Salut les passionnés, cette semaine on va parler de l’ellipse. C’est une méthode facile d’utilisation, ayant pour but de récupérer l’attention de votre lecteur.

Mais attention, ce n’est pas la même stratégie que pour une prolepse. La prolepse permet d’accrocher votre lecteur dès le début de votre récit.

Cliquez ici pour voir l’article sur la prolepse.

L’ellipse, ce n’est pas le même usage.
Considérez-le plutôt comme un moyen de ramener votre lecteur au maximum de sa concentration pendant votre histoire.

Avez-vous déjà vécu ça ?

Peut-être l’avez-vous déjà remarqué en lisant un roman, il y a parfois des moments un peu longs. Des passages sans évènement majeur, le rythme semble ralentir et on a hâte qu’il se passe à nouveau quelque chose.

Et ce, même sur des romans qui vous passionnent.

Ce qui est valable dans la lecture l’est aussi dans l’écriture, et personnellement, l’idée d’avoir un lecteur qui commence à s’ennuyer devant mon roman me fout la trouille ! Je veux vraiment éviter ça à tout prix.

Et pour tromper la monotonie, il m’arrive d’utiliser l’ellipse.

L’Ellipse techniquement, c’est quoi ?

Bon pour le plaisir de la connaissance, on va faire un tour rapide sur ce mot curieux.

Ellipse vient du latin Ellipsis signifiant omission. Ellipsis vient lui-même du Grec ἔλλειψις (élleipsis) signifiant manque.

(Voilà, avec ça on peut facilement se la péter dans une soirée mondaine.)

Donc dans la littérature et pour faire simple, l’ellipse consiste à ne pas raconter une période. En gros, on saute un passage. C’est quelque chose de voulu.

L’ellipse dans l’usage littéraire

L’utilisation la plus répandue de l’ellipse consiste à ne pas raconter une période durant laquelle il n’y a pas d’évènement.
En gros, c’est l’histoire d’un enfant qui subit quelques épreuves, puis vous avez un bond dans le temps.

« Et vingt ans plus tard »

Puis le récit continue avec ce personnage devenu adulte.

C’est assez évident mais c’est toujours bien de le préciser, on ne va pas raconter en détail chaque journée des vingt années de ce personnage, son adolescence et tout le tralala si ça n’a pas d’utilité pour votre histoire.

Bon, jusqu’ici je ne vous apprends rien. Même si une ellipse utilisée comme ceci ramène tout de même le lecteur à un bon niveau d’attention.

L’ellipse dans mon usage

Bon, je dis « mon » usage mais je suis loin d’être le seul à utiliser cette technique. Je n’ai pas inventé la roue, l’eau chaude ni même la poudre donc je ne peux pas vraiment dire que c’est « ma technique ».

Mais je vais quand même vous expliquer ma manière de l’utiliser.

Personnellement, j’utilise l’ellipse non pas pour sauter une période inutile, mais au contraire, en ne racontant pas un évènement crucial. Je fais ça intentionnellement pour forcer le lecteur à se poser des questions sur ce qu’il s’est passé.

La comparaison stylée

Repensez à votre enfance, quand vous receviez une lettre de votre grand-parent qui vous envoyait un billet de 100 Francs.

(Ou 20€ pour les plus jeunes)

Imaginez la frustration que vous auriez connue en constatant l’absence du fameux billet. N’auriez-vous pas remué ciel et terre ? Pire, si dans la lettre, votre aïeul vous encourage à vous faire plaisir avec ce fameux billet qu’il a malencontreusement laissé sur son buffet.

Avec l’ellipse, c’est la même chose. L’auteur c’est le grand parent qui omet de donner un billet à son petit fils pour l’encourager à lui répondre…

Dans l’écriture de votre histoire, vous promettez à votre lecteur une information cruciale qu’il attend avec impatience, et « malencontreusement », vous oubliez de la mentionner. Je dis « malencontreusement » entre guillemets car en réalité c’est voulu.

Ça doit être intentionnel et maîtrisé, si votre narration est trouée de partout ça ne marchera pas. Mais si c’est fait avec soin, vous allez faire écarquiller les yeux à votre lecteur.

Attention à la confusion

Il ne faut pas confondre ellipse et cliffhanger. Le Cliffhanger consiste à arrêter une scène au moment où l’enjeu est au maximum pour pousser votre lecteur à continuer la lecture comme un furieux pour connaître la suite.

Ici, pour l’ellipse, ce n’est pas ça, car la scène continue sur ce qu’il se passe juste après…

Un exemple concret

Prenons deux personnages, ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont romantiques et en plus ils s’aiment. On va les appeler Rose et Jack.

(Voilà comme ça on fait une petite référence à un couple fameux de l’histoire du Cinéma)

Nous avons Rose qui fait une promenade romantique avec Jack. Elle pense rentrer chez elle après cette escapade mais soudain, Jack pose un genou à terre ! Il l’appelle par son nom et son prénom, il la vouvoie ! Il ouvre un écrin pour révéler une merveilleuse bague ornée d’un diamant ! Il lui demande de devenir sa femme !

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Les Maisons d'éditions à compte d'auteur.

(Arrêter la scène ici, c’est faire un cliffhanger)

Et nous faisons alors une ellipse !

On ne raconte pas la réponse de Rose. On ne dit rien sur ses impressions ni sur sa réaction. On ne sait pas si elle a pleuré ou sourit. Rien, pas un seul détail. La narration reprend trente minutes plus tard, au moment où les deux personnages rentrent à la maison après leur promenade romantique.

À ce moment-là, le lecteur, il a qu’une envie c’est d’avoir une information qui lui permettra de savoir ce qui s’est passé. (Je vous le garantis) Est-ce qu’elle porte sa bague ? Va-t-elle mentionner des préparatifs ? Un choix de robe ? Des invités ?

Et on s’amuse !

Et vous, écrivain avisé que vous êtes, vous jouez avec la curiosité de votre lecteur. Vous pouvez vous amuser à raconter leur repas pendant lequel ils parlent de plein de sujets mais pas du mariage ni de la demande.

Vous pouvez même vous amuser à mentionner que Rose ne porte aucun bijou durant le repas de famille qui a lieu trois jours après. Ce qui va amener votre lecteur à considérer qu’elle a refusé. (C’est vrai ! Sinon elle porterait la bague !)

Mais si elle avait refusé, Jack aurait réagi, or là il se conduit en gentleman aimant … Il continue de la chérir … C’est étrange n’est-ce pas ? Qu’a-t-elle bien pu répondre à Jack pendant l’ellipse !?

Félicitations, vous avez réussi à ramener l’attention de votre lecteur à son maximum en plein milieu de votre roman.

Après, il faut assumer …

Bien entendu, créer de l’intrigue c’est bien, l’assumer c’est mieux. Et pour l’assumer vous avez besoin d’une cohérence parfaite.

(D’où l’utilité d’avoir un plan en mithril.)

Dans le cas présent, la famille de Rose étant vraiment très oppressante, elle aurait semé la zizanie dans les préparatifs du mariage de leur fille adorée. Du coup, pour éviter ça, Rose accepte la demande mais ensemble ils décident de préparer leur mariage seuls et de ne prévenir leurs familles qu’au tout dernier moment.

Voilà pourquoi elle ne porte pas sa bague pendant le repas de famille ! Voilà pourquoi il continue de la chérir !
Ahh tout est bien qui finit bien, c’est quand même beau l’amour.

(Vous avez remarqué l’utilité du plan au passage ?)

Les variantes.

Nous l’avons vu, on peut facilement utiliser l’ellipse pour créer de l’intrigue, mais on peut aussi l’utiliser autrement.
On a parlé d’amour, on va parler de choses un peu plus noires. Parlons de meurtre un peu !

Racontons l’histoire de votre héros, on a fait les 50 premières pages du livre. Il est chez lui et il dort paisiblement. Mais voilà qu’un assassin entre par la fenêtre. L’intrus explore les lieux, cherche, puis trouve sa future victime, il s’approche …

Et hop, ellipse.

L’assassin ressort par la même fenêtre… Il remonte dans sa voiture et quitte le quartier sans inquiétude. Le héros, est-il mort ? Ça ne peut tout de même pas se finir comme ça !
Non ce n’est pas possible, il a dû réussir à survivre ! Peut-être s’est-il enfui ? Mais s’il s’était enfui, l’assassin ne repartirait pas tranquillement comme c’est raconté.

Voilà, ici on utilise l’ellipse pour déstabiliser le lecteur. Non seulement on a toute l’intrigue qui se construit de la même manière qu’avec l’exemple précédant, mais en plus, le lecteur n’imagine pas comment il peut lui rester 200 pages à lire si le héros s’est fait tuer.

On joue carrément sur le fait de menacer les mécanismes de l’histoire. Vous ne trouvez pas ça génial ?

À vous de choisir…

Volontairement, je ne vais pas raconter ce qui se déroule dans cette ellipse. Juste pour que vous puissiez ressentir ce que vous-même êtes capable de faire ressentir à votre lecteur avec l’ellipse.

C’est une méthode facile d’utilisation qui a pourtant une efficacité sidérante… N’est-ce pas ?
Non seulement vous allez séduire votre lecteur, mais en plus, vous allez avoir des idées plein la tête.
En d’autres termes, vous allez vaincre la page blanche. 😉

Essayez, et voyez si vos lecteurs rebondissent dessus. Vous m’en direz des nouvelles.

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