Pourquoi ajouter d’autres méchants alors qu’on a déjà un antagoniste qui est super fort ? Tout simplement pour amplifier l’enjeu !

Salut les passionnés, cette semaine on continue de parler des personnages et on va s’intéresser un peu plus spécifiquement aux personnages secondaires méchants.
Aussi appelés …

Les opposants.

Dans la définition, un opposant c’est un objet, une situation ou un personnage qui s’oppose à la quête du héros, rendant alors sa tâche plus difficile.
On va faire l’impasse sur les situations et les objets pour ne nous intéresser qu’aux opposants-personnages dans cet article.

La crédibilité

Vous connaissez mon affection pour les personnages méchants, autant pour l’antagoniste que pour tous ceux qui mettent des bâtons dans les roues au héros. Je ne suis pas sadique, je trouve simplement qu’ils sont beaucoup trop négligés. Du coup quand on a un auteur ou un réalisateur qui les soigne, ça me fait vraiment plaisir !

C’est pour ça que je vous y encourage aussi. N’oubliez jamais : un personnage pour être crédible ne doit pas être un outil. S’il attend qu’on lui donne la réplique pour attaquer le héros sans raison, franchement ça n’a rien d’effrayant.

Alors que si on raconte son histoire, ses déceptions, sa quête, c’est cent fois mieux ! Son désir le pousse à s’attaquer au héros, ça prend tout de suite une dimension plus crédible.

Ne pas confondre l’antagoniste et les opposants

Les opposants ne doivent pas être confondus avec l’antagoniste. (Lire l’article sur l’antagoniste)

J’ai déjà longuement parlé de l’antagoniste qui a souvent l’avantage d’être redoutable, stylé, puissant, charismatique et hyper intelligent, mais sa toute-puissance occulte parfois d’autres personnages qui peuvent se révéler très intéressants pour le scénario et pour créer de l’enjeu.

Quels opposants existe-t-il ?

Faisons un petit tour d’horizon sur ce qui existe dans le registre des opposants.
Déjà, pour éviter la confusion, j’aimerais exclure l’antihéros des opposants.

L’antihéros

L’antihéros, ce n’est pas l’ennemi du héros comme on peut le croire. L’antihéros c’est le personnage central de l’œuvre, mais qui n’a pas les caractéristiques du héros traditionnel. Lâcheté, absences de valeurs morales, égoïsme…

Bref il y a beaucoup à dire sur l’antihéros donc j’y reviendrai dans un autre article.

Revenons à nos opposants, il en existe beaucoup, mais pour faire clair je vais en évoquer trois :

  • Le rival
  • L’ennemi juré
  • L’allié de l’antagoniste

Commençons par le rival

Le rival

Le rival, comme son nom l’indique, entretient une rivalité avec le héros. Ils peuvent être « amis » depuis l’enfance ou s’être simplement rencontrés au moment des péripéties.
Ce qui est sûr c’est que bien souvent, l’adversité ne concerne pas le rival qui n’a que faire du mauvais sort qui s’abat sur le héros et les autres personnages.
Le rival est un personnage ayant une compétence équivalente ou sensiblement plus élevée que celle du héros afin de pouvoir le mettre dans la difficulté à chaque rencontre.

Pourquoi fait-il ça ?

Obnubilé par le fait de briller plus que le héros, il peut devenir un réel danger si son tempérament est excessif. Mensonges, compétition malsaine, triche ou même tentative d’assassinat, tous les moyens peuvent servir pour arriver à sa quête.

Un rival entretient souvent une admiration pour le héros. Une admiration refoulée. Sa faible estime de lui-même l’amène à cette frustration et cette rivalité est vaine. Malgré tout, il espère qu’en dépassant le héros par sa compétence, il pourra compenser sa faible estime de lui-même.

Comment finissent les rivaux ?

J’ai rarement vu un rival finir par l’emporter sur le héros. Ça serait bien souvent contraire à la morale de l’histoire de toute façon.
Considérons alors que le rival finit toujours par perdre la compétition qu’il a pourtant lui-même toujours entretenue.

Après sa défaite, soit il réalise l’absurdité de sa quête, et dans ce cas-là il évolue et gagne en sagesse.
Soit il s’entêtera jusqu’au bout, il commettra l’irréparable et il se fera arrêter ou tuer.

Dans ce cas-là il disparaitra du devant de la scène.

(À moins que … ?)

L’ennemi juré

L’ennemi juré est un personnage très intéressant. Lui aussi représente une réelle menace pour le héros, mais sans esprit de compétition.

Intelligent et déterminé, son rôle dans l’histoire va mettre le héros dans la difficulté à de nombreuses reprises.

Pourquoi fait-il ça ?

L’ennemi juré possède un objectif précis pour des raisons parfaitement caractérisées et très claires. Soit il a l’intention de faire payer le héros (et le héros seul) pour une action qui a eu des conséquences sur lui.

Soit il veut s’en prendre à toute la faction du héros, et en conséquence, au héros aussi. Mais dans les deux cas, ce n’est pas un monstre assoiffé de sang qui s’en prend à tout le monde.
Ses ennemis sont bien définis

Peut-être que le héros lui a volé sa petite amie durant l’enfance ? Peut-être que l’ordre des chevaliers blancs dont fait partie le héros n’est en fait qu’une inquisition brutale et impitoyable et l’ennemi juré cherche à rétablir une vraie justice ?

Les raisons qui poussent l’ennemi juré à agir doivent être clairement définies et connues du lecteur pour créer une tension dramatique.

Comment finissent les ennemis jurés ?

Plusieurs issues sont possibles pour les ennemis jurés.

Une fin bâclée fera que le héros parviendra à vaincre son ennemi juré afin de se débarrasser de lui.

En faisant ça, l’auteur décrédibilisera totalement son personnage d’ennemi juré, car celui-ci se sera lancé dans un combat au péril de sa vie. Ça peut se justifier par une quête de vengeance qui brûle le personnage jusqu’à devenir fou, mais pour un personnage méthodique et intelligent, je trouve ça assez peu crédible.

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  L'importance des personnages

Une issue réussie

Une fin réussie fera que l’ennemi juré décèlera chez le héros une morale injustifiant sa quête du départ. Cette évolution de point de vue pourra lui permettre d’arrêter sa vendetta et de repartir, ou carrément de devenir l’allié du héros.

Ce genre de retournement de situation peut changer le cours des choses dans la lutte du héros dans le scénario global afin de permettre aux gentils de l’emporter. Si c’est bien fait, ça peut faire une très belle surprise, à la fois crédible et renversante.

Cas exceptionnel

Dans des cas exceptionnels, les ennemis jurés peuvent réussir leur quête et vaincre le héros voire toute sa faction, mais dans ce cas-là, il va falloir réussir à changer la morale en cours de route et ce n’est pas chose aisée.

Si vous vous en sentez capable : essayez ! l’évolution de la morale bousculera inévitablement votre lecteur et rendra votre histoire inoubliable.

L’allié de l’antagoniste

Probablement l’un des personnages les plus prévisibles et les moins intéressants. L’allié de l’antagoniste est souvent un personnage-outil, occupant une place d’allié au méchant sans jamais se poser de question.

Pourquoi ?

L’allié de l’antagoniste est hélas un personnage très peu approfondi. Ses motivations ne sont pas évoquées (pour ne pas dire qu’elles sont inexistantes). Quand bien même l’antagoniste serait arrêté ou tué, cet allié continuerait de lutter dans sa quête vide de sens.

C’est un personnage-outil qui ne créera ni crainte ni souvenir mémorable. Après tout, il n’a aucune raison d’être craint, quand bien même on créerait une histoire avec allié de l’antagoniste qui réussirait à tuer le héros, ça n’aurait strictement aucun sens.

Niveau surprise, on serait fort, il faut l’avouer, mais niveau cohérence narrative, ça serait décevant.

Comment finit-il ?

À personnage bâclé, fin bâclée. Celui-ci meurt au détour d’un combat sans importance et sans enjeu, il se fait arrêter ou il est simplement oublié en cours de route … Voilà le genre de personnage que je vous suggère d’éviter à tout prix.

Pourquoi ? Parce que tout ce qui n’est pas indispensable doit être supprimé !

Et les personnages-outils n’ont rien d’indispensables.

Affirmez donc votre position et choisissez entre un personnage qui a un vrai rôle, de vrais projets et des motivations claires, autrement, considérez comme bénéfique de le supprimer tout simplement.

Par contre …

Par contre, puisque nous avons ici une habitude très répandue, pourquoi ne pas s’amuser à créer un opposant allié de l’antagoniste qui a toutes les caractéristiques du personnage-outil en apparence, mais qui cache en fait ses vraies motivations et qui n’est pas là par hasard ? Peut-être qu’il a pour projet de gagner la confiance de l’antagoniste pour aller s’en prendre à l’un de ses proches ?

Ou bien il a des comptes à régler avec un autre opposant ? Avoir des personnages secondaires qui poursuivent leurs propres objectifs au sein même de votre histoire qui a ses propres enjeux, ça crée tout de suite une dimension plus vaste dans votre univers.

Pour varier et surprendre

Nous avons là quelques bases classiques, mais il est inutile de les considérer comme des catégories à respecter scrupuleusement, bien au contraire !

Être écrivain, c’est créer ! Et vous avez tout le loisir d’utiliser ces archétypes pour en faire des personnages totalement opposés.

Quoi de plus beau qu’un personnage qui révèle ses intentions soudainement, et qui fait changer la peur de camp en un instant. Au passage il change totalement l’enjeu du scénario et tout ça par un moyen parfaitement cohérent et prévu depuis le début ?

Une situation renversante ! Autant pour les personnages que pour le lecteur ! Mais si vous voulez réaliser une surprise de la sorte, vous devez bien la définir dès le début afin qu’elle soit crédible.

En d’autres termes, vous avez besoin d’un plan.

Mais vous chers compagnons d’écriture ? Qu’en dites-vous ? Comment utilisez-vous ces opposants ?

Spoiler Alert !

J’ai une petite anecdote à vous raconter … Avez-vous vu la saga Matrix ? Attention, je vais dévoiler la fin du scénario de Matrix 1, 2 & 3 dans les lignes qui suivent. Arrêtez la lecture ici si vous ne voulez pas la connaître.

Dans la saga Matrix, l’adversité c’est justement la matrice. L’âme de la machine qui a transformé les humains en esclavage. Le but du personnage principal et de ses compagnons, c’est de justement lutter contre cette mise en esclavage afin d’être libres. Noble combat !

Dans Matrix 1 et 2, nous avons Neo le héros qui lutte donc contre la Matrice, mais qui est aussi confronté à un rival : l’agent Smith.

Au fil du temps, l’agent Smith devient de plus en plus redoutable et trouve même le moyen de se multiplier, rendant alors sa capacité de nuisance exponentielle. Si bien qu’il finit par menacer la matrice elle-même.


Matrix 3 termine son scénario entier sur ça : l’adversité (La Matrice) accepte l’aide de Neo (Le héros) pour vaincre l’agent Smith. L’agent Smith, je le répète, n’est que le rival de Néo au départ. Sauf qu’il devient une menace tellement grande que l’adversité elle-même s’associe au héros pour lutter contre ce rival devenu beaucoup trop dangereux. Pas mal comme surprise vous ne trouvez pas ?

Beaucoup de gens disent que Matrix 3 est une catastrophe d’un ennui mortel. Pour ma part, je trouve que cette fin a le mérite d’être travaillée ! Elle est loin des sentiers battus.

J’ai vraiment apprécié me faire surprendre par ce dénouement. Et vous ? Qu’en avez-vous pensé ?

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