Deux enfants se courent après, profitant d’une belle après-midi dans cette cité en plein essor. L’un d’entre eux se réfugie dans un temple pour se cacher de son ami. Soudain, il s’exclame devant la statue d’une femme haute de sept mètres. Une femme à la peau marquée par les années s’approche de lui. Son air sévère laisse place à la compassion pour l’enfant. Elle était venue pour le rabrouer et lui expliquer quel respect ce lieu exigeait, mais finalement, il s’était calmé de lui-même.

— Quel âge as-tu mon enfant ?

— Neuf ans Dame Ariádnē !

Dans ce village, tout le monde connaissait Dame Ariádnē. Elle vivait dans le temple depuis toujours et était considérée comme folle.

— Neuf ans… Bel âge ! Sais-tu qui est représenté par cette statue ?

Les yeux ébahis, celui-ci nie de la tête.

— Désires-tu que je te raconte son histoire ?

Le visage illuminé, celui-ci sourit en hochant vivement la tête comme si on lui proposait un cadeau d’anniversaire.

« Cette femme s’appelle Athéna, et cette statue est encore plus vieille que moi. Elle était là avant que je naisse, et je suppose qu’elle sera toujours là quand j’aurai disparu. J’en suis certaine, car toutes les prières que j’ai faites en priant ici devant cette statue en implorant la déesse Athéna ont été exaucées. Toutes. J’avais neuf ans, comme toi, lorsque j’ai fait ma première prière ici. Je croyais que c’était réservé aux adultes. Mais nous étions dans une sombre époque. Cette cité n’était qu’un petit village semblable à tous les autres, et le nom d’Athéna n’évoquait rien à personne. De nouveaux dieux naissaient et mouraient chaque semaine. Personne ne savait à qui adresser ses prières. Mais moi, mon amour était voué à la déesse Athéna. Je le ressentais au fond de mon être, et je le ressens toujours aujourd’hui. C’est bien plus fort que de l’amour ou de la passion. C’est de la foi.

Mais Athéna n’était pas la seule nouvelle divinité à chercher à se faire une place sur le Mont Olympe. D’autres se faisaient connaître par la terreur. Parmi les pires d’entre eux, Arès le Dieu de la Guerre était le plus actif. Il avait nommé des chefs et des commandants qui organisaient ses armées. Son clergé était enclin à la violence gratuite, ils venaient dans les villages pour tuer tous ceux qui ne vénéraient pas le Dieu de la Guerre. Toute prière à une autre divinité était considérée comme un affront. Toute statue dressée en l’honneur de qui que ce soit d’autre qu’Arès devait être détruite. Pourtant, celle-ci a tenu à travers les années. Car elle a répondu à mes prières.

Premier jour

Vint un jour où les armées d’Arès vinrent vers notre village. Ils étaient commandés par Carmin. Un homme tout trouvé pour servir le Dieu de la guerre. Enclin à la violence gratuite et à la cruauté, il s’est donné comme objectif de rayer notre village des cartes. Que pouvions-nous faire ? Nous étions trente personnes. Seulement la moitié d’entre nous était capable de manier une épée. Et pour défendre le village, nous n’avions qu’une palissade en bois conçue pour tenir les bêtes sauvages à distance. Nous étions certains de connaître un sort terrible, et la peur a gagné nos rangs. Certains de nos guerriers ont préféré rendre les armes et prêter allégeance à Arès. Nous nous sommes retrouvés à cinq hommes et sept femmes, dont moi. Nous aurions pu désespérer, mais nous avons préféré garder foi en notre déesse.

Avant l’arrivée des envahisseurs, nous avons renforcé notre palissade. Nous avons travaillé dur pour qu’elle ne laisse aucun homme la franchir. Mais vu le nombre de soldats à nos portes, nous pensions que ça ne changerait pas grand-chose. Pourtant, ça a servi. Cette palissade était munie d’une porte unique que nous avions fermée et renforcée également. Nos guerriers se tenaient juste derrière, prêt à affronter l’envahisseur en surnombre quand la porte cèderait. Pendant que moi et les autres femmes nous étions ici même, dans le temple. Je les entendais sangloter. Elles étaient terrorisées et à juste titre ! Mais moi… Moi j’avais la foi ! Je me suis installée devant cette statue. Ah ! Certes nous avions un village très modeste ! Mais nous avions tout de même la richesse d’une admirable statue pour représenter notre déesse. Sept mètres de haut, conçue en fer forgé, recouverte de cuivre et peinte de cette subtile couleur bleu argile. Elle a toujours arboré ce petit sourire espiègle. Pour moi, il émanait d’elle une aura de confiance. Comme si elle ne craignait rien.

Face à la statue, et avec les armées d’Arès à nos portes, j’ai prié… J’ai prié pour avoir la même confiance qu’elle.

« Athéna, notre village est attaqué, nous ne sommes pas de taille pour nous défendre contre les armées d’Arès. Protège notre village ! Nous avons été braves et nous avons renforcé la barrière. Fais en sorte que celle-ci garde nos ennemis à distance, je t’en conjure. »

Les hommes d’Arès vinrent nous attaquer, mais la porte fermée ne laissa passer personne. Ils tirèrent des flèches par-dessus la palissade et certaines blessèrent nos guerriers. Mais la palissade tint bon. Nous nous réfugiâmes alors tous dans le temple d’Athéna pour être à l’abri de leurs projectiles maudits et nous avons pu passer la nuit en sécurité.

Ce jour-là j’ai prié, et ma prière a été entendue.

Deuxième jour

Le lendemain, les hommes d’Arès honteux de ne pas avoir su écraser un si petit village firent venir des braseros afin d’enflammer la palissade. Ils étaient déterminés à l’idée de réussir leur sinistre objectif sans attendre. Lorsque nous avons vu la fumée dans leurs rangs, nous avons compris leur stratégie. Hélas, que pouvions-nous faire pour les empêcher ?

Une nouvelle fois, les guerriers étaient en place pour défendre le village et nous, nous étions dans le temple d’Athéna. À nouveau face à cette statue, j’ai prié. Ce jour-là, j’ai dit :

« Athéna, je te rends grâce. Merci pour ton aide, notre barrière a tenu bon. Néanmoins, l’ennemi est toujours là et il s’apprête à y mettre le feu. Cette fois notre barrière ne pourra pas résister. Je t’en conjure ne les laisse pas nous atteindre ! »

L’assaut commença dans l’après-midi, et ils déversèrent leurs charbons ardents aux pieds de notre palissade afin d’y mettre le feu. Mais celle-ci était faite de troncs d’arbres jeunes et encore pleins de sève. Les flammes ne firent que lécher la paroi de notre palissade qui résista longtemps avant de commencer à noircir. Mais le bois finirait par brûler c’était inévitable.

La patience n’était pas le fort des soldats d’Arès. Ils embrasèrent leurs flèches afin de les tirer à nouveau par-dessus la palissade espérant faire pleuvoir la mort sur nous tout en déclenchant des incendies dans nos maisons. Plusieurs toitures faites de bois et de paille commencèrent à brûler. La panique commençait à gagner nos rangs et pourtant, Athéna était avec nous. Un grondement retentit, le ciel s’obscurcit et il commença à pleuvoir des trombes d’eau. Nous étions pourtant en été, mais la pluie était battante. Nos toitures furent sauvées des flammes tout comme notre palissade qui nous sauvait la vie pour la deuxième fois consécutive.

Ce jour-là encore, j’ai prié, et ma prière a été entendue.

Troisième jour

Au troisième jour, la pluie avait cessé et un soleil brillant illuminait le ciel. Néanmoins, nos attaquants ne semblaient pas vouloir réutiliser le feu pour passer. D’ailleurs, leurs rangs grandissaient à chaque fois que Carmin échouait. Les quelques dizaines d’hommes venu nous assassiner au départ étaient à présent plusieurs centaines. Ils ne comprenaient pas comment un si petit village pouvait leur résister aussi longtemps. En plus des renforts humains, ils reçurent un renfort logistique conséquent : un bélier. Il s’agissait d’une structure de bois montée sur roues. Le bélier servant à défoncer les murs était suspendu et tiré par des cordes. Un seul coup aurait suffi à ouvrir une brèche… Mais le bélier était lent, et nous avons eu le temps de le voir approcher.

Une nouvelle fois, j’ai posé les genoux devant la statue d’Athéna, et j’ai dit : « Athéna, je te rends grâce. La pluie était l’astuce parfaite et elle nous permet d’être toujours vivants aujourd’hui. Malheureusement les envahisseurs sont toujours là et ils s’apprêtent à utiliser un bélier pour entrer. Je t’en conjure, ne nous laisse pas mourir ici. »

De l’agitation attira mon attention à l’extérieur du temple. Je m’empressais de sortir pour comprendre ce qui se passait et je vis l’un de nos guerriers armé d’un arc. Posté sur la palissade et muni d’un petit brasero. Il utilisait l’arme de notre ennemi : le feu ! La veille ils avaient tenté de nous avoir avec le feu, aujourd’hui c’était le feu qui allait nous sauver ! Plusieurs flèches touchèrent le bélier et ses cordes s’embrasèrent rapidement sous cette chaleur écrasante. La lourde poutre s’écrasa au sol rendant l’engin totalement inutile. Je savais que la déesse était avec nous. J’en avais la conviction profonde. Mais je ne pensais pas qu’elle nous permettrait de ridiculiser ainsi notre adversaire. Ils étaient fous de rage. Ils donnaient des coups d’épée et de lance parfaitement inutiles contre notre palissade bénie par la force d’Athéna.

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Ce jour-là encore, j’ai prié, et ma prière a été entendue.

Dernier jour

Au quatrième jour, plus de cinq cents hommes entouraient notre village. Mais leur nombre était inutile face à notre palissade qui semblait indestructible. Nous avions été victorieux trois jours de suite, et nous avons fait l’erreur commune de tous les gagnants : nous nous sommes imaginés être en sécurité.

Ce jour-là, nous avons été tirés du lit, car c’est au matin que nos adversaires ont frappés. Ils avaient emmené avec eux un géant des montagnes. Une créature humanoïde surpuissante, haute de quatre mètres capable de pulvériser une maison d’un coup de pied. Avant même de comprendre que nous étions attaqués, notre précieuse palissade avait été détruite. La voix du chef de guerre Carmin se faisait entendre par-dessus le chaos de la bataille, il donnait des ordres à ses soldats. Des hommes arrivaient de tous les côtés, et nos courageux soldats se faisaient tuer malgré leur foi. Au milieu de tout ça, je me suis faufilée. J’avais la chance d’être de petite taille ! À toute vitesse j’ai filé vers le temple.

Je vis plusieurs femmes me faire signe d’entrer tout en gardant la porte ouverte. J’ai couru à l’intérieur et elles ont refermé derrière moi. Elles ont installé des bancs et des meubles pour bloquer la porte mais nous savions tous que c’était en vain. Le géant n’aurait qu’un coup à donner pour défoncer la porte, pire, il pourrait même détruire la toiture du temple s’il le voulait.

J’ai couru jusqu’à la statue d’Athéna, et une nouvelle fois, j’ai prié.

« Athéna, hier encore tu as su donner le courage et l’astuce dont nous avions besoin pour survivre, mais aujourd’hui la situation est désespérée… Viens-nous en aide, je t’en supplie ! »

Un choc fit sursauter toutes les occupantes du temple et moi-même. Mais je restais concentrée sur ma prière pendant que les autres tentaient d’ajouter encore d’autres objets pour bloquer l’entrée. Mais c’était inutile, la porte fut pulvérisée et les meubles volèrent en éclats. Les hommes d’Arès entrèrent pour s’attaquer aux occupantes. J’entendais les femmes hurler. J’ignore quelles atrocités elles ont vécues, ce jour-là. Ce qui est sûr, c’est qu’aucune d’elles n’a survécu. Pas plus que nos malheureux soldats qui étaient à l’extérieur.

Mais moi je restais à genoux. Fermant les yeux, redoublant d’intensité dans mes prières pour implorer l’aide d’Athéna. Certes la situation était désespérée, mais je n’avais pas perdu l’espoir. Sous le regard confiant et espiègle de la statue, j’étais la dernière survivante de notre village. J’ai été attrapée par des soldats et ensuite, j’ai été emmenée hors de l’église. J’ai tenté de me débattre, mais c’était en vain. Je leur ai crié de ne pas mettre le feu au temple, mais ils n’avaient que faire de mes suppliques. Derrière moi, j’en suis sûre, la statue d’Athéna n’avait pas bougé. Elle gardait son expression imperturbable.

Je me suis retrouvée par terre, aux pieds du chef de guerre Carmin. À côté de lui, le géant des montagnes qui avait détruit non seulement la palissade mais aussi les portes du temple. Mais je ne les ai pas regardés dans les yeux, je savais qu’ils me tueraient si j’osais faire ça. Plutôt que de les provoquer, j’ai fermé les yeux, et j’ai prié encore.

Nous avons ressenti un grondement. Mais pas comme le tonnerre, c’était quelque chose de beaucoup plus puissant. Et soudain, une lumière aveugla tous les soldats, elle aveugla le géant et le chef de guerre… Mais moi je n’étais pas aveuglée. Moi, j’ai pu voir ce qui se passait. Je me suis relevée et j’ai regardé dans la direction de cette lumière. Elle était douce, rassurante. Elle venait du temple. De la statue d’Athéna précisément. Un nouveau grondement fit trembler la terre et j’ai vu un nuage de poussière s’élever de la statue. La statue se fissura à plusieurs endroits et en un instant, l’enveloppe de cuivre bleuté se craquela jusqu’à révéler sa structure. Mais ce n’était pas une statue en fer forgée qui se trouvait dessous. C’était la Déesse Athéna elle-même ! Haute de sept mètres, tout comme la statue. Elle se leva pour révéler sa peau parfaite. La créature n’avait rien d’une statue, c’était un être fait de chair et d’os. Se libérant du reste de son enveloppe de cuivre, elle sortit du temple sans même le détruire. Elle passa à travers sa structure. Vêtue d’un simple voile blanc dissimulant son corps sans défaut elle était aussi merveilleuse que terrifiante. Dans sa main elle tenait la lance et sur son visage se dessinait son éternel sourire plein de confiance.

La lumière cessa de briller, et les soldats d’Arès prirent quelques secondes pour se remettre de leur cécité. Mais quand ils virent la créature divine approcher d’eux, ils crurent rêver. Ce n’est que lorsque les premiers se firent écraser par sa charge qu’ils commencèrent à réagir. Athéna n’avait que faire de ces soldats serviles. Ces derniers étaient tellement terrorisés qu’ils ne cherchèrent même pas à défendre leur maître. C’était de toute façon sans espoir.

La créature termina sa charge par un bond et attaqua le géant d’une attaque perforante. Celui-ci eut le temps de mettre sa main devant lui pour se protéger mais c’est inutile : Le coup était tellement puissant que la lance a transpercé à la fois sa main et la cage thoracique du monstre avant de se loger à plus d’un mètre de profondeur dans le sol. Cambré en arrière sans pouvoir tomber, le colosse contracta vivement ses muscles dans une série de spasmes avant de se relâcher totalement dans un long soupir.

La surprise laissa place à la terreur, et les féroces soldats d’Arès prirent la fuite à travers les plaines. Mais Carmin regardait ce spectacle surnaturel. Il ne pouvait pas quitter cet être des yeux. D’une voix aussi douce que terrifiante, la créature divine pointa son index vers le chef de guerre en lui ordonnant de retourner auprès de son Dieu pour lui raconter ce qu’elle était capable de faire. Il y eut un nouvel éclair aveuglant et soudain, la statue d’Athéna avait regagné sa place dans le temple. Le géant maintenu par la lance s’écroula au sol, avec dans sa main et son torse un trou béant. Carmin n’osa même pas me regarder et prit la fuite, comme l’avaient fait ses hommes un instant plus tôt.

Je suis retournée dans le temple et j’ai rendu grâce à la déesse qui, encore une fois, avait entendu ma prière.

Les jours passèrent, et j’ai nettoyé leurs carnages. Des gens d’autres villages vinrent pour enterrer les morts et pour m’aider à tout ranger. Certains d’entre eux décidèrent de vivre ici. Très vite, ils passèrent des accords commerciaux avec d’autres villages et mon foyer devint un lieu important de vie et d’échange. Ce village se transforma en cité prospère. Et plus jamais les soldats d’Arès ne vinrent nous attaquer.

Chaque fois que j’ai raconté cette histoire, j’ai été considérée comme folle. Mais je sais que je ne suis pas folle, je me souviens de ce jour-là. Je me souviens qu’elle a répondu à toutes mes prières sans aucune exception, et j’ai donc décidé de lui faire don de ma vie en devenant sa plus fidèle adoratrice.

Étant aussi l’unique survivante de mon village, j’ai eu la possibilité de lui donner le nom de mon choix… J’ai décidé de donner le seul nom qu’il méritait. Le nom de ma déesse :

Athènes.

*** Fin ***

Voilà chers lecteurs, j’espère que cette histoire vous aura plu. J’espère aussi avoir réussi à vous surprendre !

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