Scène 1 – Matière – 7 Janvier 2541

Cher journal, je m’appelle Rebecca Powell, j’ai vingt-neuf ans. J’habite sur une planète nommée Sao Maria dans le système Bételgeuse. C’est une planète rocheuse, sans océans, sans mers et sans rivières. La population s’hydrate grâce à des générateurs d’eau potable. Ici, il n’y a qu’une seule ville et elle se trouve au niveau du tropique du cancer, c’est-à-dire à 3 000 kilomètres au nord de l’équateur. Le reste de notre monde n’est pas encore habité. Il ne s’agit que d’un vaste désert rocheux fait de vallons et de plaines. En partant vers le sud, la vie devient difficile car les températures sont trop élevées, et en partant vers le nord, le froid gèle l’eau et nos précieux générateurs ne peuvent plus fonctionner.

Nous construisons donc une ville unique qui ne s’étend que vers l’est et l’ouest sur une distance qui ne cesse de grandir. Avec plus de temps, il est possible que nos constructions fassent un tour complet et que notre ville devienne un véritable ruban encerclant Sao Maria.

Nous nous trouvons à 638 années-lumière du Système solaire. Avec notre technologie actuelle, faire le voyage prend quatre à six semaines. Les voyages interstellaires sont rares et couteux. L’Extranet nous permet de communiquer avec Mars et la Terre, mais les ressources nécessaires pour parcourir la distance sont considérables. Seules quelques élites de la civilisation ont ce privilège lors de voyages diplomatiques ou encore par le tourisme spatial de luxe.

Pour ma part, je ne fais pas partie des élites. Je ne suis qu’une physicienne et je travaille au département de la recherche. Récemment nous avons découvert la présence d’un alliage aux propriétés incroyables. Cet alliage se trouvait enfoui dans les profondeurs de notre planète, proche du pôle sud. Nous pensions faire une découverte majeure. C’était ce que l’on espérait en tout cas. Ça, c’était il y a quarante-huit heures.

C’est le département de l’exploration qui s’est chargé d’aller l’extraire. Le département de l’exploration, ce sont des types un peu casse-cou qui se rendent toujours dans des endroits difficiles d’accès pour récupérer ce dont le gouvernement de Sao Maria a besoin. C’est là où mon mari travaille. Si je sais tout ça, c’est parce qu’il me l’a raconté. En vérité, toutes ces découvertes ne sont pas encore annoncées au public. Et elles risquent de rester secrètes pour toujours.

Mon mari s’y est rendu avec son équipe de scientifiques afin d’atteindre ce précieux métal. Ils ont creusé un trou profond de plus de 17 000 mètres de profondeur dans la croute Sao Marienne pour enfin commencer à extraire cette fameuse matière si prometteuse.

La surprise était au rendez-vous, mais c’était une mauvaise surprise. La matière avait bien une caractéristique hors du commun : elle s’étend. C’est une sorte de liquide qui déborde de son logement et qui engloutit tout sur son passage. Le matériel de forage a ainsi été broyé et absorbé par cette matière. Tout le personnel de l’expédition a pu être sorti et évacué en catastrophe car fort heureusement, elle se déploie relativement doucement.

Le problème, c’est qu’elle semble continuer à l’infini. Comme je l’ai dit, tout ça c’était il y a quarante-huit heures. Pendant ce temps, le trou de 17 000 mètres creusé par l’équipe de mon mari a été totalement rempli par cette matière qui désormais déborde depuis le site de forage. À l’heure où j’écris ces lignes, elle continue de s’étendre. D’après mon mari, rien ne l’arrêtera, elle continuera de s’étendre jusqu’à avoir recouvert toute la planète. Ce qui devrait arriver dans moins de deux mois.

Vu le coût pour rejoindre le Système solaire, il est clair que nous ne serons pas tous sauvés. Il est probable que des vaisseaux de secours partent de Mars pour venir nous aider mais ils arriveront beaucoup trop tard. En fait, vu combien l’information est gardée secrète par nos élites, il est très probable qu’il n’y ait que peu de rescapés de cette apocalypse silencieuse. Dans deux mois, je vais donc mourir ici, dans le plus grand secret.

Mais d’une certaine manière, je suis libérée. Puisque je suis condamnée, je vais pouvoir confesser mon chagrin. Mon mari s’appelle Hrodwolf Von Rebka, il est l’homme que j’ai aimé de tout mon cœur. Je l’ai rencontré alors que nous n’avions que douze ans. Pour nos parents, ce n’était qu’une amourette d’adolescents. Dix-sept ans plus tard, notre amourette d’adolescents dure toujours. Enfin, elle a duré jusqu’à l’hiver dernier…

Hrodwolf a toujours été un excellent membre du département de l’exploration. Malheureusement, il y a huit mois, lors d’une mission d’exploration, il a eu un accident. Une machine de forage a explosé et il se trouvait à côté. Il est resté dans le coma pendant dix jours. J’ai bien cru que j’allais être veuve. Pourtant, mes prières ont été entendues et il est sorti du coma. Mais ma joie fut de courte durée. J’imaginais vivre des retrouvailles merveilleuses et faire aboutir notre rêve de fonder une famille, mais tout s’est envolé. Hrodwolf, l’homme le plus charmant, le plus séduisant qu’il m’a été donné d’aimer… Il avait tout perdu. Lors de l’accident, des éclats brûlants lui ont déchiré la peau. Au contact du feu, l’être humain fond comme une bougie et c’est à ça que mon mari ressemble aujourd’hui.

À présent je suis mariée à un homme pour qui je n’ai plus aucune attirance. J’ai eu beau lui dire que ça ne changeait rien, il ne me croit pas. Il a d’ailleurs raison, car tout a changé. Depuis cet accident, nous n’avons plus jamais refait l’amour. Nous ne nous voyons que très rarement et je fais tout pour l’éviter. À chaque fois que je vois son visage, je suis terrifiée et mal à l’aise. Je sais que si c’était moi qui avais été défigurée, il aurait continué de m’aimer. Mais moi je n’y arrive pas… J’ai honte de moi.

Scène 2 – Panique – 10 Janvier 2541

Cher journal, l’information a fuité. Des vidéos circulent sur l’Internet de Sao Maria et tout le monde sait ce qui se passe. Les gens deviennent complètement fous et ils cassent tout, les habitations, les véhicules. Ils se battent et même s’entretuent en pleine rue.

Pour contrer la panique, d’une main la milice réprime ces hystériques afin de garder la situation sous contrôle, et de l’autre main, le gouvernement annonce une solution pour sauver les habitants. Un processus d’évacuation d’urgence est en cours de déploiement. Tous les habitants sont priés de rester chez eux dans le calme en attendant d’être évacués en temps et en heure. En principe, tout le monde devrait être sauvé avant que la matière n’atteigne les grandes villes. Pour illustrer leur propos, des vidéos tournent en boucle aux informations. Il y a bien des vaisseaux gigantesques qui s’apprêtent à quitter Sao Maria pour rejoindre le Système solaire. Habituellement conçus pour transporter de la cargaison, ils ont été réaménagés pour transporter des passagers.

Donc oui, des gens vont être sauvés. Mais nous sommes vingt-sept millions sur Sao Maira. Vont-ils vraiment réussir à sauver tout le monde ? Vais-je être tirée d’affaire ? J’avoue être malmenée entre l’espoir et le doute, mais si des vaisseaux quittent la planète, il ne me faudrait qu’une seule petite place pour survivre alors… Pourquoi ne pas y croire ?

Je peine à dormir, mais je tente de garder la tête froide. Je vais attendre, après tout, que puis-je faire d’autre ? Je me rassure en me disant que je suis une physicienne du département de la recherche et ils ont besoin de physiciens… Non ?

Scène 3 – Sacrifiés – 17 Janvier 2541

Cher journal, je m’en veux terriblement. Hrodwolf est venu me voir aujourd’hui encore. Il est toujours aussi gentil avec moi, et moi je suis toujours aussi mauvaise. Le regarder m’est insupportable, alors je fais mine de lire mes documents quand nous sommes ensemble.

J’arrive tout juste à lui caresser la main quand je pense à son visage d’autrefois. Mais les choses ont bel et bien changé et j’ai honte de mon attitude. Pourtant, malgré ça il reste profondément bienveillant avec moi.

Il m’a expliqué que la procédure d’évacuation n’était qu’une propagande pour garder le peuple dans le calme, le temps que les élites s’échappent. La surprise était telle que je n’ai pas pu résister au fait de le regarder dans les yeux. Et quand c’est arrivé, j’ai de nouveau vu son visage balafré. Je n’ai pas pu m’empêcher de grimacer de dégoût. Il l’a remarqué. Il s’est mis en colère et nous nous sommes disputés.

Il a fini par partir en claquant la porte, aussi vexé que triste. Une nouvelle fois, je me demande comment je peux mériter son amour alors que je suis aussi détestable ? En temps normal j’aurais cherché à le contacter. Je serais allée le voir pour nous réconcilier, car au fond, il est l’homme que j’aime. Mais l’heure n’est pas aux sentiments, l’heure est à l’urgence. Le gouvernement ne nous sauvera pas, mais moi je peux peut-être… Je dois travailler, j’ai beaucoup de travail, et très peu de temps !

Scène 4 – Décollage – 18 Janvier 2541

Cher journal, l’heure est grave. Les premiers habitants quittent la planète à bord des vaisseaux d’évacuation. Les vidéos de ces vaisseaux rassurent la population et donnent du crédit à la propagande. On nous répète que tout le monde va pouvoir s’en tirer, mais Hrodwolf et moi savons que c’est faux. La matière continue de s’étendre et s’accélère même. Contrairement aux premiers pronostiques, la planète sera recouverte d’ici deux semaines, peut-être moins. Jamais ils ne pourront évacuer tout le monde en si peu de temps.

Mais il reste une chance. Une société privée vend des capsules d’extraction. Ce sont des sphères propulsées dans l’espace contenant juste assez de place pour qu’un adulte s’y installe. C’est un autre moyen de quitter Sao Maria, ce sera bientôt le dernier. Ces capsules coûtent trois millions de dollars américains. Une somme bien trop élevée pour la plupart des gens… Mais peut-être pas pour moi.

Je fais peut-être partie du peuple invisible et sacrifiable, mais j’ai une petite chose qui me tire du lot. J’ai une idée. Une idée qui, si elle marche, provoquerait une véritable révolution dans la science.

Après tout, la plupart des Sao Mariens vont mourir sans aucune alternative. Moi j’ai une toute petite chance de m’en sortir alors je me dois de tout tenter pour saisir cette chance.

Ma chance, c’est la suivante : je pense qu’il est possible d’inverser la gravité pour un objet. Se faisant, plus un objet sera proche du sol d’une planète, plus il sera repoussé. Un peu comme deux aimants qui se repoussent. Si j’arrive à trouver l’équation pour mettre en application cette idée, toute la communauté scientifique s’arrachera ma trouvaille, et envoyer un objet dans l’espace deviendra un jeu d’enfant. Il n’y aura même plus besoin de concevoir des fusées.

Il me reste donc à transformer mon idée en équation. Utiliser cette équation pour en faire un brevet. Revendre ce brevet, et acheter deux capsules d’évacuation et fuir cette planète mourante… Tout ça dans un délai fort court.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Défi - Troisième histoire. Ermeline Mataguerre la fauconnière.

Comme je l’ai dit, j’ai beaucoup de travail, et très peu de temps.

Scène 5 – Brevet – 20 Janvier 2541

Cher journal, le seul mot qui décrit mon émotion actuelle est : Euréka !

C’est une réussite ! J’y ai passé tout mon temps, à presque ne plus dormir, mais j’ai réussi ! J’ai créé le tout premier module d’anti-gravité ! C’est l’une des avancées technologiques les plus prodigieuses de l’histoire de l’humanité ! Peut-être ai-je réussi à surpasser le légendaire Albert Einstein ? Dire que c’est le fruit de mon travail, je suis tellement fière !

Non seulement cette découverte me garantit une renommée incomparable, mais en plus, elle va me permettre de fuir Sao Maria. Mais en toute franchise, cette victoire est nuancée. J’imaginais célébrer cette découverte avec Hrodwolf qui partagerait mon bonheur. Et pourtant, je n’ai rien fait, je me contente de la fêter seule, avec toi mon cher journal. Je préviendrai Hrodwolf demain. Une partie de moi est profondément triste de cette situation, il est l’homme que j’aime… en tout cas l’homme que j’ai aimé. Et je préfère célébrer ce moment sans lui. J’ai l’impression d’être monstrueuse. Mais si j’avais fêté ça avec lui, je sais que j’aurais dû faire semblant d’être à l’aise et de lui sourire. À présent je m’en veux. Est-ce que je mérite tout l’amour qu’il a pour moi, alors que moi je ne lui témoigne que de l’indifférence et du rejet ? Il a été l’homme que j’ai aimé et je n’imagine pas ma vie sans lui. C’est avec lui que je me voyais finir mes jours. Lui et aucun autre, c’est une certitude. Mais est-ce que je l’aime toujours aujourd’hui ?

Je sais que je lui ai fait la promesse que cet accident n’avait rien changé. Mais pourtant, j’ai changé d’attitude. J’ai honte de moi. À quoi bon être une scientifique renommée si c’est pour n’être qu’une ingrate qui n’a pas de cœur ? Encore une fois, dans la situation inverse Hrodwolf m’aurait soutenue, j’en suis sûre. Il m’aurait dit que ça ne changeait rien et que mon corps n’était qu’une enveloppe physique. Il aurait dit m’aimer moi, non pas mon corps mais mon esprit, mon âme. Je suis sûre et certaine qu’il aurait dit ça et qu’il l’aurait assumé. Lorsque j’imagine qu’il puisse me délaisser comme je le délaisse moi… alors je ne peux m’empêcher de pleurer… Je pleure de honte comme de tristesse.

Par l’espace… Que suis-je devenue ?

Scène 6 – Vente – 21 Janvier 2541

Cher journal, je suis allée en ville. Ça fait vraiment bizarre de se promener comme n’importe qui, alors que j’avais dans mon sac le brevet d’une découverte technologique aussi hors du commun. Finalement, ce n’est qu’une cinquantaine de pages avec du texte, des algorithmes et des calculs.

Vu la panique en ville, j’ai jugé qu’il était inutile de chercher un acheteur sur l’Internet de Sao Maria. Au contraire, ça aurait même pu être dangereux. Si quelqu’un réalise la valeur de ces documents je n’ose imaginer le nombre de fous furieux qui se lanceraient à mes trousses. J’ai préféré ne rien dire et chercher un acheteur directement sur l’Extranet, c’est-à-dire celui qui permet la communication interstellaire.

J’y ai trouvé un scientifique de la Terre, venant d’un pays nommé Russie. Il m’a proposé dix millions de dollars pour mon brevet. Dix millions de dollars ! J’ai tout de suite accepté. Néanmoins, je pense qu’avec plus de temps, j’aurais pu le vendre bien plus cher. Malheureusement, je manque de temps. C’est beaucoup d’argent, bien plus que je n’en ai jamais eu, et surtout, c’est suffisant pour nous enfuir. Mon mari et moi-même allons survivre à la disparition de notre terre natale. Je vais lui faire la surprise ! On raconte souvent des histoires dans lesquelles la fille est sauvée par un héros courageux ? Aujourd’hui c’est moi qui sauve mon mari. C’est bien de changer les habitudes, n’est-ce pas ?

Mais il me reste un choix difficile… Que faire des quatre millions restants ? Je peux les garder pour nous, on en aura besoin quand on arrivera dans le Système solaire. Je peux aussi permettre à quelqu’un de survivre. Mais qui ? Qui suis-je pour décider ça ? Je ne suis ni juge ni Dieu ! Je ne suis qu’une physicienne. Je vais discuter de ça avec Hrodwolf demain, et ensuite, nous irons acheter nos capsules d’évacuation.

C’est incroyable comme situation, me dire que demain, nous partons ! Nous quittons notre planète mourante. Cinq longues semaines nous attendent avant d’arriver vers le berceau de l’humanité : le Système solaire. Étant donné que les capsules d’extraction ne peuvent presque rien contenir, tout ce qui est ici sera perdu. Aucun bagage n’est emmené. Pas besoin de faire les valises.

Dehors, la situation s’est dégradée. La matière s’est accélérée et a recouvert la moitié de l’hémisphère sud. Dans moins d’une semaine, la ville sera frappée et engloutie par cette matière. C’est inéluctable. Des groupes s’organisent pour partir dans le désert, vers le nord lorsque la matière engloutira notre ville. Mais ils n’ont aucune chance de survivre, ils vont simplement errer quelques jours de plus avant l’inévitable.

Quand la ville sera engloutie, il n’y aura plus aucun moyen de quitter cette planète. Ce qui devrait se produire d’ici cinq à six jours. Ensuite combien de temps ces marcheurs vont-ils survivre ? Pas bien longtemps assurément. Puisque la matière s’accélère, il est bien probable que la planète entière soit recouverte dans moins d’un mois.

Scène 7 – Piratage du compte – 22 Janvier 2541

Cher journal, c’est une catastrophe. Je me suis rendue à l’entreprise qui propose des capsules d’évacuation et je n’ai rien pu acheter ; la transaction a été refusée ! Dans le même temps, la banque me lançait un déluge de messages. Elle me signalait un problème, une intrusion, comme ils disent. Je les ai contactés pour comprendre de quoi il s’agissait, mais tout ce qu’ils ont su dire, c’est qu’il y a eu une faille dans leur sécurité, et que tous mes fonds ont été dérobés.

L’argent de mon brevet ! Les dix millions ! Il ne reste rien ! Notre porte de sortie s’est envolée. Je précise que c’est une banque marsienne. C’est-à-dire que ceux qui s’y trouvent ne se sentent pas concernés par l’urgence de ma situation. Une somme aussi grande sur le compte en banque d’une simple civile comme moi, ce n’est pas passé inaperçu.

Alors il y a bien l’assurance qui s’est engagée à me rendre mon argent, mais compte tenu de la somme importante, ils disent avoir besoin de deux à trois semaines pour réunir les fonds. Mais je n’ai pas ces deux à trois semaines ! Par l’espace ! J’ignore s’ils font exprès de ne pas comprendre mais je vais mourir ici à cause de leur lenteur ! Dans les petits caractères du contrat, ils sont dans leur droit. Et de toute façon, dans deux à trois jours, je serai morte, alors quelle importance ?

Je suis revenue à ma maison, où puis-je aller ailleurs ? L’équateur a été dépassé par la matière, la prochaine étape, c’est notre ville. Jamais je ne pourrai recréer un autre brevet aussi complexe avec le peu de temps qu’il me reste. Tout ceci est injuste… Des voleurs vont réussir à s’enfuir avec mon argent, alors que moi je vais mourir ici ! Moi qui me suis battue pour avoir ma place !

J’ai fait une crise d’hystérie… J’ai tout détruit dans mon appartement, mes travaux de recherche, mes meubles. J’ai même envie d’y mettre le feu et de me laisser mourir par l’incendie plutôt que d’attendre bêtement de voir cette matière maudite venir m’engloutir. Mais je n’en ai même pas le courage. J’ai la haine, et je n’ai de contrôle sur rien… Après tout, peut-être que tout ceci n’est qu’un retour de Karma ? Une punition pour avoir délaissé mon mari simplement à cause de son apparence physique ?

Hrodwolf envisage de rejoindre les marcheurs. Il dit que c’est notre destin de mourir ici avec notre planète. Néanmoins, il veut tenter de survivre le plus longtemps possible en explorant les secteurs nord de notre planète… Jusqu’à ce que la matière ne le rattrape. Je trouve ça inutile. Je n’ai pas le courage d’aller marcher et de presser le pas jusqu’à ce que la mort ne vienne me prendre. Je préfère rester chez moi.

Scène 8 – Adieu – 25 Janvier 2541

Cher journal, j’ai survécu à l’apocalypse. Je me trouve actuellement dans une capsule d’évacuation. Lorsque j’ai regardé par le hublot, je peux voir Sao Maria terminer de se faire engloutir par la matière. Tout ce que je me souviens c’est le bruit de ma porte qui se brise. Hrodwolf qui s’est jeté sur moi pour me coller un linge sur la bouche. Ensuite, je ne me souviens de rien. J’ignore ce qui s’est passé, mais je suppose que je trouverai des réponses dans une lettre à mon nom et trouvée dans mon journal.

« Ma très chère Rebecca,

Pardonne la manière abrupte que j’ai utilisée pour t’emmener. Je te connais, tu aurais refusé si je t’avais expliqué.

Tu es la femme que j’ai toujours aimée, celle que j’aimerai toujours. J’ai été l’homme le plus heureux en ta présence, lorsque tu me regardais avec cette étincelle d’amour. J’aurais aimé rester le mari que tu as épousé. J’aurais aimé fonder avec toi une famille. En ta présence, j’ai connu l’amour. Là où la plupart des Hommes meurent sans savoir ce qu’est d’être aimé. Toi tu m’as permis de le découvrir, alors ma vie n’aura pas été vaine.

Malheureusement, il y a eu cette explosion, et mon destin a basculé. Depuis ce jour nous avons cessé d’être un couple. Tu me souriais c’est vrai, mais tu n’avais plus cette étincelle d’amour. Je me suis bien rendu compte de la distance qui s’est créée entre nous. Je ne te juge pas, en me regardant dans un miroir, j’ai, encore aujourd’hui, du mal à supporter ma propre image.

Mon destin a basculé le jour où cette machine a explosé. Mais pas le tien. J’ai fait la paix avec cette réalité. L’aspect physique, ça compte et c’est normal. Je t’en ai voulu pour ça, mais maintenant, je ne t’en veux plus. Si tu avais été blessée à ma place dans cet accident, et que j’avais dû regarder un visage aussi hideux que le mien, je n’aurais certainement pas pu faire semblant.

L’amour n’a pas besoin d’être partagé pour être passionné. Je t’aime avec passion, et si tu ne m’aimes plus, ce n’est pas grave. J’ai économisé durant des années pour t’offrir le voyage de noces de tes rêves : un voyage spatial. Je voulais aussi te construire une grande maison où élever nos enfants, mais ce rêve ne se réalisera jamais. Au lieu de ça, j’ai utilisé cet argent pour t’offrir ce voyage. Hélas, malgré toutes mes économies, je n’ai pu acheter qu’une seule capsule d’évacuation. Tu vas donc profiter de ton voyage spatial sans moi.

Notre couple n’existe plus, j’en ai conscience. Mais je ne te voue pas un amour possessif, je te voue un amour passionnel. Je veux te savoir heureuse, et avec moi tu ne l’es plus. Je voudrais que tu aimes à nouveau. Que tu aimes comme nous nous sommes aimés à l’époque.

J’aimerais te savoir en présence d’un homme qui t’aime avec passion, qui te chérisse chaque jour et surtout qui te respecte. Un homme qui t’offre la vie que j’aurais aimé t’offrir. Fais-moi cette promesse, tu veux bien ?

Lorsque j’aurai terminé cette lettre, j’irai dans le désert. Mais pas pour ajouter un ou deux jours à ma vie, non. J’irai là-bas pour te regarder partir. Crois-moi je te regarderai t’envoler et atteindre l’espace… Et lorsque la lumière de ta capsule aura disparu aux confins de la voute céleste, je m’allongerai à contempler le ciel en gardant en mémoire le souvenir merveilleux de ton visage qui me sourit.

Adieu, ma Rebecca chéri … Adieu.

Ton ancien amour, Hrodwolf von Rebka. »

*** Fin ***

Voilà chers lecteurs, j’espère que cette histoire vous aura plu. J’espère aussi avoir réussi à vous surprendre !

Si vous voulez m’aider à faire un pas de plus vers le métier d’écrivain, laissez un commentaire, un pouce vert, un partage (ou les trois). Vous connaissez la chanson : c’est bon pour mon référencement et ma visibilité. Ça ne vous prend que quelques secondes mais pour moi ça m’aide énormément.

Alors n’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de cette histoire. Vous pouvez aussi retourner sur la page du défi et proposer un nom pour l’histoire de la semaine prochaine. Pour ce faire, cliquez ici !

  •  
  •  
  •