la ville de Linesse, Thael prit la décision de continuer sa morale. Exécuter ceux qui le méritent. Il quitta la cellule.

Même si les deux assassins ne risquaient pas de bouger, il verrouilla la porte puis accéda au salon. Il installa des meubles et du foin puis y lança une torche qui allait transformer cette maison en véritable feu de joie. « Pour Lisbeth… »

Purification

Un seau d’eau fut lancé sur le foyer qui prenait. Surpris, Thael regarda l’individu qui l’avait libéré l’instant plus tôt.

« Si tu les tues, tu n’auras jamais la paix. Ils te pourchasseront, ça ne se terminera jamais. Et dans le même temps, toi, tu poursuivras ta quête de justice jusqu’à chercher à tuer tous les vicelards de Linesse. C’est sans fin ! Et ça ne ramènera pas maman. Alors vraiment, arrête, Papa. J’aimerais qu’on rentre à la maison sans que personne ne meurt. Sans tragédie… »

Retour

Le père et le fils avaient regagné leur foyer. Le Maître Assassin avait définitivement renoncé à la vengeance, préférant privilégier la famille. Il avait également renoncé à son ancien métier qui l’avait pourtant passionné.

Il imaginait qu’en tant que père, c’était à lui de tout apprendre à son fils. Pourtant, ce fils avait toujours écouté les histoires de son père. Intelligent et assidu, il avait appliqué à la lettre tous les conseils que son père aimait répéter.

Durant les absences répétées de son père, il ne pouvait réprimer sa soif d’aventure et de justice. Ainsi, il s’était entraîné avec ardeur et il était devenu l’un des plus jeunes chasseurs de primes de la ville. C’est ainsi qu’il avait suivi son père dans sa sanglante vendetta. Il était fier d’avoir pu le tirer d’affaire. Il lui avait sauvé la vie, et l’avait même rendue paisible à nouveau.

Thael Linel, définitivement écœuré par les machinations de la grande ville de Linesse, s’interrogea sur le bien-fondé de ce travail qu’il avait accompli pendant toutes ces années. Il renonça à celui-ci, considérant que semer la mort, quelles qu’en soient les motivations, ne pouvait conduire qu’à être malheureux.

À présent, le travail de chasseur de primes ne lui manquait plus du tout.


Fin


Fin de la onzième histoire !

Voilà chers lecteurs, j’espère que cette onzième histoire vous aura plu. J’espère aussi avoir réussi à vous surprendre !

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