Salut les passionnés, cette semaine un article hors sujet ! On ne va pas parler d’écriture on va parler de voyage.

En effet, cet article participe à l’événement interblogueurs  » le voyage qui a changé ma vie ” du blog d’une famille expatriée au Québec : Stalimapics. J’apprécie beaucoup ce blog et en fait mon article préféré est « Les 6 avantages de l’expatriation pour les enfants »

Donc comme je le disais, pas d’écriture cette semaine, je vais simplement vous raconter mon voyage qui a changé ma vie. Ce sera donc pour vous l’occasion de me connaître sous un autre angle, pas celui qui parle de scénarios, cette fois-ci c’est moi qui part à l’aventure !

Arrivée en Grèce

Nous sommes fin septembre 2018, l’avion atterrit à Thessalonique, au nord de la Grèce. L’idée était de profiter à fond ! Farniente ! Spa, piscine, plage, quelques visites, mais surtout détente !

En plus je sortais d’un début d’année particulièrement difficile au travail donc mon épouse avait eu la bonne idée de réserver ce lieu magnifique.
Car une fois l’avion atterrit, les bagages récupérés, on prend la voiture et après plus d’une heure de route, nous arrivons à un hôtel au top du top.

Mon épouse est douée pour dénicher les coupons, les promotions et les bons plans sur Internet. Ce qui fait que pour un prix plus que raisonnable, nous avons une chambre au Dion Palace, un hôtel qui mérite de s’appeler Palace.

Chaque matin je vois le mont Olympe …

On est là pour 10 jours, autant prendre nos aises ! Tout s’y prête, le personnel est agréable, la mer est chaude malgré septembre.
Mais quelque chose me tâte… Vraiment, ça s’est fait sur place. L’idée a fait son chemin en quelques jours …

Chaque matin, on a le plaisir de manger avec la vue sur la mer Égée … Mais surtout, de l’autre côté de l’horizon, nous voyons la montagne. Et pas n’importe laquelle ! Celle des Dieux ! Le mont Olympe !

Je me renseigne sur Internet…

Une lubie ? Un besoin vital de sortir de ma zone de confort ? Un instinct ? Un appel de la nature ? Je n’en ai aucune idée. Ce qui est sûr, c’est que j’étais armé d’une blanche détermination.

Les avis sur Internet disent que gravir le mont Olympe se fait facilement. Aucun équipement d’escalade n’est nécessaire. Tant mieux ! Parce que je n’ai rien de tout ça ! Après tout, je suis venu pour me détendre, pas pour gravir le plus haut sommet de la Grèce …

En précision, les informations que j’ai trouvées sur Internet indiquent qu’il est préférable de faire l’ascension en deux jours et de dormir dans un refuge à mi-parcours.

Les plus téméraires pourront le faire en une seule journée, mais attention, se faire surprendre par la nuit est un réel danger. Hormis ça, c’est presque une promenade.

Je n’ai pas envie d’abandonner ma femme seule à l’hôtel pendant deux jours, je décide de faire ça en un seul jour.
Je lui promets de ne prendre aucun risque, si toutefois je me mets à avoir peur de quoi que ce soit, je fais demi-tour et je rentre à l’hôtel.
On se couche là-dessus … Je suis à la fois décidé et terrifié. Excité comme un enfant !

Mauvais départ …

Cette nuit-là, je ne sais pas quel match s’est joué, mais il y avait au moins une cinquantaine de supporters russes particulièrement bruyants qui ont tourné à la Vodka jusqu’à ce que mon réveil sonne …

Je me lève en ayant peut-être dormi une demi-heure et mon épouse m’annonce que sans avoir dormi c’était vraiment dangereux.
Une promesse est une promesse … Je me dois de l’honorer. Je repousse le départ.

D’autres renseignements

Je profite de ces quelques jours supplémentaires à l’hôtel pour questionner tous les touristes qui seraient prêts à faire l’ascension avec moi.
Hélas, je n’essuie que des refus. J’ai oublié de le dire, mais mon épouse, même si elle me soutient dans mes projets, n’était pas prête à se lancer dans un périple aussi dingue.

Je me renseigne là où j’aurais peut-être dû le faire dès le départ : auprès de l’hôtel. Là-dessus, la réceptionniste est catégorique : aller à Mytikas (le sommet) c’est suicidaire.

Personne ne fait ça ! Faire des randonnées dans la montagne oui, mais le sommet c’est quelque chose qu’il ne faut pas faire ! Plein de touristes y ont laissé leur vie ! Oh non ne faites pas ça vous n’en reviendrez jamais vivant …

Voilà qui met dans de bonnes dispositions … Des avis anonymes sur Internet ? Ou bien la réceptionniste de l’hôtel qui habite ici depuis 45ans ? Bon, j’accepte que ce soit peut-être un brin plus difficile que je l’estimais. Je concède une journée et je réserve une nuit au refuge.

Bon départ

Vient le jour J, le vrai, celui où j’ai pu dormir. Beau temps, pas de vent, pas un nuage dans le ciel… Idéal pour partir. Je pars.

Vêtu d’un jean, d’un Tshirt et d’un chapeau je me mets en route ! Mon excès de prudence m’a tout de même conduit à emporter 2 pulls et un coupe-vent dans mon sac au cas où, mais bon, vu comme il fait chaud, ça va certainement plus m’encombrer qu’autre chose.

Je quitte l’hôtel avec la voiture de location, je roule sur des routes sinueuses pendant 40 minutes et enfin, j’arrive à ma destination : Prionia.

Je laisse la voiture

Ce n’est pas ma destination par hasard, c’est ici que la route s’arrête. C’est donc ici que je laisse la voiture et je continue vers le sommet à pied.
Nourri, hydraté, reposé et déterminé comme jamais, je commence l’ascension. Il est 15h, il fait beau temps et sur Internet, il est indiqué qu’il faut compter environ 3h de marche pour aller de Prionia jusqu’au refuge.

À l’aise ! Je respire à plein poumon et je sors de ma zone de confort. Me voilà seul, seul dans un pays que je ne connais pas, dans un lieu que je ne connais pas à me lancer dans un périple dont j’ignore presque tout … Et petit bonus de stress, aucun téléphone portable ne fonctionne dans la montagne. Inutile d’espérer appeler les secours.

Mais envisager les scénarios catastrophes ne permet pas d’avancer sereinement, au contraire. Je me réconforte en me rappelant que j’ai lu quelque part -toujours sur Internet- que 89% de nos peurs sont basées sur notre imagination et que seulement 11% représentent un danger réel. Fort de cette certitude, je peux foncer ! Ça passera neuf fois sur dix !
Et puis au pire, une fois de temps en temps, je serrerai les dents !

(J’ignorais que cette fois-ci, j’allais serrer les dents.)

Mais finalement, le paysage est tellement verdoyant et envoutant que mes inquiétudes disparaissent. Je me sens bien. Les sentiers montent progressivement, mais aucun risque de chute. Je marche à l’ombre de la végétation, l’odeur des arbres et de la nature … Ah comme c’est beau la nature !

Après plus d’une heure et demie, je décide de m’arrêter, je trouve un endroit parfait pour ça. Un plan, un banc … J’ouvre mon sac, je bois un peu, je grignote un biscuit ou deux. J’observe le plan et je constate que j’ai fait plus des trois quarts du chemin avant le refuge. Ils avaient raison sur Internet, il n’y a pas de quoi s’inquiéter !

Je reprends la marche, un peu fatigué c’est vrai, mais j’avance tout de même à un rythme correct. À chaque fois que je croise des gens, je les salue et m’adresse à eux.

Je suis bien dans la bonne direction pour aller au refuge ? Oui c’est bien par là, vous y êtes presque ! Courage ! me répondent-ils avec sympathie. Les gens s’expriment en anglais, mais leur bienveillance est universelle.

Lorsque je ne croise pas des guides touristiques, ce sont des promeneurs que je dépasse. Il paraît qu’on voyage toujours plus vite quand on est seul.
Il faut croire que c’est vrai, car quand j’aperçois enfin le refuge je regarde l’heure et je constate que j’ai fait le chemin en 2h20. Plutôt rapide, je suis fier de moi !

Arrivée au refuge

Je pousse la porte du refuge, celui-ci est surpeuplé. Pourtant on est pas en été. Je me fraye un passage jusqu’au réceptionniste, j’annonce mon nom et un type plutôt froid est chargé de m’emmener jusqu’à ma « chambre ».

Sur le chemin il m’annonce qu’il est interdit de fumer et de manger dans les chambres. Il faut laisser les chaussures dans l’entrée et il faut économiser l’eau de la douche, car il n’y a pas l’eau courante. Le refuge n’est alimenté en eau que grâce à la neige fondue. Ah oui, l’eau chaude n’est pas disponible non plus. Voilà qui est dit, je passe d’un hôtel 5 étoiles à ça… Ça fait son effet.

J’arrive alors à ma chambre … qui n’a rien à voir avec celle de l’hôtel. C’est une chambre certes, mais avec 5 lits superposés, soit 10 lits en tout. Oh un dernier détail, les chambres ne sont pas chauffées non plus. Heureusement il y a 3 couvertures par lit. Ça fera l’affaire. Bon… Je ferai avec. Je pose mes affaires sur un matelas vide et je retourne dans la grande salle surpeuplée.

Premières conversations

Je profite d’un tout petit pourcentage de Wifi pour envoyer un message sur WhatsApp à mon épouse pour la rassurer. « Je suis bien arrivé au refuge. Tout s’est bien passé, mais c’était la partie facile. Le plus dur reste à faire, mais je te promets que je serai prudent. Profite bien de l’hôtel et du SPA mon amour, à demain soir ! »

Le message peine à partir, mais après plusieurs tentatives, il est expédié. Voilà ! Ma chérie va être rassurée.
Je m’ouvre alors aux personnes présentes dans la salle. C’est une pièce chauffée à la cheminée. Les gens sont tous venus en groupes, ou au moins en couple. Je suis manifestement le seul voyageur solitaire, mais ce n’est pas grave, j’ai tendance à être sociable, je discute avec une jeune femme qui avoisine les 60 ans, venus avec ses filles.

Après quelques échanges sur ce qu’on fait dans la vie et la beauté des lieux, j’aborde le sujet qui fâche : le sommet.

Le sommet c’est la mort !

L’avis de cette femme est confirmé par toute sa famille : aller au sommet est très risqué ! Surtout sans casque, sans cordages ni équipement anti-chutes !
Holala, mais je croyais qu’on pouvait gravir le mont Olympe sans ça et que c’était facile. Je commence sérieusement à m’inquiéter. Je ne compte tout de même pas risquer ma vie à ce jeu-là !

Peter & Mark

C’est alors, pendant que le doute se met à m’envahir, qu’arrivent non pas un, mais deux sauveurs. Deux Irlandais, ils s’appellent Peter et Mark. Deux types d’une quarantaine d’années, Peter a les cheveux bouclés en bataille, Mark a le crâne rasé. Souriants et sympathiques, ils engagent la conversation.
Ces deux types-là allaient être les meilleurs compagnons de route qu’il m’était permis d’avoir.

Ils avaient déjà gravi l’Elbrouz (5642 mètres), le Kilimanjaro (5895 mètres) et se préparaient pour l’Everest (8848 mètres)
Forcément, pour eux, Mytikas faisait figure de promenade avec ses 2918 mètres de haut.

Quand je leur demande leur destination, ils m’annoncent fièrement le sommet ! Où d’autre pouvons-nous bien aller ?

Ahhh ! Quel plaisir de rencontrer enfin quelqu’un qui valide mon point de vue ! Il est donc possible de gravir ce fameux Mont Olympe !

Je me commande un gros plat de pâtes et je dîne avec mes deux nouveaux camarades. Je ne résiste pas à l’envie de leur demander un coup de main.
Voyager seul c’est faire preuve d’audace, mais là, j’ai préféré saisir la main que me tendait le destin. Je leur demande si je peux les accompagner jusqu’au sommet.

Sans même se regarder l’un l’autre, ils me répondent spontanément que oui, avec plaisir.
J’évoque le fait que c’est considéré comme dangereux par beaucoup de gens, et à ceci, Mark m’a répondu une phrase qui restera gravée dans ma mémoire.

« Tomorrow, we will reach to the top, or we will die trying »

Comprenez par là : « Demain, on atteint le sommet, ou on mourra en essayant. »

Nombreux sont ceux qui n’aiment pas ce genre d’annonce spectaculaire qui dédaigne l’infortune, mais moi, ça me met un la motivation à fond !

Le repas terminé, on continue de discuter un peu, mais rapidement ils partent dormir. On se donne rendez-vous à 5h30 dans cette même salle pour petit déjeuner afin de partir au levé du jour, c’est-à-dire à 6h00. Peter et Mark disparaissent et la salle semble soudainement bien vide sans eux.

Il est encore tôt, peut-être 21h30, j’ai mis mon corps à rude épreuve durant cette journée, je décide d’aller dans ma chambre également. Après tout demain c’est une grosse journée qui m’attend.

Je me couche

Je m’installe dans mon lit et la fatigue ne se fait pas attendre. J’active le réveil … Je pose ma tête sur l’oreiller et je ferme les yeux.
Ça y est, les bras de Morphée … Plus de son, plus d’image…

Pendant 10 minutes seulement. La porte s’ouvre et 4 personnes investissent la chambre, ils installent leurs affaires et prennent place dans leurs lits, ils sont aussi discrets qu’un troupeau d’éléphants.

J’attends … Ils finissent par se coucher. Je ferme les yeux … Ça y est, les bras de Morphée … Plus d’image … Mais j’ai encore le son. L’un d’eux se met à ronfler. Oh l’horreur, il est encore plus bruyant que lorsqu’il installait ses affaires !

J’écrase l’oreiller sur mes oreilles afin de parvenir à m’endormir, mais rien n’y fait. Je me dis qu’il va bien finir par changer de position et s’arrêter de ronfler.
Mais lorsque ça se produit enfin, il fait plus de bruit encore ! C’est bien ma veine, j’aurais dû emporter des bouchons d’oreilles. Hélas je n’ai pas ça, je serre ma tête entre l’oreiller et le matelas tel un étau …

Les personnes qui ont lu cet article ont aussi lu :  Les types de personnalités masculines.

Je descend de mon lit et je lui tape sur l’épaule afin de lui demander de se mettre sur le côté, sur le ventre ou comme il veut, mais qu’il s’arrête de ronfler. Je me fais comprendre comme je peux sans savoir dire « ronfler » en anglais au passage.

À peine vingt secondes plus tard, il ronfle de plus belle. Et il est bientôt rejoint par deux de ses camarades … C’est un véritable concerto ! Je pense que j’aurais eu un appareil à mesurer le bruit cette nuit-là, j’aurais pu battre un record.

La pire nuit ?

Il existe des nuits où on dort mal, voire très mal. Hé bien celle-ci n’a rien à voir avec ça. Je n’ai tout simplement pas dormi du tout. Si on fait exception des quelques minutes d’endormissement que j’ai savouré avant de recevoir mes camarades de chambre, je n’ai vraiment pas réussi à m’endormir toute la nuit.

J’ai vu toues les heures passer sur mon portable… Je remets à nouveau en question l’ascension. Après tout, gravir cette montagne avec une nuit blanche dans les yeux, ce n’est vraiment pas prudent, et encore une fois, une promesse est une promesse.

J’hésite … Je me tourne et me retourne, j’en ai mal au crâne tellement les ronflements sont forts, ça ressemble plus à des hurlements qu’à de la respiration …

« Réveil »

Oui je met « réveil » entre guillemets car je n’ai pas eu à me réveiller d’une certaine manière. Inutile d’attendre que le réveil sonne, 30 minutes avant l’heure, je sors du lit, je réunis mes affaires dans l’obscurité. Je quitte la chambre qui est toujours aussi assourdissante.

Dans le couloir, je retrouve Mark. Il me demande si j’ai bien dormi, à ceci je réponds la vérité. Il rit en me disant que lui non plus n’avait pas très bien dormi.
Néanmoins, il n’a pas l’air de remettre en question tout le voyage pour une simple nuit blanche. Décidément, j’admire sa détermination et je me sens faible et fragile avec ma prudence et mes incertitudes, un peu comme un disciple en présence d’un maître.

J’évite la case « douche froide », la nuit a été bien assez difficile comme ça. Je me brosse seulement les dents et rejoins la salle où je retrouve mes deux compagnons pour le petit déjeuner.
Je discute un peu avec eux, toujours en proie au doute sur le fait d’y aller ou non, mais pas eux. Eux sont décidés.

Une occasion pareille ne se présentera pas deux fois. J’assume tout mon courage et je fais mon choix : c’est décidé, j’irai au bout.

Départ !

Je me souviens qu’il était 6h04 et qu’il faisait 4°C quand nous avons quitté le refuge. Une température idéale pour ne pas qu’il y ai de givre au sol.

D’après les informations que j’avais, il fallait compter entre 4 et 5h de marche et d’escalade entre le refuge et le sommet. Avec les pauses, on pouvait donc espérer arriver vers midi.

Ce que je pensais être un excès de prudence m’aura probablement sauvé la vie, car en tshirt je n’aurais jamais pu surmonter la difficulté qui m’attendait ce jour-là. Un Tshirt, mes deux pulls, mon coupe-vent et mon chapeau … Croyez-moi, malgré tout ça j’étais gelé.

La météo était beaucoup moins clémente que la veille. Du vent, des nuages (qu’on peut appeler brume, car on est en plein dedans) et du froid… Oh les dieux de l’Olympe m’ont mis à l’épreuve.

Je ne suis pas un guerrier indestructible, mais je pense pouvoir dire que je ne suis pas trop chochotte non plus. Pourtant, cette étape aura été d’une difficulté qui n’a rien à voir avec tout ce que j’ai connu auparavant.

J’ai passé 4 ans de ma vie en tant que pompier volontaire, j’ai surmonté les entraînements des casernes. J’ai couru un semi-marathon, j’ai pratiqué des arts martiaux et du parkour (Les fameux Yamakasi), hé bien je vous garantis que tout ce que j’ai fait comme sport dans ma vie n’avait rien à voir avec ce jour-là.

C’était difficile parce que l’effort était extrêmement long. Il ne s’agissait pas de tenir une heure à une intensité importante non, il s’agissait de tenir 8 heures, avec les courbatures suite à l’effort de la veille et bien sûr, rappelons-le, la nuit blanche …


À ceci s’ajoute la météo, j’avais l’impression que le vent me transperçait, littéralement.

Je vous avais dit que sur la première partie du voyage, je parlais avec les guides et les touristes que je croisais. Ici, les seuls types qu’on croise ont tous des carrures d’athlètes, ils sont tous munis d’équipements d’alpinisme ou d’escalade et surtout, surtout, ils sont tous habillés de parkas, de doudounes chaudes, de gants… Bref, ils sont armés pour l’endroit.

Je suis le seul imbécile à mains nues avec un vulgaire imperméable… Et ce n’est pas le pire. Le pire, c’est qu’on commence à grimper.

On grimpe !

Les chemins prennent fin et laissent place à une ascension quasiment verticale. La roche est glaciale et quelques minutes plus tard, je ne sens plus mes doigts.

Mes deux compagnons grimpent plus vite que moi, affûtés par leurs nombreux périples et aidés par leur équipement adapté, ils sont obligés de m’attendre.

Je n’aime pas être le boulet du groupe, je redouble donc d’efforts, j’ignore la douleur, je serre les dents et je maintiens la cadence. L’ascension continue pendant un temps que j’ai du mal à définir. Une heure ? Deux ? Peut-être plus ?

Ce qui est sûr, c’est que pour moi c’était une éternité.

Et dans cette éternité, ignorer la douleur a vite présenté ses limites : car que quand on ne sent plus ses doigts, comment s’accrocher ? Je finis par ne même plus sentir mes mains et je m’accroche avec mes coudes pour continuer l’ascension.

Je n’oublie pas ma promesse… Si ça devient dangereux, je rentre. Sauf que là, qu’est-ce qui est plus dangereux ? Rentrer seul ? Refaire l’escalade dans l’autre sens sans les mains ? Ou bien aller jusqu’au bout en étant accompagné ?

En regardant en dessous de moi, je ne vois pas le sol. En regardant au-dessus, je ne vois pas le sommet … La brume m’empêche de voir à plus de quelques mètres à peine.

Je pense qu’il est inutile de préciser qu’en cas de chute dans cet endroit, mes chances de survies sont proches du néant.

Petite pause …

Un petit renfoncement nous permet de nous assoir et ils remarquent mon état de congélation avancé.
Peter me prête sa parka et Mark me prête ses gants … Je reste assis quelques instants à dévorer une tablette de chocolat et je reprends des forces. Le vent continue de hurler et la brume est toujours aussi épaisse.
Je me réchauffe … Ah, mes deux compagnons de route, vous êtes vraiment mes sauveurs ! Je ne sais vraiment pas comment j’aurais fait sans vous.
Derniers mètres

Nous reprenons l’ascension, mais je reste entre eux deux. Les dernières heures étaient ponctuées soit par des phases d’escalades soit par de la marche sur des crêtes. J’ignore quelle phase était la plus stressante.

Lorsque j’escaladais, j’avais l’impression de continuer de lutter contre l’épuisement. Et lorsque je marchais sur des crêtes larges de 20 centimètres, je savais qu’une chute, peu importe le côté, était synonyme de mort, j’avais donc l’impression de jouer ma vie à chaque instant.

Si vous n’avez pas peur du vide, cliquez ici pour voir de quoi ça avait l’air.

Lors d’une de ces phases d’escalade, j’ai pu voir une plaque commémorative donnant un nom, un prénom et une date. Une personne avait chuté ici en 2006. Il y avait sa photo aussi. De quoi rappeler qu’on ne joue pas avec la montagne.

Parlons un peu des rencontres. Je vous disais qu’au début du voyage, je croisais tout type de gens. Ensuite, je ne croisais que des sportifs bien équipés … Hé bien ici, les rencontres se sont raréfiées encore. Nous n’avons croisé qu’un couple sur lors des derniers mètres avant le sommet… sinon c’était un lieu désert. Heureusement que je n’étais pas totalement seul dans cet endroit, je ne sais pas comment j’aurais affronté la solitude.

Au sommet


Après une dernière phase d’escalade … Le fruit de nos efforts. Persévérance et longueur de temps… Nous atteignons enfin au sommet !

On raconte que depuis le sommet du mont Olympe, en regardant vers le Nord on peut voir la Macédoine et l’Albanie. Malheureusement avec cette brume, impossible de voir quoi que ce soit.

Nous savons que c’est le sommet grâce à un drapeau rigide, mais c’est tout. On prend une nouvelle pause, on mange, on se félicite, on prend des photos et surtout on célèbre l’évènement !

On décide de redescendre

Le moment de gloire passé, on décide de rejoindre la civilisation.

La descente est tout aussi terrifiante que la montée, mais moins éprouvante. Je garde en tête que c’est ici qu’a lieu le plus grand nombre d’accidents, au moment où on est moins attentif.

Je procède donc avec prudence, l’escalade, les crêtes, l’escalade, les crêtes et l’escalade à nouveau.

Puis enfin, les longs chemins de pierre.

J’avance d’un pas décidé. J’ai hâte de rejoindre mon épouse qui m’attend. En plus on a réservé le SPA pour récupérer après cette aventure.
Mes compagnons eux, prennent leur temps, ils continuent au même rythme que pendant la montée. Ils font des pauses régulièrement, ils prennent des photos, ils profitent du moment.

Et ils ont raison, c’est un lieu magnifique qui mérite de prendre le temps de l’observer.

Ils finissent par remarquer mon impatience et me recommandent de partir seul devant, car le danger est passé. « Vas-y, ne nous attends pas, tu as une femme qui t’attend en bas ! » Nous échangeons nos adresses email afin de rester en contact et nous nous serrons la main.

Ils m’annoncent qu’ils ont admiré mon courage, mais que néanmoins ils ont eu vraiment peur pour moi à un moment donné durant l’escalade.
Je leur avoue aussi avoir eu peur pour ma vie. Je leur adresse toute ma reconnaissance, car ce périple n’aurait jamais pu être fait sans leur aide.

À nouveau seul

Un dernier signe de main, et je pars. La descente se fait d’une manière beaucoup plus agréable, le soleil se manifeste.
Je recommence à croiser des touristes et je prends plaisir à discuter avec eux. Quand je leur annonce revenir de Mytikas, certains disent que je suis fou, d’autres me demandent le chemin.

Je continue ainsi la descente et j’arrive au refuge. Je profite du Wifi pour envoyer un message à ma bien-aimée pour lui annoncer que j’ai réussi à atteindre le sommet et que je suis sur le chemin du retour sain et sauf.

Du refuge à Prionia

La route entre le refuge et Prionia m’a semblé particulièrement longue, la veille elle ne m’avait prit que 2h20 en montant, là en redescendant elle m’a semblé interminable. J’avais certainement cumulé beaucoup de fatigue et de sommeil.

Je laisse derrière moi des chemins de pierre pour retrouver des chemins de terre traversant la forêt. La pente est sévère et les genoux me lancent, mais rien de bien méchant, surtout comparé à ce que j’ai supporté plus tôt dans la journée.

Je retrouve enfin la route, la voiture. Le confort d’un siège … Il ne faut pas que je m’endorme ! Les routes sont encore dangereuses …
Je reste attentif, puisant dans mes réserves, je roule et j’atteins l’hôtel sans incident.

Retour à l’hôtel … fier et épuisé …

Hélas j’arrive un peu en retard, ma chérie a été au SPA sans moi, il y avait un rendez-vous à respecter. Ce n’est pas grave, je file dans notre chambre, je me prends une douche que j’ai vécue comme une extase.

Je retrouve ma bien-aimée à la réception, je lui raconte mon périple et nous allons ensuite dîner … J’ai mangé pour dix ! Et ensuite j’ai dormi comme une enclume.

Mon épouse m’a dit que ce soir là, j’ai parlé pendant mon sommeil. Apparemment j’avais peur de tomber …
Je me demande bien pourquoi …

Pour finir …

Voilà chers passionnés, c’était un plaisir de revivre cette aventure en vous la racontant. J’espère qu’elle vous aura plu.

N’oubliez pas, si vous envisagez de faire ce sommet, équipez-vous en conséquence. Ne faites pas la même erreur que moi, ne sous-estimez pas la nature, on y joue vraiment sa vie donc vraiment faites preuve de prudence et évitez d’y aller seul. En d’autres termes, je ne suis vraiment pas un exemple à suivre ! Maintenant que je mesure la difficulté, si je refais le mont Olympe aujourd’hui, je ferai en sorte d’y aller accompagné.

J’insiste sur le fait que j’ai été aidé une fois à mi-parcours, et j’ai été aidé par des experts. Sans eux, soit j’aurais fait demi-tour, soit j’y aurait laissé ma vie. si vous vous lancez seul, vous n’aurez peut-être pas la chance de rencontrer des compagnons aussi extraordinaires.

En conclusion …

Pour terminer ce carnaval d’article qui porte sur le thème du « voyage qui a changé ma vie » je peux dire que cette ascension aura été un voyage qui a changé ma vie. Si je dois tirer une conclusion de ce périple, je dirai que c’est une épreuve qui m’aura appris à souffrir.

Je sais que la vie est une série d’épreuves, une série de souffrances. Mais vivre, ce n’est pas attendre de ne plus souffrir ; vivre c’est apprendre à être heureux malgré la souffrance. D’une certaine manière ce voyage m’a permis de le faire, même si j’étais dans la souffrance, j’ai aussi ressenti énormément de joie à vivre tout ça.

Une aventure que je me souviendrai probablement toute ma vie.

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