La deuxième origine du syndrome de la page blanche, c’est l’absence de contrainte. Vous êtes devant votre feuille blanche et rien ne vous vient. Pourtant, d’habitude vous êtes inspiré ! Vous avez plein d’idées, des combats dantesques, des scénarios de fous. La nuit il vous arrive même de rêver de vos personnages. (Ça existe, ça m’est arrivé ! Et j’vous explique pas l’ambiance quand j’ai prononcé le prénom d’une autre femme dans le lit.)

Bref vous êtes dans cette phase de créativité intense, vous êtes en confiance. Et pourtant, quand vous êtes sur votre poste de travail, c’est le blackout. Plus rien. Vous avez beau essayer de forcer l’inspiration, il n’y a rien qui vient. Là encore, je vais donner les astuces qui débloquent cette situation.

La comparaison stylée !

Si je dois faire une comparaison stylée, essayez d’imaginer ceci : On s’installe vous et moi dans un café. Soudain je vous dis : « Aller, vas-y parle ! » Vous risquez de me répondre : « Euh Thibault, tu veux que je parle de quoi ? » J’ai pas raison ? Alors qu’à l’inverse, si m’adresse à vous en disant « Parle-moi de ton métier, raconte-moi ce que tu fais dans la vie. » Soudainement, la conversation va aller bon train. Pourquoi ? Parce qu’elle a été cadrée. Et c’est super important, parce qu’avec vos idées c’est la même chose.

Quand vous vous mettez devant une page blanche et que vous vous imposez d’écrire. Vous vous demandez à vous même de parler sans vraiment définir quoi. Vous forcez vos idées à venir, ça ne peut pas marcher.

Première contrainte : Le point précis.

Vous devez commencer par imaginer votre scène sur un point très précis, peu importe lequel tant qu’il est bien défini. Par exemple, vous pouvez commencer par décrire la décoration du lieu. Des murs de pierre, des tapis, des lits baldaquin, des chandeliers éteint… Oh quoique, allumés pourquoi pas ? Finalement, ça peut se passer la nuit ? Et pourquoi pas avoir un courant d’air froid qui donne un mouvement aux rideaux ? Ce courant d’air, il peut venir d’une porte laissée ouverte ? Mince, un intrus pourrait être entré ?

Voilà le genre de pensées qui me viennent lorsque j’applique cette règle. Ensuite libre à vous d’écrire votre scène d’une manière « Zoom », c’est-à-dire d’un point de vue lointain qui s’approche vers l’action. Ou bien de faire l’inverse : « du dézoom » en commençant par le cœur de l’action et reculer pour que le lecteur réalise ce qui est en train de se passer.

Par exemple : Une arme cachée sous un manteau. Vous reculez votre narrateur jusqu’à révéler l’identité du personnage. Vous reculez jusqu’à voir qu’il porte des vêtements de la faction ennemie. Le lecteur comprend qu’il va tenter un assassinat. Vous reculez jusqu’à voir la place publique. Vous reculez encore jusqu’à voir l’ennemi de votre personnage en train de rire, la garde baissée, sans savoir ce qui lui arrive dessus.

En appliquant ça, les idées vont venir. Pourquoi ? Parce que c’est cadré. Vous ne pensez plus d’une manière générale, vous réfléchissez sur un seul détail à la fois. Donc votre meilleure arme, c’est la précision de vos pensées.

Ceci est une solution simple, claire, utilisable immédiatement et propice à déclencher l’inspiration. J’espère qu’elle vous sera utile, je l’appelle “La contrainte du point précis”

Je vais vous en proposer cinq autres.

— La première, c’est c’est celle du point précis. C’est fait.
— La deuxième : Le plan.
— La troisième : La petite pierre à l’édifice.
— La quatrième : L’évolution émotive.
— La cinquième : Le changement de décor.

Deuxième contrainte : Le plan.

Si vous avez suivi mon article sur Le Scénario, le cadre de votre scène est déjà établi. Si vous avez loupé cet article, je ne vous félicite pas ! Mais j’vais vous dire quoi faire quand même. Commencez simplement par définir où commence et où se termine votre scène. Avec votre début et votre fin.

Le simple fait de réfléchir à ce qu’il pourrait se passer entre les deux va déclencher les idées. De plus, ça évite les hors sujets, ça évite de se perdre en route. Écrivez ensuite les étapes que vous voulez inclure. Dès que c’est chose faite, l’affaire est faite, vous n’avez plus qu’à faire de belles phrases. Un exemple d’un plan pour l’une des premières scènes de mon futur roman …

(Début de scène : Les militaire quittent leur base)
1 — Le convoi militaire quitte la base.
2 — Il roule sur plusieurs kilomètres.
3 — Il arrive dans un village.
4 — Les villageois sont méfiants.
5 — Les militaires fouillent les maisons et pillent les ressources.
6 — Les villageois se laissent faire.
7 — Parmi les militaires se trouve le héros, c’est un agent double.
8 — Il est complice des villageois et les a prévenus de leur arrivée.
9 — Le héros s’occupe de fouiller là où se trouvent des biens compromettants tout en faisant mine de ne rien voir.
10 — L’affaire ne se passe pas comme prévu, son chef remarque les biens compromettants.
11 — En guise de punition exemplaire, un villageois exécuté sur la place publique.
12 — L’intervention du héros permet aux autres villageois de n’avoir qu’une seule victime et de garder leur nourriture.
13 — Le convoi repart avec seulement une partie des provisions.
14 — Le héros culpabilise, il vit ça comme un échec.
15 — Il se réconforte en se disant au moins que sa couverture n’est pas compromise… Pas encore …

(Fin de scène : Retour à la base)

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Une fois les étapes bien établies, vous n’avez plus qu’à écrire. C’est beaucoup plus simple. On sait d’où on vient, on sait où on va. On sait ce qui doit être dit et à quel moment. Ensuite tout roule. Ce sera aussi plus agréable pour votre lecteur. Naturellement, vous allez découper votre scène en paragraphes.

3eme contrainte : La pierre à l’édifice.

Écrire une scène, c’est apporter une pierre à l’édifice qu’est votre scénario. Il faut que toutes les scènes que vous écrivez apportent un élément à votre histoire. Si vous avez une scène trop éloignée de votre scénario, demandez-vous : Est-elle vraiment indispensable ? Si ce n’est pas le cas, supprimez-la.

Dans cette scène, un changement doit avoir lieu. Cette évolution va avoir des conséquences sur le scénario. Vous devez donc la décrire, en appuyant sur les points qui vont avoir des répercutions. Que se passe-t-il dans votre scène ? C’est une relation qui se dégrade ? Alors quelle conséquence ça va avoir dans le futur ? Un personnage qui libère un prisonnier ? Quelle action va faire ce prisonnier ? Il faut que votre scène apporte sa pierre à votre scénario global, c’est indispensable. Si ce n’est pas le cas, alors vous êtes “Hors-Sujet”

Cumulez ainsi plusieurs scènes qui vont avoir des conséquences nombreuses sur un dénouement important et vous obtiendrez des Climax ! Ces scènes aux enjeux si décisifs sont la conséquence de nombreuses petites scènes apportant leur pierre à l’édifice.

Appliquez-le avec soin, vous obtiendrez digne de la Bataille du Gouffre de Helm ! Plusieurs points de vue qui présentent des lieux différends dans la bataille. Des personnages attachants qui luttent contre une adversité gigantesque avec chacun leur préparation au préalable. Bref, c’est sensationnel ! Je ne vous cite pas la référence de la Bataille du gouffre de Helm, je sais que vous êtes des gens cultivés.

4eme contrainte : L’évolution émotive.

Pour donner de la couleur à votre histoire, je vous suggère celle-ci. Elle consiste à commencer votre scène sur une émotion et finir la scène sur une autre, très différente.

Un exemple ? Le film dérive mortelle. La fameuse scène où tout le casting se met à l’eau. Ça commence sur un sentiment optimiste, puis ça termine par une très mauvaise surprise. Ça accentue le côté dramatique.

L’inverse est possible aussi. Commencez par de l’appréhension et finissez sur une bonne surprise, ça va bousculer votre lecteur qui appréciera la politesse. Ne faites surtout pas du monocorde, vous allez vous ennuyer et votre lecteur aussi. Personnellement je préfère les Montagnes Russes au TGV, pas vous ?

Pour vous aider à choisir, vous pouvez utiliser la roue des émotions du psychologue américain Robert Plutchik.

Vous remarquerez que les émotions se trouvant proches du centre sont plus intenses que celles en périphérie. Si vous voulez plus de vocabulaire, vous pouvez utiliser celle-ci. (en Anglais)

5eme contrainte : Le changement de lieu.

Déplacer vos personnages d’un endroit à un autre pour découper votre scène en deux parties. C’est un moyen subtil d’apporter des informations sur la vie des personnages sans entrer sauvagement dans le vif du sujet.

Prenons un personnage au hasard, disons Jon Snow. Il est à CastleBlack avec ses camarades de la Garde de nuit. Il les observe s’entraîner. Soudain un personnage secondaire interpelle Jon Snow et l’invite à l’accompagner. Ils arrivent jusqu’à une salle de réunion où des enjeux importants vont se négocier : Votre véritable scène commence.

L’astuce est vraiment simple à appliquer, ça permet de frôler le hors sujet sans y être. Vous pouvez présenter les affinités existantes entre deux personnages secondaires, bref plein de petites choses possibles qui n’ont pas leur place au milieu des scènes importantes. Par contre, ne vous attardez pas trop longtemps dessus. Sachez casser la monotonie au bon moment, c’est-à-dire presque trop tôt. Si votre lecteur se dit “Tiens c’est dommage, j’aimais bien ce sentiment de me promenade” alors vous avez réussi.

Laquelle de ces méthodes allez-vous essayer ?
En connaissez-vous d’autres ?
Est-ce qu’il y a autre chose qui bloque votre créativité ?
Exprimez-vous, votre avis m’intéresse.

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