Sainte-Mère-Élisabeth

Araken Benwick était debout avant l’aube. Il retrouva à tâtons ses vêtements dans l’obscurité. Il s’habilla rapidement et quitta sa chambre. Il traversa les longs couloirs dont la pénombre le rendait presque aveugle. Mais il n’avait aucune crainte, car ce lieu était son foyer. Ce lieu était la Cathédrale de Sainte-Mère-Élisabeth.

Il n’avait, de toute façon, plus l’âge d’avoir peur. Ses cheveux blancs et sa peau marquée par les rides indiquaient qu’il avait survécu à plus de quarante hivers, ce qui était rare pour un homme de son éducation. Qui vivra par l’épée mourra par l’épée, avait-il entendu autrefois. Et c’est une destinée qui offre rarement une existence longue et tranquille. Mais Araken Benwick était un homme de foi. Il avait remis sa vie dans les mains de Dieu dès l’adolescence et n’avait plus jamais quitté les ordres. Il avait toutes les bénédictions nécessaires pour ne pas mourir d’une flèche perdue sur un champ de bataille.

S’il avait pu devenir un vétéran de nombreuses batailles, c’était aussi grâce à une discipline de fer. Chaque matin il se réveillait deux heures avant tous les autres occupants de la cathédrale pour se rendre sur la plaine. Là-bas, il travaillait son jeu d’épéiste. Armé d’une épée longue et d’un écu, il passait en revue chaque estoc, chaque parade et contre-attaque. Seul face à plusieurs adversaires imaginaires, il se remémorait chaque duel, chaque combat et perfectionnait sa technique. Ces dernières années, cet entraînement matinal se faisait accompagné. En effet, un pupille de la cathédrale était venu se joindre à son entraînement avec une curiosité débordante. Liron Guirlick était le nom donné à cet enfant, né d’une sœur et de père inconnu. La chasteté était de rigueur dans la cathédrale. Mais la chair est faible. Il arrivait que certaines religieuses tombent enceinte. Le Seigneur Teyron Guirlick, autrefois chevalier, avait pris Liron comme enfant adoptif et avait assumé son éducation. C’est ainsi qu’il était devenu un Guirlick, sans avoir de liens de sang avec eux.

Lorsque ces situations embarrassantes se produisaient, les pécheresses restaient au couvent jusqu’à la naissance de leur enfant. Celui-ci rejoignait immédiatement les ordres en vue de devenir prêtre ou paladin. Les mères indignes étaient alors ostracisées pour péché capital.

C’est ainsi que Liron Guirlick naquit dans la cathédrale, sous la tutelle bienveillante des prêtres, des sœurs et du paladin Araken Benwick qui l’avait, lui aussi, pris en affection. C’était il y a quinze ans déjà et pour le chevalier, sa naissance lui semblait encore récente. C’était donc avec cet enfant qu’il partageait ses entraînements. Mais en plus d’être un partenaire d’entraînement et un apprenti combattant prometteur, Liron et Araken avaient une relation privilégiée. Ils étaient des amis et des confidents. Et c’était davantage Araken qui confiait ses tourments, ces dernières semaines.

Le Paladin savait que la fin de sa vie était proche, mais il maudissait l’affront d’une mort vaine. Il espérait bien avoir une mort glorieuse pour le salut de Sainte-Mère-Élisabeth. Malheureusement, il avait un profond sentiment d’inutilité dans son rôle de premier chevalier du clergé. Il assumait ses tours de garde dans les murs de la cathédrale comme en ville, et il assurait aussi les missions dans les campagnes, avec la discipline d’une jeune recrue. Même si son corps fatigué réclamait le repos, son esprit était toujours plein d’entrain pour ce qui était de défendre les murs de sa cathédrale bien-aimée.

Pourtant, ces dernières semaines il était tourmenté. Les assauts contre les membres de son clergé s’étaient multipliés, et plusieurs ennemis frappaient aux portes de la ville. Il y avait les chasseurs de sorcières qui étaient, de loin, les plus agressifs. Ces derniers attaquaient à vue toute personne pratiquant la magie. Ils ne faisaient aucune différence entrela magie divine protectrice et la terrible magie noire, considérant chaque sortilège comme un affront pour la nature. Il n’y avait pas réellement d’endroit où les trouver. Ces hommes et ces femmes étaient de simples citoyens la journée, mais devenaient de farouches guerriers la nuit, armés de leurs outils de paysans.

Il y avait les sorciers eux-mêmes, véritables figures sataniques du monde qui offraient régulièrement des êtres vivants en sacrifice pour leurs sombres rituels. La tour des sorciers était un lieu visible depuis Linesse, comme depuis n’importe quel autre lieu. C’était une bâtisse gigantesque, construite au sommet d’une montagne. Ainsi elle était visible depuis tout l’horizon. Mais le potentiel magique de ce chef-lieu était incontesté. Tous ceux qui ont tenté de se rendre à la tour ont perdu sa trace dans les montagnes. Les plus intelligents ont abandonné, les plus entêtés s’y sont perdus. En effet, pour les aventuriers qui tentaient leur chance, la tour semblait se déplacer le long de l’horizon afin de décourager les esprits.

De nombreuses légendes racontent que les sorciers étaient capables d’invoquer des démons pour ravager des armées entières. Dix ans plus tôt, alors que Liron Guirlick n’était encore qu’un enfant, le clergé de Sainte-Mère-Élisabeth se confronta aux sorciers. Ils trouvèrent la tour des sorciers par un heureux hasard et attaquèrent ce lieu. Les cinq cents hommes furent confrontés à seulement une vingtaine de sorciers. Mais l’invocation d’un démon permit aux sorciers de sortir victorieux. Ce rude revers fit baisser la tête à l’ordre des chevaliers. Depuis cette terrible bataille, l’évêque préféra éviter toute confrontation avec eux, quitte à appliquer un laxisme évident quant à leurs attaques répétées.

À ce jour, les Sorciers sont, de loin, les plus craints de tout le pays et même à Sainte-Mère-Élisabeth, toute idée de confrontation avec eux est un tabou. Évidemment, sorciers et chasseurs de sorcières se vouaient une haine farouche et se livraient une guerre sans merci. Par-dessus le marché, de nombreux bandits sillonnaient les routes en quête de caravanes peu protégées ou d’aventuriers à détrousser. Au milieu de toutes ces factions, seule Sainte-Mère-Élisabeth semblait tenir un brin d’honneur et de bienveillance dans cette hostilité permanente. Pour Araken, les Sorciers étaient le vrai problème à régler.

 « Je suis Araken Benwick, je suis originaire des Monts d’Algoste. C’est là-bas que sont enterrés mes aïeux. Lorsque ma vie s’achèvera, j’aspire à rejoindre la crypte familiale. Malheureusement, j’ai bien peur que ça se produise avant de réussir ma quête : celle de permettre à mon ordre de se défendre sans moi. Ma mission est de protéger mon clergé, pourtant les attaques sur celui-ci se font nombreuses. Quand j’essaye de m’en prendre à nos ennemis, je suis rabroué par l’autorité suprême, l’évêque Isaac Razfez. Il prétend que la tempérance doit guider chacun de nos actes. Il préfère orienter sa vindicte contre les bandits qui commettent des vols et transportent de la contrebande. Je suis donc contraint de les traduire en justice alors qu’ils recommenceront leurs actes dès qu’ils seront à nouveau libres. Et pendant ce temps, le sang des miens coule à cause des sorciers qui continuent leurs enlèvements et leurs assassinats. Aujourd’hui encore, je suis convoqué par l’évêque et je m’attends à être encore plus déçu que la semaine dernière. »

Dans les appartements de l’évêque, Araken se tenait à genoux devant lui, prêtant serment comme il était coutume de le faire à chaque fois qu’il s’adressait au premier représentant de la religion.

— Sa Sainteté, monseigneur l’évêque de Sainte-Mère-Élisabeth, moi Araken Benwick, je suggère d’enquêter contre les sorciers. Leurs assauts contre les fidèles se font de plus en plus nombreux et nous ne rendons jamais les coups. Nous devons trouver un moyen d’arriver jusqu’à leur tour démoniaque pour les affronter.

— Paladin Benwick, on voit bien que vous n’étiez pas parmi les guerriers il y a dix ans. Vous savez que vous opposer aux sorciers c’est vous condamner à mourir face à leurs invocations démoniaques ? Vous êtes peut-être prêt à mourir, mais vous allez causer la mort de nombre des nôtres. Et puis vous parlez d’enlèvements, mais ce ne sont là que des rumeurs pour inciter les enfants à la prudence. Allons, soyez raisonnable, nous allons nous occuper d’un problème plus concret. Les bandits tendent des embuscades aux voyageurs sur les routes de Linesse. On ne peut laisser ces canailles détrousser les villageois sans réagir. Partez sur les routes à la recherche de ces voleurs et traduisez-les en justice. Le tribunal de Linesse nous récompensera pour avoir participé à leur capture.

— Votre volonté sera faite, Monseigneur l’évêque…

Le groupe de chevaliers prit les bandits au saut du lit. Ces derniers ne s’attendaient pas à être attaqués au lever du jour. L’un d’entre eux eut le temps de transpercer le ventre d’un des chevaliers avec un carreau d’arbalète avant de se faire tuer. Le chevalier était gravement touché, mais sa blessure n’inquiéta pas Araken. Après le combat, le Paladin s’approcha et, simplement en apposant sa main sur la blessure, referma sa plaie. Le saignement s’interrompit instantanément et seule son armure présentait encore un trou. Les guérisons des Paladins étaient d’une impressionnante efficacité.

Certains bandits s’étaient fait tuer, d’autres s’étaient laissés capturer. Parmi les prisonniers, celui qui semblait être le chef n’avait pas lutté contre sa capture. Il s’était presque laissé faire. Il fut attaché à la selle d’un cheval et marchait avec la caravane pour retourner à Linesse. À mi-parcours, il se mit à appeler le Paladin à plusieurs reprises.

— Araken ! Araken Benwick ! J’ai quelque chose à t’dire !

— Je suis Araken Benwick, qu’est-ce que vous me voulez bandit ?

— Il faut que tu m’laisses partir !

— Vous laisser partir ? Pourquoi échapperiez-vous à la justice ? Vous avez pillé des caravanes de marchands et détroussé des voyageurs. Vous méritez la geôle !

— Allons, je n’ai fait qu’obéir aux ordres.

— Se réfugier derrière l’obéissance aux ordres c’est le refuge des lâches. Vous auriez pu renoncer !

— Toi aussi… Araken le chevalier blanc ! Tu es obligé de nous poursuivre alors que tu as pourtant mieux à faire ! Toi et moi suivons des ordres qui nous répugnent. J’ai pas raison ? Tu obéis aux ordres comme un lâche, alors que tu pourrais être là où l’monde a b’soin d’toi.

Le bandit avait vu juste. Le Paladin, déstabilisé par une telle raillerie ne voulait pas que la colère prenne le dessus. Il préféra s’éloigner du bandit afin de réfléchir à sa situation. Quand il commença à s’éloigner il entendit le bandit terminer : « Si tu me libères avant Linesse, tu seras aussi libéré, Paladin ! »

La caravane du clergé avec ses prisonniers continua son chemin sur des lieues, jusqu’à arriver à la dernière colline avant Linesse. Araken fit arrêter les chevaux et retourna voir le curieux bandit. Il le saisit par le col et le souleva avec rage.

— Comment un vil bandit de ton rang pourrait-il prétendre à me sauver ?

— Moi j’peux pas te sauver, non. Mais je peux te montrer la personne qui pourra. Libère-moi et je tiendrai parole.

Le Paladin hésita.

Voyante

Le bandit avait tenu sa parole, et il avait emmené Araken jusqu’à une tente en lisière de forêt. Dans cette tente se trouvait une gitane, une diseuse de bonne aventure capable d’apporter toutes les réponses nécessaires à celui qui ose entrer. Tous ceux qui entrent dans cette tente en ressortent stupéfaits par les réponses qu’ils y trouvent.

Le Chevalier attacha le bandit à un arbre et lui promit que si tout ceci n’était qu’une feinte, il le lui payerait cher. S’il tentait de s’échapper, le paladin le retrouverait pour lui affliger un juste châtiment. Une fois ses avertissements proférés, Araken entra. À l’intérieur de la tente se trouvait une femme âgée d’une soixantaine d’années aux cheveux sales et vêtue d’une robe à l’hygiène aussi douteuse que tout le reste de son échoppe. Chaque fiole semblait contenir moult maladies. Chaque étagère avait son lot d’abominations : animal mort, bec d’oiseau, tête conservée dans du liquide. Un corbeau dressé se tenait sur un perchoir. Il était libre de s’envoler pour s’enfuir mais pourtant, il restait là à tenir compagnie à cette femme aux allures de sorcière.

Fort heureusement, son commerce ne se basait pas sur la propreté de son logis mais uniquement sur la véracité de ses visions. Chaque fois qu’elle conseillait un homme, celui-ci en ressortait avec les solutions dont il avait besoin. La femme à la voix rauque accueillit chaleureusement le paladin. Sans même qu’il ne pose de questions, elle lui assura qu’il obtiendrait des réponses. Le paladin lui confia ses tourments. Son sentiment de révolte qui s’opposait à son code d’honneur. Il fut ravi de voir que la gitane aborda le sujet avec un œil inquiétant, mais avisé :

— Tu veux sauver ton peuple mais sans désobéir aux ordres. Tu veux être plus efficace mais sans perdre ton code d’honneur. Tu veux te déchainer sur tes ennemis mais ils sont protégés par les énarques de ton clergé. Au final, tu perdras tout. Ton honneur sera traîné dans la honte. Tes fidèles seront tués, et ta cathédrale si chère à ton cœur sera un champ de ruines dans moins d’un an. Après ça, lorsque tu auras souffert mille hontes et mille souffrances, ta mort viendra elle aussi. Tel est ton avenir, Paladin.

Il ne put rester impassible face à une telle annonce et ses épaules s’alourdirent dans un soupir. Il finit par confesser que c’était effectivement l’impression qu’il avait de l’avenir.

— Tu dois choisir, Paladin. Ton honneur, ta vie, ou ton clergé. Si tu restes dans la passivité, les trois seront à jamais perdus. Mais si tu fais le bon choix, tu peux sauver un des trois, mais guère plus.

— Je suis Araken Benwick, Paladin de la Cathédrale de Sainte-Mère-Élisabeth ! Je suis prêt à sacrifier mon honneur et ma vie pour sauver mon peuple. Parle gitane, que dois-je faire pour y parvenir ?

— L’Abrenuntiatio. »

Comme tous les autres hommes sortant de cette tente avant lui, Araken était hébété par les réponses qu’il avait obtenues. Il trancha les liens du bandit qui prit la poudre d’escampette sans attendre, heureux d’avoir retrouvé sa liberté.

En rentrant à Linesse, Araken confia ses inquiétudes à Liron.

— L’Abrenuntiatio est l’acte de renoncement le plus engagé. Tout sorcier, tout prêtre ou paladin sait ce que c’est. C’est le fait de renoncer définitivement à tous ses pouvoirs magiques. Si je prononce l’Abrenuntiatio, alors je serai à la merci de n’importe quelle malédiction. Je ne pourrai plus soigner les maladies et les blessures. Je ne serai plus Paladin… Et je serai certainement banni du clergé.

— Pourquoi envisager un tel sortilège dans ce cas-là ?

— Je vais me confronter aux sorciers… Ce sont eux qui sont à l’origine des tourments, même si l’évêque n’est pas d’accord. L’avantage de l’Abrenuntiatio c’est que plus les pouvoirs magiques sacrifiés sont important, plus la résistance magique naturelle est importante.

— Mais pourquoi renoncer à ta magie et à ton ordre ? Ne peux-tu pas combattre les sorciers en restant des nôtres ?

— Hélas non. Je pense que la gitane dit vrai. Si je veux sauver mon clergé, je dois être prêt à renoncer à me dépasser. Si je ne fais rien, je n’aurai bientôt plus personne à soigner. Mon peuple sera perdu, ma cathédrale sera détruite et moi-même je ne pourrai pas échapper à la mort.

— Moi aussi je vais mourir ? fit l’adolescent.

— Je suis Paladin, je vous sauverai tous, quoi qu’il en coûte.

Perte pouvoirs divins

Lors d’une escarmouche la semaine suivante Araken, Liron et quatre autres chevaliers surprirent des sorciers en plein rituel durant une ronde. Il s’agissait du sacrifice d’un cheval en pleine nature, une nuit de pleine lune. Le puissant animal était attaché et les sorciers l’entaillaient avec de petits coups de poignards. L’idée était de faire subir à l’animal une longue agonie durant laquelle ils incantaient des paroles démoniaques. Ayant la chance d’avoir repéré les sorciers sans avoir été vus, les Chevaliers avaient un avantage important sur leurs adversaires.

Liron prit la parole en chuchotant.

— Qu’allons-nous faire ? Nous avons pour ordre direct de l’évêque de n’affronter aucun sorcier.

— Nous n’allons pas les laisser torturer cette bête plus longtemps. Ils ne sont que quatre et nous sommes six. Encerclez-les discrètement et préparez-vous à frapper fort. On ne fait pas de prisonniers.

— Mais nous n’avons pas reçu l’ordre d’attaquer ! fit l’un des chevaliers. Prendre cette initiative ne plaira pas à l’évêque !

— Je suis Araken Benwick ! Paladin de Sainte-Mère-Élisabeth ! Vous agissez sous mon commandement et je donne l’ordre d’attaquer pour mettre fin à ce rituel et sauver cet animal.

L’instruction fit un effet mitigé. Les quatre hommes se regardaient les uns les autres. Ils étaient dans une situation pénible : désobéir au plus haut Paladin de clergé ou bien désobéir à l’évêque lui-même ? Magnanime, Araken continua : si l’un d’entre vous préfère rentrer à Linesse pour prévenir l’évêque, qu’il ne se prive pas. Il ne recevra aucune punition, vous avez ma parole d’honneur. Sur ces mots, deux des quatre chevaliers haussèrent les épaules et quittèrent le groupe. Les deux autres se mirent en position pour attaquer de concert avec Liron et Araken.

Les sorciers, tellement concentrés dans leur rituel, ne réagirent qu’à cause du bruit des quatre hommes en armure qui leur fondaient dessus. Ils eurent tout juste le temps de se servir de leurs poignards de sacrifice pour tenter vainement de contrer les assauts rapides des soldats entraînés. En moins d’une minute, tous les sorciers gisaient au sol, leur sang se mélangeant à celui de l’animal qui avait passé l’arme à gauche lui aussi.

Malgré l’attaque foudroyante. L’un des chevaliers souffrait d’une blessure au ventre causée par un poignard empoisonné. Le paladin s’approcha et posa sa main tout en fermant les yeux. Cette action faite par habitude n’eut aucun résultat. Quand il rouvrit les yeux, la blessure saignait toujours d’une manière inquiétante. Un frisson parcourut le dos du paladin : Il ne pouvait plus soigner. Les deux chevaliers partirent chercher un guérisseur à Linesse, pendant qu’Araken et Liron restèrent avec le blessé. Malheureusement, la blessure était profonde et le soldat perdait trop de sang. Lui aussi mourut quelques instants plus tard. Quand le guérisseur arriva, il ne put que constater le décès. Araken avait prononcé l’Abrenintiatio, ce choix était lourd de conséquences.

Faux témoignages

La perte de ses pouvoirs divins allait devenir la rumeur la plus répandue au sein de Sainte-Mère-Élisabeth, et Araken savait qu’il allait très bientôt être rejeté des ordres. Déterminé à mettre à profit le temps qu’il lui restait en ces murs, il partit interroger les personnes disant avoir rencontré Zog le Désosseur. Tous tenaient précisément le même discours, certaines fois au mot près. Le sorcier ouvre un portail sur l’enfer, permettant à un démon terrifiant d’en sortir pour massacrer tous les ennemis de son invocateur. Mais plus il entendait ce discours, moins il lui semblait crédible. Le Paladin commença à poser des questions plus précises. Avec quelle arme se bat ce démon ? Que se passait-il lorsque le démon se faisait blesser par une flèche ou une épée ? À ceci, il n’obtint aucune réponse satisfaisante. Certains disaient qu’il frappait avec ses griffes, d’autres disaient qu’il utilisait la magie noire. Aucun n’était d’accord mais surtout, tous revenaient sans arrêt sur le même refrain : un démon hideux sorti des enfers qu’il valait mieux ne jamais combattre.

Araken Benwick n’était pas devenu un Paladin en se laissant duper par de telles supercheries. Il savait qu’il avait affaire à des affabulateurs. Ces discours étaient vides de sens et n’étaient en fait là que pour dissuader toute initiative d’aller combattre les sorciers directement. Mais pourquoi créer une telle propagande ?

Révocation

De nouveau à genoux devant le chef du clergé, Araken avoua la vérité sans hésiter.

— Évêque, vous allez dorénavant devoir vous passer de mes compétences de guérisseur. J’ai pris la décision de pratiquer l’Abrenuntiatio. L’annonce fit l’effet d’un cataclysme. De nombreuses voix choquées se firent entendre dans le fond de la salle.

— Ce n’est pas ce que l’on attendait de vous ! Vous déshonorez cette cathédrale ! Vous trahissez Dieu !

Loin de se laisser impressionner par de telles remontrances, Araken savait qu’il allait de toute façon perdre sa place dans les ordres tout comme ses lettres de noblesse, alors on ne lui enlèverait pas son honneur. Sur ces mots, il se releva et regarda l’évêque droit dans les yeux, ce qui représentait un affront.

— Vous n’êtes qu’Évêque, vous n’êtes pas moi. Vous n’êtes pas Dieu le père. Merci pour vos suggestions mais je compte m’en passer. Je sais ce que Dieu attend de moi. Je n’ai besoin d’aucun intermédiaire pour mes prières. Vous êtes libre de m’ostraciser, mais vous ne m’empêcherez pas de défendre mon clergé pendant que vous restez les bras ballants.

Sans attendre d’être jeté dehors, Araken quitta son foyer. Il récupéra ses effets et son or, puis quitta Sainte-Mère-Élisabeth avec la ferme intention de ne jamais y revenir. Il passa de nombreuses nuits en solitaire à traquer les sorciers dans les campagnes de Linesse. Sa résistance magique obtenue lui permettait de les affronter seul contre des groupes entiers. Il ne craignait que leurs poignards. Mais ses compétences de guerrier étaient intactes, et son équipement de chevalier était de qualité. Araken Benwick faisait trembler les sorciers autant que son ancien clergé avait peur de Zog le Désosseur des enfers. Un juste retour des choses…

Araken vagabondait. Il avait de quoi vivre plusieurs semaines sans manquer d’or. Ce soir, il soupa dans une bourgade à quelques lieues de Linesse ; il comptait y passer la nuit. Un homme vint s’assoir sans même y avoir été invité.

— Araken Benwick, le Chevalier Blanc ! fit l’homme. Tu préfères p’t’être Araken le banni ?

— Encore toi bandit ? J’espère que tu as profité de ta chance pour ouvrir une auberge.

— Chaque fois que tu m’croises, tu m’envoies paître. J’suis pas ton ennemi mon gars ! J’suis même sûr qu’on pourrait s’entendre. Laisse-moi m’présenter, j’m’appelle Mael Penarbed. Et non, j’compte pas ouvrir d’auberge, j’ai déjà une affaire qui roule mais j’aimerais te parler d’autre chose. T’accepterais de m’suivre jusqu’à Linesse ? J’ai un ch’val pour toi…

Que pouvait-il avoir à lui dire ? Le Chevalier exilé n’était pas du genre à s’acoquiner avec la pègre ni avec les bandits. Le bandit ajouta que la gitane avait quelque chose à lui dire. Cette annonce suffit à le décider. Ils traversèrent les collines et les plaines à cheval et arrivèrent à Linesse sans difficulté, dans l’obscurité de la nuit. Ils empruntèrent les mauvais quartiers, les ruelles mal famées. Les occupants de ces sombres endroits regardaient avec curiosité le Chevalier.

Ils entrèrent dans une boutique et Mael salua le maître des lieux. Il ajouta simplement qu’il avait un invité. Habitué à ne pas poser trop de questions sur les affaires du bandit, le tenancier activa un interrupteur et un passage s’ouvrit derrière une armoire. Ils descendirent dans les sous-sols du bâtiment par un passage étroit muni d’une échelle. Puis ils arrivèrent dans ce qui semblait être le repaire des malfrats. C’était une taverne qui pouvait sembler comme les autres, quoiqu’un peu bas de plafond. Il y avait des tables et des chaises. Quelques chambres, des marchands en tout genre et surtout, nombre d’associés à Mael qui négociaient leurs derniers butins. Inutile de se questionner sur la provenance de tout ce matériel. Vraisemblablement, ses « associés » avaient l’air d’avoir des sacs pleins de matériel à revendre. Les prix exorbitants qui se négociaient à côté d’eux ne laissaient aucun doute sur le niveau de vie que les bandits semblaient mener. Si Araken devait ouvrir une enquête sur l’existence d’un marché noir, c’était ici qu’il fallait commencer, ça ne faisait aucun doute.

Un homme brun d’une trentaine d’années vêtu de quelques vieux haillons s’approcha de la table.

— Araken, J’te présente Enguerrand de la Bourguignière. Il est l’un des plus farouches chasseurs de sorciers de la région.

— J’ai beaucoup entendu parler de vos récents exploits, Araken Benwick le Paladin déchu. J’admire ce que vous faites.

— Je ne suis déchu que par les membres de mon clergé. Dieu frappe toujours à travers moi.

— Je ne voulais pas vous offenser, je veux simplement rendre grâce à ce que vous avez fait avant de quitter les ordres. Rares sont les hommes qui osent appliquer l’Abrenuntiatio après avoir pratiqué la magie divine pendant tant d’années. Votre résistance magique doit être remarquable.

— Elle m’a été utile plusieurs fois en effet. Mais que me voulez-vous au juste ? Il y a encore une semaine vous m’auriez attaché à une croix pour y mettre le feu en me voyant soigner un homme par la magie.

— C’est vrai, et heureusement que ce n’est pas arrivé car à présent, vous êtes l’espoir de notre ordre. Si je vous ai fait venir ici, c’est pour vous mettre en garde. Aussi puissante que soit votre résistance magique, certains sortilèges vous affecteront quand même. Les sorciers que vous vous apprêtez à combattre risquent de vous surprendre.

— Je n’ai pas peur d’affronter Zog le Désosseur des enfers.

— Ça ne fait aucun doute. Néanmoins, laissez-moi vous offrir cet objet…

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L’homme posa un médaillon sur la table.

Si Araken possédait encore ses pouvoirs divins, il aurait pu ressentir toute la puissance de cet objet. Aujourd’hui ce pendentif ressemblait à n’importe quel autre.

— Pourquoi, diantre, devrais-je accepter la générosité de ceux que j’ai pourchassés et traduits en justice il y a une semaine encore ? C’est un peu trop rose… Où est le piège ?

— L’piège tu fonces dedans tout seul mon gars ! reprit Mael Penarbed. Personne n’peut vaincre les sorciers tout seul. Tu crois être une armée à toi t’seul ? C’est mission suicide c’que tu fais, tu t’en rends compte ?

Le Chasseur de sorciers reprit :

— Je t’assure qu’il n’y a pas de piège. On veut t’aider à continuer ta quête car… On y trouve notre compte dans ta vendetta. Tu raccourcis les sorciers… Et tu ne fouilles pas leurs poches. Tout ce qu’on veut c’est suivre tes pas. Nos ennemis meurent et on s’enrichit. J’imagine que tu n’es pas contre avoir quelques bras pour t’appuyer maintenant que l’église t’a banni ?

— Bon… Là je vais avoir besoin d’une bière pour aller plus loin dans cette conversation. Parle-moi de ce médaillon.

— Il ne peut être utilisé que par les rares personnes ayant pratiqué l’abrenuntiatio. Il te protègera des pires maléfices. Quand il aura épuisé toute sa puissance, il se brisera en morceaux… Enfin, il paraît ! Personne n’a jamais vu ça se produire jusqu’à maintenant.

Le chevalier se dérida, gorgée après gorgée en envisageant l’avenir aux côtés de nouveaux alliés.

— Rares sont ceux qui entrent me questionner, encore plus rares sont ceux qui viennent deux fois !

— J’ai fait ce que tu m’as dit, gitane. J’ai pratiqué l’abrenuntiatio. J’ai été banni par mon ordre et j’ai de nouveaux alliés pour vaincre les sorciers. Dis-moi comment trouver leur repaire ?

— Je te dirai comment trouver leur tour infernale dans les montagnes. Mais sache que tu vas devoir les désarmer avant de les combattre. Es-tu prêt à sacrifier ton honneur ?

— J’ai déjà été banni des ordres. Mon honneur est déjà perdu.

— Alors tu ne verras pas d’objection à l’idée de sacrifier une innocente ?

S’éloigner de son clergé qu’il trouvait trop passif était déjà un sacrifice important. Mais exécuter une innocente de sang-froid, c’était bien au-delà de ce qu’il avait envisagé. Pourtant il n’avait pas le choix, il devait sauver son clergé quoi qu’il en coûte. Comprenant qu’il était de toute façon trop tard pour revenir en arrière, Araken allait devoir aller jusqu’au bout de ce qu’il avait commencé

— Aucun prix n’est trop élevé pour sauver mon peuple. Qui doit être sacrifié ?

— Une prisonnière, c’est une femme rousse aux pouvoirs bien mystérieux. Les sorciers exploitent sa puissance et il serait bon qu’ils ne remettent jamais la main sur elle.

— Très bien, je ferai comme l’exige la prophétie si ça peut sauver mon peuple. Tiens ! Prends ton or maudit et dis-moi où je dois trouver cette innocente.

— L’innocente est au sommet de la tour des sorciers. Je vais te dire comment t’y rendre. Mais avant d’y aller, tu devrais parler à Rodrak Brise Crâne.

Vrai témoignage

Rodrak Brise Crâne était un nain trapu au franc-parler caractéristique. Il n’aimait pas particulièrement les paladins déchus, mais il détestait encore plus la propagande de l’église. Ainsi il accepta bien volontiers de renseigner Araken.

« Tout ce qu’on raconte est faux. Tu l’as déjà compris Araken l’exilé. Des contes pour enfants pour dissuader quiconque de se confronter aux sorciers. Mais toi tu es déterminé, et la gitane m’a payé pour ressasser ce souvenir, alors je vais te raconter ce qui se cache derrière Zog le Désosseur des enfers.

C’était il y a quatre ans, nous connaissions déjà la réputation du démon et de son invocateur Valron Saibot. Je faisais partie de la garde royale à l’époque. J’étais le seul nain parmi les humains. Passer les sélections avait été un véritable enfer, mais j’ai tenu bon sur mes guibolles et j’ai encaissé plus de gnons qu’eux. C’est ainsi que j’ai été accepté parmi eux.

Et nous n’avions pas froid aux yeux ! J’étais jeune et fougueux à l’époque ! J’occupais un poste de lieutenant. Nous avions surpris Valron Saibot en plein rituel satanique ! Il avait sacrifié plusieurs personnes avant qu’on intervienne, et sans nous, il en aurait tué d’autres !

On a chargé comme des béliers. Et lui n’a pas eu peur de nous. J’étais le plus petit, mais j’étais de loin l’plus rapide ! Je me trouvais aux premières lignes de la charge quand j’ai été foudroyé par un puissant sortilège. J’suis tombé au sol à moitié mort… Mais il en faut plus pour tuer un nain ! Assommé, l’un de mes soldats s’est écroulé raide mort et me tomba dessus. J’étais caché sous son poids et son armure… C’est là que j’ai pu tout voir.

Varlon Saibot le maître sorcier et ses sbires étaient en passe de perdre la bataille. Il a commencé un sortilège… Il assassina l’un de ses alliés tout en criant des paroles démoniaques. J’ai vu une brume noirâtre qui émanait de ses mains ! Il continuait de parler dans ce dialecte terrifiant et il s’approcha d’un autre de ses sbires qu’il tua lui aussi. C’est là que la brume de ses mains grandit, pour disparaître aussitôt.

Soudain, tous mes hommes s’écroulèrent au sol de concert. Le crâne fendu comme celui d’une noix de coco contre un rocher. Zog le Désosseur des enfers ? C’est une plaisanterie. Si un démon était vraiment venu ce jour-là dans la bataille, il aurait remarqué ma présence. Je ne sais pas ce que c’est que ce sortilège et je pense que c’est inutile de chercher à percer le mystère. Si tu dois combattre le sorcier, je te conseille de lui loger une hache dans le ventre avant qu’il n’ait eu le temps de sacrifier deux de ses alliés, sinon, toi et tes gars, vous êtes cuits. »

La tour des sorciers.

Accompagné des chasseurs de sorciers, Araken suivit le chemin indiqué par l’oracle. Cette montagne était bien connue des chasseurs de Sorciers ; c’était un lieu qu’ils avaient longtemps arpenté à la recherche de cette tour maudite. En vain, jusqu’à aujourd’hui. C’était une route escarpée qui montait haut dans les montagnes. Il faisait froid, le ciel était grisâtre et la pluie commençait à tomber. Mais leur objectif était si grand, si colossal qu’il était visible à des lieues à la ronde. Une tour vertigineuse, placée au sommet d’une montagne. Une tour qui inspirait la crainte. Mais Araken suivait le chemin indiqué par l’oracle. Pendant près de deux heures, ils traversèrent ces terres arides et inhospitalières. Quand ils arrivèrent au sommet de la dernière crête, ils virent leur destination : la base de la tour.

— Araken Benwick l’exilé ! Ravi d’te r’voir en un seul morceau mon ami !

— Mael Penarbed, vous avez payé votre dette. Pourquoi me suivez-vous ?

— Pour l’or évidemment ! Tout l’or que tu vas laisser derrière toi a b’soin d’être ramassé.

— Ne vous bercez pas trop d’illusions. Vous l’avez dit, je suis un chevalier exilé, je n’ai plus les finances de l’église. En plus, j’ai payé la rançon d’un roi pour trouver ce lieu. Je ne partirai pas sans fouiller les poches cette fois-ci.

— Ça ira… On est prêt à partager les gains. Dis-nous plutôt comment tu comptes t’y prendre, on va t’aider. Tu sais, on a vraiment envie que tu remportes cette bataille. Sans ça on n’sera pas payé. C’est un investissement, tu comprends ? Ce n’est pas de la charité, seulement les affaires. Alors, c’est quoi ton plan ?

Le Chevalier avait accepté de collaborer avec les chasseurs de Sorciers, mais avoir les bandits à ses côtés ça lui demandait un effort supplémentaire. Il considéra son ancien ennemi. Même s’il n’était pas enchanté à l’idée d’avoir un repris de justice comme allié, il ne faisait plus partie des ordres de Sainte-Mère-Élisabeth. Il pouvait bien s’allier avec n’importe qui.

— Très bien… Il y a une fille au sommet de la tour, elle est dans une cage et je dois la tuer moi-même. Si j’échoue, tu pourras dire au revoir à la victoire et à ton or. Je vais donc passer sans me faire repérer pendant que les sorciers sont occupés.

— Ah ouais ? Parc’que tu es un ninja toi maint’nant ?

— Vous avez mieux à suggérer ?

— Ouais, j’ai mieux à suggérer ! S’tu veux ne pas t’faire r’pérer, faut y aller pendant que quelqu’un d’autre fait du bruit. Là-dessus, je crois qu’nos amis les chasseurs ne d’mandent pas mieux qu’charger dans l’t’as. Nous, on en profite pour passer par l’extérieur. Qu’est-ce tu dis d’ça ?

— Passer par l’extérieur ? Si Dieu avait voulu qu’on vole, on aurait des ailes.

— C’vrai ! Mais si ton Dieu avait voulu qu’on reste au sol, on n’aurait jamais conçu des grappins… Et ils sont de qualité ! De quoi s’accrocher dans n’importe quel mur. Ils sont hors de prix mais… ils donnent un avantage incroyable dans de nombreuses situations. Ils ont été vite rentabilisés tu peux me croire.

Araken Benwick comprit le sous-entendu. Effectivement avec un tel outil, les cambriolages devenaient un jeu d’enfant. Mais l’heure n’était pas à traduire en justice ces voleurs. L’heure était à l’accomplissement de sa destinée, et ces voleurs pouvaient être de très bons alliés dans la bataille qui s’annonçait.

— Je dois vous prévenir : parmi les sorciers se trouve Valron Saibot, leur maître. Tous ceux qui ont tenté de le vaincre ont été tués. Il a massacré des armées entières avec un sortilège terrifiant. S’il commence à préparer une magie en sacrifiant ses alliés, aidez-moi à le tuer. Car s’il achève son incantation, on ne pourra plus l’arrêter. Préparez-vous à mourir.

Les chasseurs de sorciers ne prirent pas le temps de discuter stratégie plus longtemps. La patience n’était pas leur fort. Ils défoncèrent la porte de la tour et commencèrent à en gravir les étages tout en affrontant les occupants de ce lieu maudit. Araken, Mael et les bandits quant à eux, passèrent par l’extérieur comme prévu. Équipés de grappins puissants, ils n’eurent aucun mal à monter les étages de la tour les uns après les autres. Dans leur ascension, la chose la plus terrifiante n’était pas de grimper une tour dont le sommet était encore caché par les nuages, non. La chose la plus terrifiante était de constater que les nuages cachaient non seulement le ciel mais aussi le sol en dessous d’eux tellement la bâtisse était haute. Seul le mur vertical de la tour était visible.

Arrivés au sommet de la tour, ils constatèrent que la sorcière n’avait pas menti : il y avait bien une femme rousse prise dans une cage. Il n’y avait qu’une seule porte donnant sur l’intérieur du bâtiment et un grand mat supportant un drapeau arborant le symbole des sorciers. La cage de la femme était munie d’un cadenas que Mael n’eut aucune difficulté à en venir à bout.

— Très bien… À présent, cachez-vous, je m’occupe d’elle. Si les sorciers arrivent, attendez mon signal pour intervenir.

Les bandits, agiles et astucieux utilisèrent leurs grappins pour se dissimuler derrière les briques de la muraille. Un observateur attentif aurait pu remarquer la présence de ces cordes. Mais pour celui qui n’y faisait pas attention, rien ne clochait. Araken et la fille semblaient être les seuls au sommet de cette tour.

— Par tous les Dieux, merci à vous ! Vous êtes venu pour me sauver ! fit la fille en sortant de sa cage.

Le Paladin déchu la saisit par les poignets d’un air sévère et ajouta : « Je ne suis pas venu pour vous sauver. »

Elle chercha à se dégager mais l’emprise était trop forte. Elle essaya de le repousser mais le guerrier faisait presque trois fois son poids et il n’eut aucun mal à la soulever comme un sac de pommes de terre. Il assembla tout son courage et prit l’élan nécessaire. Il se mit à courir et lança la jeune femme par-dessus le bord dans un cri de rage. Celle-ci chercha à se retenir en s’accrochant aux mains du chevalier mais c’était en vain. Elle hurla à plein poumons et disparut dans une chute vertigineuse à travers les nuages.

Araken offrit une prière pour l’âme de cette innocente qui était purement sacrifiée pour sa cause. Il venait de faire preuve d’un réel fanatisme. Un niveau de détermination qu’il ne pensait jamais atteindre dans sa vie. Il espérait qu’elle ne souffre pas, et que son âme connaisse la rédemption. Il n’eut pas l’occasion d’y réfléchir davantage car ses cris alertèrent les sorciers des derniers étages.

Bataille, première partie.

L’affaire est faite, la fille a été jetée du sommet de la tour et son hurlement de terreur pendant sa chute alerta les sorciers qui occupaient les étages inférieurs. Ces derniers surgirent de l’escalier par vagues et les premiers sortilèges qui visaient Araken furent parfaitement inutiles. Celui-ci recevait des tirs d’arcanes, des boules de feu, des salves d’éclairs, et à chaque fois il s’en sortait indemne. Il n’avait même pas besoin de lever son bouclier pour se défendre. Il marcha de plus en plus vite, jusqu’à courir vers ses adversaires et plusieurs d’entre eux encerclèrent le chevalier. Leur magie étant inutile, ils prirent leurs dagues afin de le blesser d’une manière sournoise, l’attaquant toujours dans le dos.

Mais Araken n’était pas un simple guerrier. C’était un vétéran de nombreuses batailles. Et même si aujourd’hui la puissance divine n’animait plus son bras, il n’en restait pas moins un redoutable combattant. Ainsi, même entouré, il savait rester en mouvement pour être difficilement accessible. « Maintenant ! » hurla-t-il. Et plusieurs salves de projectiles venus de toute part frappèrent les sorciers. Les compagnons du chevalier sortirent de leurs cachettes armés d’arbalètes de poing. Ils s’approchèrent pour lui prêter main-forte. Désarmés face à la surprise, les sorciers subissaient de lourdes pertes. Ils recommencèrent à lancer des sortilèges et les anciens bandits n’étaient pas immunisés. Dans le maelstrom de la bataille s’échangeaient coups de poignards contre boules de feu. La porte donnant sur l’escalier s’ouvrit, laissant entrer en scène les Chasseurs.

Bataille, deuxième partie.

Les chasseurs de sorciers n’étaient pas de très bons guerriers, cependant, leur résistance naturelle à la magie faisait d’eux des adversaires redoutables pour les sorciers. Armés de fourches, de gourdins et de couteaux de cuisine, leur agressivité obligea les sorciers à réagir. Ils levèrent des escouades de squelettes afin de les défendre. Ces soldats serviles animés par magie, usant d’une discipline parfaite, dressaient une ligne de front afin de donner aux sorciers le temps de s’organiser dans la bataille mal engagée. Lorsque ces derniers pensaient avoir le répit nécessaire, les ex-bandits intervinrent. Agiles comme des chats, ils ne luttaient pas contre les squelettes. C’était, de toute façon, des combats inutiles. Aucun poignard ni aucun poison ne pouvait vaincre un squelette. De fait, ils usaient de parades, de coups d’épaule et de coups de pied pour se frayer un chemin jusqu’aux invocateurs.

Les rares fois où l’un des bandits parvenait à son but, ses tirs d’arbalètes ou ses coups de poignards causaient de lourdes pertes parmi les sorciers. Mais ce n’était que des attaques suicide. Dès lors qu’ils étaient repérés, ces assassins subissaient des rayons d’arcanes surpuissants, cumulés par plusieurs sorciers. Ils se faisaient désintégrer les uns après les autres. Afin d’éviter d’être de nouveau surpris, les sorciers se mirent tous dos à dos dans un cercle afin de ne laisser personne les attaquer à revers.

Mael comprit le manège et adapta sa stratégie. Il utilisa son grappin pour s’accrocher au mât du drapeau : le point culminant du sommet de la tour. Il s’envola par-dessus la bataille. Durant son vol, il lança une fiole qui se brisa aux pieds des sorciers, provoquant un nuage de fumée qui désorganisa leur formation. Il plongea dans le nuage et profita de la confusion pour frapper ses adversaires d’une manière impitoyable. Les pertes des sorciers commençaient à devenir importantes, si bien qu’ils n’étaient plus assez nombreux pour réanimer les squelettes qui faisaient barrage aux chasseurs. Bientôt ils furent de nouveau chargés par les chasseurs, suivis par les bandits.

Sortilège

Constatant que la victoire des sorciers devenait de plus en plus incertaine, Varlon Saibot s’éloigna avec ses deux acolytes afin d’observer la bataille d’un point de vue plus reculé. Araken remarqua les trois sorciers s’éloigner et se mit en alerte. Il chercha à s’approcher d’eux pour ne leur laisser aucun répit.

Le Maître Sorcier enfonça un poignard ondulé dans le dos de son premier acolyte tout en commençant le sortilège. Araken, qui se trouvait parmi les chasseurs savait ce que ça signifiait. De toute sa détermination, il chargea tout en désignant son adversaire à ses alliés. De nouveaux tirs d’arbalètes furent lancés par les bandits en direction du maître sorcier, mais ils furent stoppés en plein vol par un bouclier magique.

Les derniers sorciers lancèrent de puissantes boules de feu qui n’eurent aucun effet sur l’ancien Paladin. Constatant que sa résistance magique lui permettrait de les atteindre, ils attaquèrent avec leurs poignards. Le Paladin se déchaînait, bloquant avec son bouclier autant qu’il contre-attaquait avec son épée, ses adversaires tombaient sous ses coups. Mais ce n’était pas son but, il voulait atteindre le Maître sorcier à temps. Il le chercha du regard tout en baissant sa garde, et un poignard l’atteint dans l’épaule.

Un sorcier s’accrochait à lui tout en retournant sa dague dans son épaule blessée. Chargé d’adrénaline, Araken saisit son adversaire et lui asséna brutalement trois coups de tête. À demi-assommé, celui-ci reçut ensuite un poing de métal en pleine mâchoire ce qui le projeta au sol, hors de combat. Une nouvelle fois, le Paladin chercha son véritable adversaire du regard… Le Maître Sorcier sacrifia son deuxième acolyte et leva la main pour achever son rituel. La brume de ses mains explosa pour recouvrir les lieux. Trop tard pour l’arrêter…

Le monde perdit sa couleur. Tout s’immobilisa instantanément et les couleurs se transformèrent en nuances de gris. La bataille qui faisait rage était figée et tous les combattants humains comme morts-vivants n’étaient que des statues arrêtées en pleine action. Les ordres et les cris de la bataille avaient laissé leur place à un silence mortel qui glaçait le sang. Le vent ne soufflait plus, les gouttes de pluie n’atteignaient pas le sol, comme suspendues en plein ciel. Mais tous n’étaient pas paralysés dans ce monde surnaturel. Le Maître-Sorcier se déplaçait tranquillement au milieu de l’armée, il leva sa masse en forme de tête de mort et l’écrasa de toutes ses forces sur un bandit. Celui-ci présentait un trou dans le crâne de dix centimètres mais il ne tomba pas. Il ne manifestait même pas de la douleur…

Soudain, le médaillon d’Araken explosa tout en respectant le silence mortel de ce moment extraordinaire. Les morceaux de verre ne tombèrent pas au sol. Le Maître Sorcier leva sa masse une nouvelle fois, prête à faire une deuxième victime, mais lorsque celle-ci s’écrasa, elle ne frappa pas un crâne, mais seulement l’écu du Paladin ! Le Maître Sorcier fit un pas de recul par surprise. Il chercha à parler mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il cria, mais là encore, les vibrations de l’air étaient elles aussi figées et aucun son n’était audible.

Araken chargea son adversaire. S’il était si puissant en tant que sorcier, il n’était en revanche, pas bon guerrier. Sa masse, lancée d’une manière prévisible et paniquée fut repoussée d’un coup puissant de bouclier. Sa garde maintenant ouverte laissa l’épée transpercer sa cage thoracique. Le sorcier grimaça, incrédule et souffrant d’une douleur qu’il n’avait jamais connue. Le chevalier le regarda mourir au bout de sa lame. D’un coup de pied, il repoussa son adversaire tout en dégageant son épée. Et brutalement, tous les cris reprirent. Tous les cris lancés par Araken et le maître sorcier Valron Saibot pendant le sortilège s’ajoutèrent soudain audibles dans une cacophonie surnaturelle. Le monde reprit soudainement ses couleurs. Le vent soufflait à nouveau, la pluie retomba et le combat reprit comme si rien ne s’était passé durant cet instant. Sauf que Valron Saibot était mort. Sans leur chef, les derniers sorciers furent massacrés.

Quelques heures plus tard, de retour à la taverne, les combattants victorieux levaient leurs pintes pour célébrer leur victoire.

— Comment as-tu fait ça ? Comment as-tu pu tuer le sorcier juste avant qu’il n’invoque son démon ? fit l’un des chasseurs.

— Il n’y a pas de démon. Zog le Desosseur des enfers ce n’est qu’une rumeur. Il n’y a pas non plus de portail démoniaque permettant à l’enfer d’envoyer ses sbires directement sur terre se festoyer des humains. Non, tout ceci est faux. Le Sorcier était capable d’arrêter le temps. Il tuait ensuite tous ses adversaires sans aucune pitié en leur défonçant le crâne. Mais votre médaillon m’a délivré. Il m’a permis de ne pas être soumis à ce sortilège et de vaincre le sorcier pendant l’arrêt du temps. Et ça, ça mérite une nouvelle tournée mes amis !

À l’unisson, tous les occupants de la taverne manifestèrent leur joie.

Célébration

Les chasseurs de sorciers étaient ravis de cette victoire. Jamais ils n’auraient pu occire autant d’utilisateurs de magie noire d’un seul coup. Ils considérèrent Araken Benwick comme un véritable frère d’armes. Les bandits également étaient satisfaits de cette journée. Malgré leurs pertes, ils avaient empoché de quoi nourrir leur groupe entier pour une année.

L’ancien Paladin était également satisfait de l’accomplissement de la prophétie de l’oracle. Il avait trouvé de nouveaux alliés, des hommes et des femmes qu’il n’aurait jamais fréquentés s’il ne s’était pas éloigné du clergé de Sainte-Mère-Élisabeth.

Projets

Après cette glorieuse victoire dignement célébrée, les vainqueurs envisagèrent de continuer ensemble. Nommant Araken comme chef, ils avaient pour projet de traquer les utilisateurs de magie noire autant que de récupérer leurs trésors… Mais pas seulement. Ce nouvel ordre se devait d’être juste, là où l’Église elle-même avait failli. Araken voulait que son ordre de combattants soit plus royaliste que le roi.

Les bandits repentis furent acceptés dans cet ordre des chevaliers. En échange de leur repentance, ils expliquèrent où trouver les bandits des grands chemins qui pillent les caravanes et qui attaquent les marchands isolés. Les chasseurs de sorcières apportèrent eux aussi leur pierre à l’édifice. Pour trouver les adorateurs du diable, les utilisateurs de magie noire étaient débusqués et sévèrement jugés, les rares qui échappaient à cette implacable enquête restaient cachés dans l’ombre, terrorisés. Ramenant l’ordre dans les campagnes tout en purifiant l’intérieur de Linesse, cette nouvelle garde zélée se forgea une réputation effrayante car ils appliquaient leurs propres enquêtes, et la justice de Linesse appréciait qu’on lui mâche le travail.

Les premiers à avoir été arrêtés furent les hommes de Sainte-Mère-Élisabeth, ceux prétendant avoir été confrontés au démon. Ils n’ont fait que véhiculer une rumeur terrifiante afin de conduire tous les ennemis des sorciers à la passivité. Leur mensonge a coûté de nombreuses vies. La plupart d’entre eux, après recherches, étaient des utilisateurs de magie noire, directement complices des sorciers. Dans le prolongement de cette enquête, l’Évêque lui-même fut démasqué. Mais dans son cas, il n’a pas seulement pratiqué la magie noire. Il a aussi déshonoré tout le clergé et les murs de Sainte-Mère-Élisabeth. La seule mesure proportionnelle à son acte était la prison, pour une durée équivalente à son activité de traitre en tant qu’Évêque. C’est-à-dire, dix-sept ans. L’Évêque servit d’exemple, tant pour la noblesse que pour les hommes d’Église. Il fut le premier noble de haut rang à être jugé et condamné par ce groupe. Le premier d’une longue série.

Cette action permit à Araken Benwick et ses frères d’armes de revenir dans la grâce de Sainte-Mère-Élisabeth, mais tout en conservant leur indépendance de jugement et leur autonomie. Ils furent pardonnés pour leurs ex-péchés et étaient désormais à nouveau les bienvenus dans tous les lieux de culte du pays. Mais le groupe ne s’arrêta pas là. Après avoir vaincu les sorciers et délogé les traitres occupant des places convoitées dans le clergé, le groupe avait besoin d’une identité.

 « L’Inquisition ! » fit Enguerrand. Le nom fut aussitôt accepté par l’ensemble du groupe.

L’Inquisition devint un titre de très haute noblesse. Les Inquisiteurs étaient donc des membres respectés. Des héros défendant avec courage l’enfant du pauvre tout en frappant avec rage le cœur du malfaiteur. L’Inquisition ayant récupéré tout l’or dont ils pourraient avoir besoin, ils achetèrent des armes de qualité auprès des meilleurs forgerons. Ils confectionnèrent aussi des tenues arborant des couleurs homogènes. Des armures blanches aux motifs noirs et jaunes.

Inquisition excessive

Mais le fanatisme de l’Inquisition grandit rapidement. Ce qui était au départ une justice brutale pour les vilains et clémente pour les innocents, devint plus catégorique. Progressivement, plus personne n’était innocent. Les interrogatoires devinrent des séances de torture, les enquêtes des arrestations arbitraires.

N’ayant pas pour vocation de garder des prisonniers inutilement, leurs condamnés furent rejugés afin d’être condamnés à mort. C’est ainsi que l’évêque fut mis au bûcher, condamné par sa propre église.

Durant ses premiers mois d’existence, et depuis la nouvelle alliance avec la Sainte-Mère-Élisabeth, l’Inquisition connaissait une activité soutenue ainsi qu’un recrutement important. Ses rangs grandissaient tandis que les ennemis de l’église s’exilaient ou finissaient au bûcher. Les nouveaux juges de l’Inquisition, dans l’ivresse de la victoire, devinrent zélés et excessifs.

Un chat noir passe deux fois de suite devant une maison ? le propriétaire de la maison pratique la magie noire.

Une femme récolte des herbes pour concevoir des décoctions ? C’est une sorcière qui veut empoisonner le roi.

Un homme dit que son voisin pratique la magie noire ? Il doit être interrogé jusqu’à la confession de ses péchés.

Une teinte de cheveux trop rousse, un trèfle à quatre feuilles, un miroir brisé. Tout ce qui pouvait amener à avoir le moindre soupçon devait être sévèrement interrogé et jugé. Et bien souvent, jugé signifiait exécuté.

La cathédrale de Sainte-Mère-Élisabeth de Linesse devint synonyme de terreur pour tous ceux qui n’étaient pas des fervents adorateurs de Dieu. Dans sa grande tyrannie, elle obtint le titre de Basilique Sainte-Mère-Élisabeth. Face à cette accablante évolution, Araken Benwick s’interrogea. Comment l’ordre qu’il avait créé de ses propres mains pouvait-il lui échapper à ce point ? Comment l’Inquisition, supposée représenter un idéal pouvait aujourd’hui tuer, exécuter, torturer et même parfois lyncher.

Le chevalier en quête d’une solution s’isola. Il ne pouvait envisager d’avoir sauvé son clergé en transformant son propre groupe en bouchers. Il avait besoin d’une solution pour arrêter le démon qu’il avait créé. Un démon qui avait en prime l’approbation de tout son clergé. Pendant une semaine, personne ne remarqua le Maître Inquisiteur Araken Benwick. Durant cette semaine, Araken était introuvable. Il avait loué une chambre dans une bourgade isolée afin de mettre de l’ordre dans son esprit. Il réclamait souvent de quoi écrire et un peu de nourriture. Il demandait surtout à ne pas être dérangé, ce que l’aubergiste respecta. À la fin de la semaine il réapparut et revint à Linesse, satisfait de son travail.

Doctrine de l’Inquisition

Araken Benwick était pleinement satisfait. Il venait de finir la Doctrine de l’Inquisition. Ce code donnait comme consigne d’appliquer au sens strict une punition parfaitement proportionnelle à la grandeur du méfait. Ainsi, une jeune maman voleuse de pommes pour nourrir son fils se voyait être délivrée sans aucune punition. Tandis que le riche marchand volant la même pomme pour une raison vénale se faisait couper une main. Même les utilisateurs de magie noire pouvaient se sortir vivant du tribunal de l’Inquisition grâce à cette doctrine. S’ils acceptaient de détruire eux-mêmes leur matériel tout en pratiquant un « Abrenuntiatio », alors ils s’en sortaient indemnes. À l’inverse, s’ils continuaient en secret à pratiquer la magie, ils se voyaient être exécutés d’une manière exemplaire et dissuasive : le bûcher.

Mais le code de l’Inquisition n’atteint jamais le bureau du nouvel évêque. Car Araken Benwick était attendu dans la Basilique de Sainte-Mère-Élisabeth. Le jeune Liron Guirlick, avait lui aussi attendu une semaine. Mais il n’était pas en quête de spiritualité. Il était en quête de vengeance. Dissimulé derrière un rideau, il surprit le maître Inquisiteur, armé d’une arbalète.

— Liron Guirlick ? Mais… Qu’est-ce que tu fais avec cette arbalète ? Pose cette arme, tu vas me blesser.

— Mon nom est Liron Razfez…

Il pressa la détente. Le projectile perfora le cœur du maître Inquisiteur. Un carreau d’arbalète, qui n’avait rien de magique.

Ce trait tua l’homme, et le Décret de l’Inquisition fut à jamais perdu.

Fin.

Voilà chers lecteurs, j’espère que cette histoire vous aura plu. J’espère aussi avoir réussi à vous surprendre !

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Thibault.

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